Yannick Nézet-Séguin à l’Orchestre Métropolitain… pour la vie!

Le directeur artistique et chef principal de l'Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin
Photo: Alice Chiche Le Devoir Le directeur artistique et chef principal de l'Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin

L’Orchestre Métropolitain (OM) a annoncé ce lundi à la Place des Arts de Montréal le renouvellement à vie du contrat de son directeur artistique et chef principal, Yannick Nézet-Séguin.

Le petit garçon qui rêvait d’être pape ou chef d’orchestre est devenu chef d’orchestre avec un mandat de pape ! Comme Herbert von Karajan avec le Philharmonique de Berlin, jadis, ou Zubin Mehta au Philharmonique d’Israël, l’orchestre c’est lui. L’engagement d’une durée illimitée d’un chef est devenu chose rarissime dans le milieu.

Attacher à Montréal un musicien qui a accédé à une telle renommée et à une carrière internationale est évidemment un coup majeur et un tournant dans l’histoire de l’Orchestre Métropolitain, puisque nul ne pourra plus dire désormais : « Mais qu’adviendra-t-il quand Yannick Nézet-Séguin partira ? », avec pour sous-entendu : « car sa carrière l’appellera forcément ailleurs ».

Lors de la grande annonce sur l’esplanade de la Place des Arts, le chef a déclaré : « Je me sens comme si on était au début d’une aventure. […] Cet engagement rend hommage à notre confiance mutuelle et nous permet de rêver encore plus. » Il a tenu à remercier ses musiciens, son conseil d’administration et sa ville de vouloir encore de lui : « J’ai beaucoup de gratitude. Le destin a fait que l’on grandisse ensemble. Cela aurait pu tourner autrement. Là, on crée un modèle ; on écrit l’histoire », a ajouté le chef, soulignant que « lorsqu’on se connaît mieux, on fait de la meilleure musique ».

Une question de confiance

De la part du chef, qui entame sa 20e saison à la tête de l’orchestre, cet engagement est un important signe d’attachement à sa ville. « Montréal est ma ville natale, mon port d’attache ; c’est la ville où je suis né, où j’ai grandi, où habite ma famille, où j’ai reçu ma formation musicale », déclare-t-il dans le communiqué diffusé par l’orchestre. En entrevue au Devoir, Yannick Nézet-Séguin ne manque pas de rappeler cet attachement : « Vis-à-vis des Montréalais et de mon pays, cet engagement est significatif. Cela fait quelques années que je reçois les ordres du Canada, du Québec et de Montréal, mais comment redonner à mon pays ? Mis à part les ordres, mon oeuvre, c’est d’être ici, à l’OM. Si je n’étais pas ici, je ferais partie des exodes de cerveaux ! »

Dans l’optique du chef, l’acceptation d’un tel contrat est avant tout aussi un « signal aux musiciens, afin d’exploiter encore davantage le potentiel au niveau de leur confiance ». Contractuellement, « peu de choses ont été modifiées » pour l’amener à se décider. « Je voulais que ce soit un contrat qui reflète la confiance. Je ferai la moitié de la saison, je vais être présent l’été, je ferai autant que faire se peut les concerts du Conseil des arts de Montréal. Dans l’ancien contrat, il y avait des nombres d’heures pour telles ou telles activités. Cela a été assoupli. Au niveau monétaire, tout reste pareil ; nous sommes dans la continuité. Je voulais simplement ne pas avoir les mains encore plus liées. »

L’idée d’un mariage germait depuis plusieurs années et a pris de la consistance depuis la fin de la tournée européenne en décembre 2017. Ce 20e anniversaire semblait le bon moment, pour un chef qui souligne lui-même les vertus de la patience.

Faire plus de tarte

Jean R. Dupré, président-directeur général de l’orchestre, ne cachait pas son émotion. « Dans l’histoire de la musique symphonique, rares sont les directeurs qui ont pu faire de telles annonces », a-t-il déclaré, savourant cette « entente exceptionnelle ».

Le président du conseil d’administration, Erik Ryan, a confié au Devoir : « Nous venons de régler le futur pour ceux et celles qui veulent être en partenariat avec nous ; pas seulement pour les institutions, mais aussi pour les donateurs. Nous sommes en train de finaliser la stratégie de l’orchestre. Nous sommes passés de la stabilisation de l’orchestre à un chemin de croissance. On s’est lancés grâce à la notoriété de Yannick, l’orchestre a suivi ; maintenant il faut amener cela à un autre niveau. »

Cette signature change la donne par rapport aux commanditaires et aux organismes subventionnaires. Désormais, dire « non » au Métropolitain, c’est dire non à Yannick Nézet-Séguin lui-même. Et il va falloir plus d’aplomb ! L’image fait sourire le chef : « Ce contrat va de pair avec la révision du plan stratégique. Tous ces points sont remis sur la table. Par exemple, comment garder les musiciens (on n’a pas eu d’exode, mais cela pourrait se passer en raison de la différence de salaires). Nous sommes à une belle croisée des chemins. » Le chef mise en premier sur le signal lancé aux commanditaires : « Les gouvernements, pas tant que cela, mais les commanditaires, oui ! Et ils sont importants pour nous permettre d’espérer plus d’équité. »

Dans les faits, s’agissant des soutiens publics, Anne-Marie Jean, présidente directrice générale du Conseil des arts et des lettres du Québec, a confirmé au Devoir que les soutiens étaient réévalués tous les quatre ans et que la prochaine échéance sera 2021. Elle voit l’annonce du jour comme un « facteur rassurant ».

Le fait que Montréal peut s’enorgueillir maintenant de deux orchestres de calibre international, c’est ce qui fait que j’aime Montréal. On voit grand.

En public, Yannick Nézet-Séguin a pris soin de n’empiéter sur aucun territoire. « Montréal est une grande capitale culturelle. Et cette position de capitale est liée à la pluralité de ses festivals, à la pluralité de ses théâtres, de ses ensembles, de ses écoles de musique. Le fait que Montréal peut s’enorgueillir maintenant de deux orchestres de calibre international, c’est ce qui fait que j’aime Montréal. On voit grand. On n’essaie pas juste de se partager un petit peu de la tarte, on veut agrandir la tarte et faire plus de tarte. »

Par communiqué, Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien, a déclaré : « Nous pouvons être fiers de cette grande page d’histoire qui s’écrit sous nos yeux. » Ce sentiment est partagé par Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications du gouvernement du Québec : « Si la richesse de la culture musicale québécoise n’est plus à défendre, elle peut se targuer de compter sur la loyauté de l’un de ses meilleurs ambassadeurs, notre Yannick national, qui démontre une fois de plus sa sensibilité et son grand attachement au Québec en posant un geste d’engagement qui nous rend très fiers. »

En pratique, la tournée européenne a induit certains changements dans le soutien public apporté à l’orchestre. « On ne peut plus parler d’iniquité, même si cela reste inférieur à nos souhaits », précise le chef. Quant à la question de l’utilisation de la Maison symphonique, très largement réservée à l’OSM, Yannick Nézet-Séguin avoue : « C’est plus lent que je l’aurais cru. Mais bien du monde veut nous aider. » Il pense que ce mariage « longuement mûri » tombe à point « pour faire du chemin dans ces dossiers-là ».

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 17 septembre 2019 19 h 23

    Excellente nouvelle !

    Longue vie à l'OM et à son chef !