Symphonie très cohérente par un OSM déterminé

L'idée de Kent Nagano d'opposer sur scène les deux sections de violons est excellente, de même que celle d'envoyer sur la gauche les contrebasses et violoncelles, ce qui augmente légèrement le rendement des fréquences graves dans la salle.
Photo: Pure perception L'idée de Kent Nagano d'opposer sur scène les deux sections de violons est excellente, de même que celle d'envoyer sur la gauche les contrebasses et violoncelles, ce qui augmente légèrement le rendement des fréquences graves dans la salle.

Un gourou motivationnel est-il passé dans les rangs, pour que Kent Nagano et l'Orchestre symphonique de Montréal nous donnent coup sur coup, avec la 13e Symphonie de Chostakovitch, mardi, et la 5e Symphonie de Mahler, jeudi, deux interprétations engagées d'une telle consistance, d'une telle densité et d'une telle tension harmonique ?

La mobilisation des musiciens au bénéfice de ces projets artistiques est à son comble, comme s'ils avaient envie d'en découdre avec la musique. Cela fait plaisir à entendre. Du coup, on se dit que ce groupe-là, dans cet état d'esprit, serait potentiellement prêt à accueillir des chefs très intenses du type Alain Altinoglu ou Rafael Payare comme leur futur directeur musical.

Pour l'instant ce poste est occupé par Kent Nagano et il en savoure les derniers mois, car il récolte certains fruits de son travail. La concentration et la cohésion de sa 5e Symphonie de Mahler sont à ranger à ce chapitre, puisque les musiciens avaient joué cette oeuvre il y a peu, en juillet 2017 à Lanaudière. Ce qui s'était passé alors de plus étrange s'est toutefois reproduit jeudi : Kent Nagano est vraiment le seul chef que nous connaissons qui trouve judicieux de ne pas respecter la demande de Mahler d'enchaîner l'Adagietto et le Finale !

L'indication « attacca » de Mahler est pourtant claire : la première note du dernier mouvement se pose sur l'écho « morendo » de la dernière du mouvement précédent. Et ce n'est pas un détail pour spécialistes : c'est le sens même du souffle musical de la pièce et du subit et jovial revirement, à même l'ultime souffle de l'Adagietto.

Cette énormité mise à part, les mouvements sont très bien équilibrés avec des choix de tempos logiques, une polyphonie claire (même si dans le 2e mouvement les cors sont souvent davantage « en avant » dans la partition que dans la réalité) et une articulation ferme.

L'idée de Kent Nagano d'opposer sur scène les deux sections de violons est excellente, de même que celle d'envoyer sur la gauche les contrebasses et violoncelles, ce qui augmente légèrement le rendement des fréquences graves dans la salle. Excellente prestation des cuivres, notamment pour qui aime le son très direct et tranchant, à l'américaine, de la trompette de Paul Merkelo.

Ce très beau concert s'ouvre avec l'excellente idée de programmer Introduction et Allegro de Ravel, joué avec beaucoup de finesse par Jennifer Schwartz et six autres solistes de l'orchestre. C'est une rare, superbe et précieuse oeuvre que l'on n'entend que rarement.


 

Kent Nagano et la Symphonie n° 5 de Mahler

Ravel «Introduction et Allegro» pour harpe, flûte, clarinette et quatuor. «Mahler : Symphonie n° 5». Jennifer Schwartz (harpe) et musiciens de l'OSM. Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique de Montréal, jeudi 19 septembre 2019. Reprise samedi à 14 h 30.