Le beau concept pas nécessaire de David Marin

David Marin n’avait jamais présenté une première montréalaise aussi spectaculairement habillée.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir David Marin n’avait jamais présenté une première montréalaise aussi spectaculairement habillée.

Ce coup-là, c’est le bon. Et si ce n’est pas le bon, ce ne sera pas faute d’avoir lésiné sur les moyens chez Simone Records. Concept pas ordinaire (Radio Compost), décor bizarre autant qu’étrange, mise en scène intrigante de Philippe Brach, des musiciens autant qu’il en faut, promo conséquente, un Ministère pas plein à craquer mais bien peuplé, Rebecca Makonnen en « animatrice de foule » pour « l’émission », David Marin n’a jamais présenté une première montréalaise aussi spectaculairement habillée.

À lui d’en profiter. « Bonsoir chers auditeurs », dit le David au nom de la « station de radio naissante » : pas sûr qu’il soit très à l’aise dans ce contexte un peu artificiel. Il ricane, un peu gêné. « C’est pas facile de rejoindre les gens aujourd’hui », commente-t-il au premier degré. Vivement que la musique occupe la place. Vivement que le plan de match prenne le bord. Dès À dos d’âme, ça sonne et ça groove. La vraie liberté d’action est là, dans le jeu des musiciens, tellement incarné qu’il se met à exister quelque chose qui n’était pas là dans l’emballage. En un mot : la transe.

Vivement la musique

David a beau faire l’animateur de radio entre les chansons, il a beau être plutôt drôle dans sa caricature confinant à l’absurde, on est content quand la musique repart. Le piano, très Fender Rhodes dans le son, est la sourde base d’arrangements qui empruntent au psych-blues à la Charlebois première époque et même au prog façon Abbittibbi. C’est à la fois puissant et planant. Dans ses présentations, c’est comme s’il se dénonce à mesure. Ça fait partie du trip, mais il semble nous dire entre les lignes que ce n’est pas absolument nécessaire. Radio Compost n’est pas RÉMI AM-FM, la fameuse station inventée par Paul et Paul.

Plus ça avance, plus cela s’entend. Bravo pour l’effort et l’audace, on apprécie en même temps qu’on mesure les limites de l’expérience. La musique, elle, va autrement plus loin, et c’est ce véhicule que l’on a envie de suivre. Tout le répertoire de David Marin est transporté par le groove souple, ces musiciens sont si parfaitement soudés qu’ils décollent à volonté.

Trop à voir, tout à entendre

Encore là, quand on retrouve David Marin dans la portion guitare-voix du spectacle (de l’émission…), c’est quand même les meilleures conditions pour recevoir en plein ces lignes extraordinairement bien écrites. Il leur faut de l’espace, à ces textes. La portion trad qui vient ensuite, avec d’autres musiciens au milieu de la place et David qui gigue en chantant a cappella, est une autre idée de mise en scène pas absolument nécessaire, mais on ne peut certes pas la taxer d’artificialité. C’est plutôt le contraire : l’ambiance sort carrément le Ministère du Plateau, les gens s’amusent ferme.

Les longues séquences instrumentales sont génialement aventureuses, yeux fermés ou grand ouverts. Oui, l’humoriste Laurent Paquin se fend d’un « duplex » en « direct » d’Urgel Bourgie, pourquoi pas ? Pourquoi un auteur-compositeur-interprète au matériel de qualité supérieure ne pourrait-il pas nous entraîner sur un terrain ludique ? Pierre Lapointe le fait tout le temps, Philippe Brach aussi, Klô Pelgag est elle-même tout un concept. Les gens passent une chouette soirée, sont dûment divertis, sont même invités à danser un vrai de vrai slow.

Il sera toujours temps d’écouter plus attentivement les textes avec le livret et l’album. N’empêche que la drôle d’impression persiste jusqu’à la sortie, et même après : c’est comme si on s’était trompé de cobaye pour ce labo.