Le pianiste autrichien Paul Badura-Skoda s'éteint

Paul Badura-Skoda lors d’un concert à Reims, en 2007
Photo: Site officiel du pianiste Paul Badura-Skoda lors d’un concert à Reims, en 2007

Le pianiste autrichien Paul Badura-Skoda est décédé mercredi. Cet artiste, qui aurait eu 92 ans le 6 octobre prochain, restera dans l’histoire de l’interprétation musicale pour sa connaissance et maîtrise des grands classiques viennois (Mozart, Beethoven, Schubert) qu’il a interprétés au piano moderne et dont il a ensuite révélé les couleurs sur des instruments de leur époque.

Si dans la Vienne des années 1950 se côtoient trois jeunes pianistes en vue, Paul Badura-Skoda, Friedrich Gulda (né en 1930) et Alfred Brendel (né en 1931), seul Badura-Skoda est encore rattaché aux grands anciens. Son professeur est le vénéré Edwin Fischer et c’est le chef Wilhelm Furtwängler qui l’a propulsé dans le grand bain en 1949 en lui offrant de jouer le Concerto pour deux pianos de Mozart. S’ensuivra, le 27 janvier 1952, au château de Schönbrunn, toujours avec le Philharmonique de Vienne, un 22e Concerto de Mozart. Un concerto important. Une consécration à 24 ans.

La caution de Furtwängler dans Mozart et des premiers enregistrements réalisés pour Westminster, une étiquette prestigieuse, vont rapidement lancer la carrière de Badura-Skoda. Dès le début des années 1950, il tourne à l’étranger : Australie en 1952, États-Unis et Canada en 1952-1953 et Amérique latine en 1953. En 1959, déjà, il se produira au Japon, qui le vénérera.

Faire sonner Beethoven

Paul Badura-Skoda est alors un pianiste traditionnel, défenseur des classiques, mais qui, au disque, lègue aussi des enregistrements des concertos de Chopin (en 1954), Scriabine, Tchaïkovski et Rimski-Korsakov. Dans les années 1950, il rencontre Jörg Demus (mort le 16 avril dernier). Ensemble, ils formeront le plus célèbre des duos pianistiques pendant deux décennies. Un enregistrement majeur de cette première partie de carrière de Paul Badura-Skoda est sa première intégrale des Sonates pour piano de Mozart : un bijou qui reste une référence, hélas méconnue.

Demus et Badura-Skoda se passionnent chacun pour les instruments anciens. Cette passion va teinter la majeure partie de la carrière de Badura-Skoda et son legs artistique. C’est lui qui osera enregistrer, dans les années 1970, les sonates de Beethoven sur des instruments de l’époque du compositeur.

Plus personne n’avait alors idée de comment pouvait sonner Beethoven au temps de Beethoven. Il frappa fort d’emblée : sa Sonate Hammerklavier fut un choc qui divisa les mélomanes. L’instrument était-il poussé dans ses derniers retranchements ? Ou plus que cela ? Au bout du parcours, nous disposons avec lui des mêmes oeuvres sur des pianos modernes et anciens, notamment les cycles de sonates de Mozart et de Schubert, enregistrés dans les années 1960 pour Eurodisc (aujourd’hui RCA) et dans les années 1990 pour Arcana.

Ce faisant, Badura-Skoda a beaucoup réfléchi et écrit sur la musique et l’interprétation musicale. Il a publié des traités sur l’interprétation de la musique pour clavier de Mozart et de Bach et a édité les partitions de plusieurs concertos de Mozart dans la Neue Mozart-Ausgabe (« Nouvelle Édition Mozart », partitions critiques de référence de l’oeuvre de Mozart). Il a aussi cherché à diffuser ses connaissances auprès de la jeune génération, a enseigné au Conservatoire de Vienne de 1980 à 1993 et donné d’innombrables classes de maître.

Paul Badura-Skoda est resté un interprète actif jusqu’à la fin de sa vie. Ses enregistrements tardifs ont été publiés par l’étiquette autrichienne Gramola.

Paul Badura-Skoda en CD

The Paul Badura-Skoda Edition (enregistrements historiques). DG 20 CD 479 8065

Les Sonates de Schubert sur instruments anciens. Arcana 9 CD A 364.

Mozart : Sonates pour piano. Eurodisc-RCA à rééditer (une édition locale autrichienne a été publiée en 2017 Eurodisc 88985455592)