Pour Hua Li, le R&B est un exutoire

Hua Li présentera les chansons de son album «Dynasty» samedi, à POP Montréal.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Hua Li présentera les chansons de son album «Dynasty» samedi, à POP Montréal.

La surprise anglo-québécoise de l’automne, que ce premier disque de l’auteure, compositrice et interprète montréalaise Hua Li ! Envoûtant, personnel, avec des textes poignants, récits d’amours malheureuses, de relations tendues, toxiques, avec ses ex, avec sa famille. Dynasty devait pourtant être un disque de néo-R&B sentimental classique, mais c’était trop fort pour la chanteuse et rappeuse, il fallait que ça sorte, tout d’un coup, sans retenue, nous explique-t-elle avant de présenter ces chansons sur scène samedi, à l’affiche de POP Montréal.

« Au secondaire, j’aimais beaucoup la comédie musicale, je m’imaginais même faire carrière là-dedans. J’ai étudié le chant, le théâtre et la danse — je voulais devenir « the next big triple threat ». Mais j’ai réalisé que je détestais faire des auditions… », dit-elle d’une voix enjouée.

Hua Li rit beaucoup en entrevue. Ça nous frappe : tout un contraste avec le ton de ce premier album paru sous le label torontois Next Door Records. Entre rap et R&B électronique, l’atmosphère tamisée de la première à la dernière chanson, des mélodies lestes, une voix superbement maîtrisée. Une réalisation en phase avec son époque, rap moderne, house langoureuse, des timbres de synthétiseurs qui évoquent le son dance des années 1990, lui aussi très tendance : « C’est inconscient, j’imagine que pour des gens de notre génération à Alexandre [Thibault, coréalisateur] et moi, c’est difficile d’échapper à ces influences. »

Surtout, ça saute aux oreilles que Hua Li possède une bonne formation musicale : leçons de piano classique suivies lorsqu’elle habitait encore Victoria, en Colombie-Britannique, puis études en chant jazz poursuivies à l’Université Concordia. Quelque part en chemin, une passion s’est développée pour le rap : « Plus que la musique dance, les années 1990 pour moi, c’est la découverte du rap. Lil’Kim et Foxy Brown m’ont complètement éblouie à l’époque, leur force, leur puissance, le respect que ces femmes ont commandé sur la scène… Elles, et Biggie Smalls, sans doute le rappeur dont j’ai le plus étudié le style. »

Le style, et la manière de raconter des histoires, les plus tendres comme les plus dures. Le légendaire rappeur new-yorkais fut l’un des meilleurs conteurs de son époque, un modèle de limpidité dont s’inspire Hua Li pour nous lever le voile sur sa vie ; d’une part, elle rend hommage à l’héritage culturel chinois qui lui a été transmis par sa mère, d’autre part elle explique les difficultés de grandir dans une famille multiculturelle… avec les problèmes de perception et de communication qui ont troublé sa vie.

C’est d’abord patent sur la chanson coup de poing Mr. Greenlight, un groove R&B jazzé et rappé où, sur le refrain clairement posé, Hua Li rappelle Shirley Bassey. « Beaucoup des femmes dans ma famille — et ça remonte à plusieurs générations — ont été accablées par des situations romantiques très difficiles, explique la musicienne. À tel point qu’on dirait que ça devient un problème intergénérationnel, comme si chaque femme répétait les mêmes erreurs à son tour, comme si le traumatisme était transmis. C’est ça, Mr. Greenlight, et c’est aussi l’image que je retiens d’avoir grandi dans ce genre de famille chaotique où j’ai appris à remettre en question l’amour inconditionnel des membres de ta famille. »

Sur This Chaos, Hua Li est encore plus spécifique : « C’est aussi une des premières chansons que j’ai composées ; je l’avais déjà au moment de lancer mon premier EP [Za Zhong, 2015], mais je n’avais pas osé la mettre dessus. Elle parle d’une relation amoureuse que j’ai vécue au début de ma vingtaine, une relation incroyablement abusive, de plein de manières. J’en suis sortie troublée, d’abord parce que je croyais, naïvement, que j’étais habile à naviguer dans mes relations avec les hommes… Et ensuite parce que, lorsque tout ça fut derrière moi, je me suis dit : Il ne faudrait pas que ça arrive à quelqu’un d’autre… Mais ça fait du bien de pouvoir l’exprimer, et je sais aussi que cette chanson a fait du bien à d’autres qui ont vécu la même expérience que moi. »

Hua Li partagera la scène de la Casa del Popolo samedi soir avec Backxwash, Lia Kloud et Janette King ; plus tôt en journée, elle prendra part au Piccolo Rialto à une discussion sur le thème : Pourquoi aimons-nous la musique misogyne ?