La force de l’âge

Drapée dans les voiles gris de ses 75 ans, accompagnée de l’Orchestre symphonique de Montréal, la diva s’est mise en danger, encore une fois, avec un lot de nouvelles chansons.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Drapée dans les voiles gris de ses 75 ans, accompagnée de l’Orchestre symphonique de Montréal, la diva s’est mise en danger, encore une fois, avec un lot de nouvelles chansons.

Elle aura voulu tout dire, la grande Diane, de la folie de l’adolescence, à la sagesse réfléchie, parfois déchirée, de l’âge. Mais peut-on vraiment parler de sagesse lorsqu’on parle de Diane Dufresne ?

Drapée dans les voiles gris de ses 75 ans, accompagnée de l’Orchestre symphonique de Montréal, la diva s’est mise en danger, encore une fois, avec un lot de nouvelles chansons, dont plusieurs qu’elle signe elle-même, et certaines jamais chantées encore devant public.

Un collier de nouveaux joyaux dont les très belles Partager les anges, ou L’été n’aura qu’un jour, où elle chante la peur et l’espoir, le désir et la fatalité. Et ses chansons sont si justes qu’on ne peut que l’écouter, l’écouter dire les tourments et les joies de vieillir, la menace écologique, dire le besoin d’amour fou, qui persiste et signe. Cet âge, il l’a mûrie, il l’a polie, il l’a faite plus simple, plus entière, peut-être plus vraie au final.

Les mots sont pesés à l’aune de soixante-quinze ans bien comptés, qu’elle célèbre finalement comme une fête et dont elle partage la richesse. Son dernier album ne s’intitulait-il pas Meilleur après ? Elle était là tout entière, portée par le grand navire de l’orchestre, mené de main de maître par Simon Leclerc, qui signait d’ailleurs quelques pièces du spectacle. Il y avait les cordes et les cuivres, l’orgue et le piano, qui soulignaient à merveille parfois son humour, parfois le timbre grave sa voix.

C’est qu’elle ne crie plus, ou si peu, la star, se contentant de faire résonner la caisse de résonance dont elle est si bien dotée. On n’y perd rien au change. Mais ça ne l’empêche pas de se moquer d’elle-même, à la fois sérieuse et enjouée, ou d’esquisser quelques pas de danse en souliers de course, voire quelques imitations d’orang-outang, dans la pièce L’Arche, où elle présente ses amendes honorables à la faune de la planète au nom de l’espèce humaine.

Elle est créative jusqu’à la fin, heureuse d’être avec ce public pour qui elle a beaucoup sacrifié, comme la star de la chanson, qui finit par réaliser que même les vraies étoiles ne sont qu’un clignotement dans l’infini de l’univers. Arrivée sur scène accompagnée d’une poussette miniature, pour la chanson L’été n’aura qu’un jour, elle livre un message pour les générations à venir, avec, toujours, le souci pour la planète en perspective. Ses textes parlent d’environnement, d’écologie, d’avenir et de responsabilité, ils sont aussi un hymne à la beauté du monde, comme la chanson de Plamondon qu’elle a reprise, entrecoupée de « donnez-moi de l’oxygène », qui tombent à point nommé.

Diane Dufresne : un 75e symphonique

Orchestre symphonique de Montréal, Simon Leclerc, chef associé de la série OSM POP, le 10, 11, 12 septembre, à la Maison symphonique de Montréal