La rappeuse Haviah Mighty gagne le prix Polaris

Haviah Mighty, rappeuse de 27 ans, témoigne dans ses chansons de sa réalité, notamment de femme noire.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Haviah Mighty, rappeuse de 27 ans, témoigne dans ses chansons de sa réalité, notamment de femme noire.

Le réputé prix Polaris, remis au meilleur disque canadien sans égard au genre et aux ventes, a été décerné lundi soir à Haviah Mighty pour son album 13th Floor. L’Ontarienne devient la première artiste à remporter les grands honneurs avec un disque rap.

Émue et visiblement surprise de sa victoire — elle n’avait pas préparé de discours, selon ses dires —, Mighty a confié que même si 13th Floor est son premier véritable disque complet, elle faisait de la musique depuis longtemps « sans recevoir d’accolades ou de prix ».

La rappeuse de 27 ans, qui témoigne dans ses pièces de sa réalité, notamment de femme noire, a expliqué, après qu’elle eut été couronnée sur scène, que cette collection de chansons formait « un album sur [sa] vérité » et à quel point elle était importante. « Ça devait sortir. J’ai les mêmes pensées, les mêmes sentiments depuis le secondaire, mais chaque fois ce n’était pas le moment ou l’endroit. Là, ce l’est au Polaris 2019, sur cette scène. Je suis très reconnaissante. »

En gagnant le 14e prix Polaris, remis lors d’un gala musical au Carlu, à Toronto, Haviah Mighty est reparti avec une bourse de 50 000 $. Neuf des dix finalistes sont par ailleurs montés sur scène le temps d’une courte performance musicale.

L’animatrice de CBC Music Raina Douris animait la soirée, qui était par ailleurs diffusée en ligne en version condensée et en partie différée, jusqu’à l’annonce en direct du gagnant.

Les 10 artistes finalistes présents lundi soir ont été choisis par 199 jurés issus de la sphère médiatique musicale canadienne — ils sont des journalistes, des blogueurs ou des animateurs répartis sur le territoire. En ronde préliminaire comme pour la seconde sélection, chacun soumet cinq albums, en ordre d’importance. Le choix du gagnant de lundi revenait quant à lui à un grand jury de 11 membres, rassemblé à Toronto.

Haviah Mighty, au flot vocal tranchant, reprend donc le flambeau soulevé l’an dernier par Jeremy Dutcher, qui avait remporté le Polaris pour son album Wolastoqiyik Lintuwakonawa. L’artiste malécite originaire de la nation Tobique, au Nouveau-Brunswick, avait alors profité de sa victoire pour ramener la question autochtone à l’avant-plan. Lundi soir, c’est lui qui a dévoilé le nom de la gagnante, non sans avoir écorché au passage les visions de l’immigration de Maxime Bernier, dont on annonçait la présence aux débats des chefs du 7 et du 10 octobre. « Monsieur, arrêtez, s’il vous plaît, enough », a lancé Dutcher dans un message sur le vivre-ensemble, musical et social.

Dutcher succédait notamment à Lido Pimienta (2017), au Montréalais Kaytranada (2016) et à Buffy Sainte-Marie. À ce jour, le prix créé en 2006 a récompensé un seul disque en français, soit Les chemins de verre de Karkwa (en 2010). Par contre, outre Kaytranada, plusieurs Québécois ont remporté les honneurs par le passé, dont Godspeed You ! Black Emperor, Arcade Fire et Patrick Watson.

Avec cinq Québécois en lice — Les Louanges, Fet. Nat, Dominique Fils-Aimé, Elisapie et Marie Davidson —, la cohorte 2019 est celle qui comptait la plus forte présence fleurdelisée au prix Polaris depuis 2007, année où Patrick Watson avait gagné devant ses compatriotes Arcade Fire, The Besnard Lakes, The Dears et Miracle Fortress, notamment. Cette année, plus d’une douzaine d’artistes du Québec, dont Jean Leloup, Salomé Leclerc et Loud, s’étaient par ailleurs retrouvés dans la présélection des 40 finalistes.