LVL UP, ou habiter le béton à Laval

L’installation interactive «MOON», de Daniel Iregui, invite à jouer et à contrôler un halo de lumière lunaire.
Photo: Bruno Destombes L’installation interactive «MOON», de Daniel Iregui, invite à jouer et à contrôler un halo de lumière lunaire.

Il y a des signes qui ne trompent pas : du 19 au 22 septembre se déroulera à Laval l’édition inaugurale de LVL UP, le second nouveau festival consacré à la musique hip-hop à voir le jour cette année dans la région montréalaise. Le rap cartonne ; or, l’équipe derrière ce nouvel événement pousse l’audace jusqu’à provoquer une rencontre entre les artistes des musiques dites urbaines et ceux des arts numériques. Plus qu’une affiche coiffée par les stars Lauryn Hill, J Balvin, FouKi et Rymz (entre autres), LVL UP sera un laboratoire dont le premier mérite sera de mettre de la couleur à cette vaste étendue de béton ceinturant la Place Bell.

Le volet multimédia de ce festival — dont le nom complet est LVL UP, lab numérique et musique urbaine — est né d’une contrainte, reconnaît son idéateur, Steve Marcoux, aussi programmateur auprès du diffuseur lavallois [co]motion : « On occupe un endroit propre. Du pavé uni tout neuf sur lequel on ne peut pas faire de graffitis », l’art visuel indissociable de la culture hip-hop. « Que faire pour utiliser ces surfaces sans causer de dommage ? L’art numérique — qui, de toute façon, est une réflexion qu’on a dans le monde du spectacle » —, lui aussi à la recherche d’idées neuves pour rehausser l’expérience d’une performance scénique.

Il y a une réelle volonté de faire bouger les choses à Laval, une ville en métamorphose qui se donne les moyens pour attirer l’art et la culture

Il suffit d’émerger de la station de métro Montmorency pour réaliser combien ces lieux manquent d’amour : du béton et des chantiers à perte de vue. Marcoux le reconnaît : « On est dans un secteur où y a peu de vie, bien qu’il y en ait beaucoup dans nos lieux culturels », que sont la salle André-Mathieu, la Maison des arts de Laval et la Place Bell avoisinantes, et où se dérouleront les activités de LVL UP. La Ville de Laval, partenaire du festival, « tente de créer un centre-ville dans ce secteur, un centre-ville au coeur de la création, explique le programmateur. Notre démarche est aussi de chercher à mettre en valeur les lieux ; le parvis de la Place Bell a été pensé pour faire ce genre de rassemblement, mais personne n’en avait encore fait. Voilà un beau terrain de jeu ! »

Or, tout ce béton pâle a le potentiel d’être un écran de rêve où seront projetées les oeuvres des artistes invités à cette première édition de LVL UP. Pour ces artistes du numérique, il s’agit d’un splendide canevas — au propre comme au figuré —, estime Thomas Payette, cofondateur du studio de design multimédia HUB Studio, à qui a été confié le mandat de direction artistique du volet numérique et du design des espaces occupés par le festival : « Il y a une réelle volonté de faire bouger les choses à Laval, une ville en métamorphose qui se donne les moyens pour attirer l’art et la culture », dans ce quartier qui en a bien besoin.

L’équipe de HUB Studio, qui utilise les nouvelles technologies « pour créer des expériences et développer des histoires, pour communiquer, pas seulement pour impressionner », a conçu une expérience en trois volets. D’abord sur le site extérieur, avec des galeries installées dans de gros conteneurs, sur les murs et dans un autobus transformé pour offrir une expérience immersive, dans une chambre noire aménagée dans la salle de l’Annexe3, puis dans des expériences en collaboration avec les rappeurs à l’affiche.

Photo: Julien Leblond Les vélos «air-dancer» de Julien Leblond: les gens doivent pédaler ensemble à la bonne vitesse afin d’activer ces immenses «air-dancers».

« L’idée est de créer une rencontre entre ces deux univers, celui des musiques urbaines avec ses propres codes, et celui des arts numériques qui sont aussi un univers en soi », précise Thomas Payette, faisant écho aux voeux de l’idéateur Steve Marcoux. « Puis, il y a la notion de laboratoire : ce festival est un essai, avec des projets qu’on voulait uniques, différents, et qui présentent au public un vaste panorama des différentes pratiques en arts numériques, allant du mapping [la technique de projeter des images sur des surfaces incongrues] aux oeuvres interactives, aux VJ qui performent sur scène, aux danseurs qui porteront des capteurs numériques, etc. »

Parmi les oeuvres présentées, le public passera du plus ludique au plus pointu : en première mondiale, l’installation interactive Air Dancer de Julien Leblond, une grande « murale numérique collaborative » déployée par le collectif MAPP_MTL, une création de Vincent Noël — qui, sous son nom de scène VJ VINO, sera jumelé à un artiste hip-hop, tout comme l’artiste numérique VJ Bun Bun, elle accompagnera FouKi sur scène. Une oeuvre à ne pas manquer en première québécoise : frequencies (light quanta) de l’artiste multimédia de réputation internationale Nicolas Bernier, également enseignant au département des musiques numériques de l’Université de Montréal.

L’affiche musicale est quant à elle comblée par une fine sélection d’artistes, de White-B (5sang14) à Zach Zoya, en passant par Marie-Gold, Tizzo, Sarahmée, Koriass, Obia le Chef et KNLO, pour ne nommer qu’eux. Deux après-midi de conférences — baptisées Grand Master Classe — portant sur les enjeux relatifs aux univers du rap et des arts numériques et de la scène se dérouleront aussi à la salle Multi du Collège Montmorency ; tous les détails à l’adresse lvluplab.com.