Pour l’amour du disque québécois

L’idée de la Journée du disque québécois est assez simple: inviter les gens à se procurer un disque d’un artiste d’ici, peu importe le calibre de celui-ci, sa langue ou son style musical.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’idée de la Journée du disque québécois est assez simple: inviter les gens à se procurer un disque d’un artiste d’ici, peu importe le calibre de celui-ci, sa langue ou son style musical.

À l’image de l’initiative du 12 août en faveur du livre fleurdelisé, une première Journée du disque québécois se tiendra le 9 septembre, avec comme but de voir le public délaisser un instant le streaming pour plutôt acheter un disque d’un artiste d’ici.

La proposition est issue de l’agent d’artistes alternatifs Francis Baumans, qui travaille notamment avec Laurence-Anne, Thierry Larose et San James. La démarche reste assez spontanée, pas vraiment institutionnelle, et basée sur la bonne volonté du public.

« Le fait de travailler dans ce milieu-là, ç’a joué dans la réalisation de la chose, mais, au fond, c’est pas tant mon idée à moi, dans le sens où c’est quelque chose que j’entendais souvent autour de moi, explique Baumans. Les gens disaient : pourquoi il y a la journée “J’achète un livre québécois” mais qu’il n’y a rien d’équivalent pour la musique ? »

Voilà que cette journée prendra vie le 9 septembre, un choix de date sans grand sens caché, à part le fait que le début du mois de septembre est un moment charnière pour les sorties de disques et que, de manière très pragmatique, la scène du Quai des brumes, à Montréal, était disponible pour tenir un événement ce soir-là.

« Je tenais à y faire un petit party, c’est un endroit important pour beaucoup d’artistes qui ont commencé là. Et bon, le 9 du 9, c’est un peu catchy [accrocheur] quand même. »

Geste actif

L’idée de la Journée du disque québécois est donc assez simple : inviter les gens à se procurer un disque d’un artiste d’ici, peu importe le calibre de celui-ci, sa langue ou son style musical. Et pourquoi pas, à l’instar de ce qui se fait le 12 août pour le livre, partager sur les réseaux sociaux leurs achats, en guise de recommandations à leur entourage.

« C’est pour délaisser le streaming le temps d’une journée, illustre Baumans. Quand je dis acheter un disque, oui il y a le format physique — dans un monde idéal, on irait tous envahir les magasins —, mais un album numérique, sur Bandcamp, sur iTunes Store, pour moi ça compte. Au fond, c’est plus de faire le geste actif d’acheter un album, car la façon dont on écoute la musique, souvent, c’est assez passif. On laisse les algorithmes décider un peu ce qui va jouer, on part quelque chose sur YouTube ou Spotify et on laisse les recommandations guider le reste. »

Baumans reconnaît que plusieurs acteurs des milieux musical et médiatique parlent abondamment des créateurs d’ici, mais il estime que beaucoup de musique passe encore inaperçue.

« Ce n’est de la faute de personne, les gens ne les snobent pas, mais on est un petit écosystème fragile et, quand quelque chose marche beaucoup, on a tendance à en parler beaucoup, estime-t-il. Comme Hubert Lenoir, Loud ou cette année Les Louanges, on en parle pendant un an, ça nous rassure un peu sur notre capacité à créer des phénomènes. C’est cool, ils méritent 100 % de la couverture qu’ils ont, mais pendant ce temps-là, c’est plus difficile pour les autres. »

En vain ?

Cette nouvelle Journée du disque québécois réjouit la plupart des acteurs du milieu musical, même si certains bémols peuvent être apportés.

Du côté de l’ADISQ, la directrice générale, Solange Drouin, se réjouit de la démarche.

« On est dans une prise de conscience, dit-elle. Toutes les initiatives qui favorisent la musique québécoise sont les bienvenues. Il n’y a pas une seule solution, c’est un ensemble de mesures qui vont aider un jour à faire une différence pour qu’on redevienne un secteur équilibré, parce que ça ne l’est plus. »

La comparaison avec le milieu du livre a ses limites, note aussi Anne Vivien, vice-présidente exécutive développement musique de l’étiquette Musicor. Après l’avoir longtemps sermonné sur le téléchargement illégal, il ne faut pas, selon elle, taper sur la tête du consommateur au sujet du streaming, « même si son économie est tellement mauvaise pour les artisans et les artistes ».

D’autant qu’il est de plus en plus difficile de trouver des exemplaires physiques des albums, note Mme Vivien. « Les magasins disons traditionnels en tiennent de moins en moins, note-t-elle. Et tu sais quel est notre meilleur magasin ? C’est Jean Coutu, en région, qui est devenu le magasin général. Ils sont très sensibles à ça, et ils sont très “Québec” aussi. »

David Bussières, membre du groupe Alfa Rococo et instigateur du Regroupement des artisans de la musique, salue aussi l’initiative, mais va encore plus loin que Mme Vivien. Selon lui, même les ventes de disques en format numérique ont de moins en moins de sens. « Tu n’as qu’à les télécharger sur ton téléphone à partir de la plateforme de streaming de ton choix et tu peux les écouter quand tu n’es pas connecté, illustre-t-il. C’est sûr que, pour l’artiste, c’est plus d’argent si on achète la musique, mais je suis lucide à ce sujet. »

Le musicien propose même de créer une journée du genre « J’écoute 150 chansons québécoises sur ma plateforme de streaming préférée », ce qui représente le nombre d’écoutes nécessaires pour l’équivalent d’un téléchargement.

« On voit encore une fois le ridicule de la chose », conclut David Bussières.