Schumann sous les projecteurs et basse aphone à l'OSM

Le pianiste Luca Buratto
Photo: Clarence Aw et Colin Way Le pianiste Luca Buratto

Le pianiste italien Luca Buratto, 26 ans, lauréat en 2015 du concours Honens à Calgary abordait mercredi un programme périlleux. Schumann n'est pas donné à tous les pianistes. Buratto a haussé le niveau de difficulté en jouant à la fois le piano Érard (Scènes d'enfants, Arabesque) et le Steinway (Sonate n° 2, Études symphoniques).

Le choix des oeuvres était logique : les oeuvres les plus tendues sur le piano le plus moderne. Cela dit, Buratto n'a pas vraiment tiré grand' chose de l'Érard, sauf peut-être à la fin de l'Arabesque, avec quelques intéressantes résonances. C'est que la patine de l'instrument historique qu'il faut écouter avec patience ne cadre absolument pas avec le jeu en pleine lumière, en perpétuelle exposition et tension du pianiste italien.

En courant continu

Il est évident que Buratto possède tous les moyens pour jouer Schumann et que ce compositeur l'attire, puisqu'il en choisit des oeuvres que seuls des initiés abordent, telle la tortueuse et explosive 2e Sonate, qu'il maîtrise techniquement (une prouesse en soi, et les Études symphoniques, plus fréquentées, et leurs redoutables Variations V et VI, Agitato et Allegro molto. Dans cette pièce Luca Buratto est de ceux qui choisissent d'interpoler dans le flux des Études, à divers endroits de l'oeuvre, les Variations posthumes. Cela dilue un peu la densité de l'ensemble.

La question centrale et récurrente posée par l'approche schumanienne de Luca Buratto est l'exposition permanente, alors que Schumann ce sont des flux et reflux. Certes un Schumann nerveux et tendu vaut toujours mieux qu'un Schumann affadi et distendu, mais un peu plus de contraste, un toucher plus varié et subtil, davantage de relâchements et de poésie dans les transitions ne peuvent pas nuire.

C'est d'ailleurs pour cela que les Scènes d'enfants sur le piano Erard ne fonctionnent pas avec Buratto. L'art de l'enchaînement des pièces, le petit silence que l'on varie d'un épisode à l'autre pour raconter une histoire est totalement absent. Tout s'enchaîne d'un souffle dans une uniformité d'humeur. Le piano ne sonne pas parce que l'empressement d'en découdre étouffe ses résonances potentielles.

Luca Buratto est un excellent pianiste. D'autres le sont encore davantage. Il suffit d'entendre Charles Richard-Hamelin jouer Schumann pour s'en convaincre.

Pendant ce temps-là à l'OSM

Le second concert de la symphonie Babi Yar à l'OSM ne s'est pas du tout passé comme prévu. Selon les témoignages de lecteurs du Devoir présents dans la salle, mercredi, et de musiciens, à la sortie du concert, la basse Alexander Vinogradov a dû très rapidement interrompre sa prestation.

Il avait été préalablement annoncé qu'indisposé il chanterait quand même. « Quand il a commencé à chanter, j'ai tout de suite senti que la voix était cassée. Cela n'avait rien à voir avec la veille », témoigne René Tinawi, lecteur du Devoir et abonné de longue date de l'OSM qui, enthousiasmé par le concert de mardi, avait tenu à y retourner mercredi.

Quasi aphone, le chanteur a posé sa main sur le bras du chef et les deux musiciens sont sortis. Après cinq minutes d'interruption, Kent Nagano a pris le micro pour dire que le soliste souffrait d'une allergie depuis le petit matin. La symphonie a donc été jouée sans soliste ce qui occasionnait des « trous musicaux » tandis que défilaient les paroles supposément chantées sur l'écran, nous rapporte un autre lecteur, Monsieur Daniel Béland. « C'était une expérience très étrange » s'accordent à dire tant les témoins en salle que sur scène.

Il est difficile, voire impossible, de trouver une basse de remplacement. Cela dit, si le malaise datait du matin, on espère qu'une vérification de disponibilité en couverture avait été faite auprès du brillant Denis Sedov, qui chante le Prince Grémine en ce moment à l'Opéra de Montréal (représentations à venir jeudi et dimanche). Un rapide coup d'oeil montre que la 13e de Chostakovitch est à son répertoire. Il l'a chantée notamment en 2017 avec l'Orchestre de Berkeley, qui est en quelque sorte « l'Orchestre Métropolitain de Kent Nagano » !

Récital Luca Buratto

Schumann : Scènes d'enfants, Sonate n° 2. Arabesque op. 18. Études symphoniques (avec interpolation des études posthumes). Luca Buratto (piano). Salle Bourgie, mercredi 18 septembre 2019.