BOP, le pari jeunesse de la salle Bourgie

Alexis Raynault et Hubert Tanguay-Labrosse, codirecteurs de BOP pour «Le vaisseau-cœur»
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Alexis Raynault et Hubert Tanguay-Labrosse, codirecteurs de BOP pour «Le vaisseau-cœur»

La salle Bourgie ouvre sa saison mardi avec Le vaisseau-coeur, spectacle multidisciplinaire confié à la compagnie Ballet Opéra Pantomime (BOP) qui réunira 50 musiciens, dont I Musici et un choeur d’élèves de l’école Joseph-François-Perrault, placés sous la direction de Hubert Tanguay-Labrosse. Un choix audacieux.

« La qualité artistique sera présente et les projets multidisciplinaires m’ont toujours intéressée », explique Isolde Lagacé, directrice de la Fondation Arte Musica. Il n’en fallait pas plus pour que celle qui préside aux destinées de la salle Bourgie plonge.

« Pourquoi ne pas mettre tous nos efforts pour attirer l’attention sur le travail de jeunes dans la trentaine vraiment exceptionnels ? » fait valoir celle qui ne tarit pas d’éloges envers son « beau risque de l’année 2019 ».

Après avoir ouvert ses saisons précédentes avec Charles Richard-Hamelin et Marie-Nicole Lemieux, elle met aujourd’hui sa confiance dans une compagnie de spectacles puisant dans tous les genres et les oeuvres du XXe siècle et de notre temps, présentés dans des environnements originaux ou « favorisant l’immersion émotionnelle du spectateur », comme le définissent les codirecteurs artistiques Hubert Tanguay-Labrosse et Alexis Raynault.

Tenter des choses

La salle Bourgie avait déjà présenté, en 2015, un spectacle de BOP : The Burning Fiery Furnace, la seconde parabole d’église de Britten. « Lorsqu’ils ont monté ce spectacle, je les ai regardé travailler et ils m’ont vraiment impressionnée », confie Isolde Lagacé. La directrice de la salle Bourgie connaît Hubert Tanguay-Labrosse depuis ses études au Conservatoire, dont elle était alors directrice. « C’était déjà un élève qui se démarquait des autres par sa personnalité et sa créativité. J’ai ensuite rencontré Alexis Raynault, pour lequel j’ai beaucoup d’estime. »

Raynault, dont les lecteurs du Devoir fréquentent à l’occasion la plume, sera mis à contribution pour la composition de la pièce d’ouverture, ce qui fait plaisir à Isolde Lagacé « et pas parce que j’ai besoin de dire : “J’ai fait une création.” Nous ne sommes pas subventionnés ! »

La directrice de la salle, qui n’a « pas peur d’essayer des choses », voit donc « beaucoup d’éléments positifs dans ce projet ». « C’est extrêmement important que les diffuseurs soutiennent l’action de jeunes musiciens de cette envergure. Si ce n’est pas dans la mission de Pro Musica ou du Ladies’ Morning d’ouvrir leur saison avec BOP, qui va les présenter ? Ce sont des projets qui coûtent cher. Donc, il est essentiel de les soutenir. »

À toutes ces raisons se greffe, de part et d’autre, la rencontre d’un projet et d’un répertoire. Poulenc et Messiaen : deux oeuvres sacrées réunies en un rituel musical et scénique. « La musique sacrée française de la seconde moitié du XXe siècle n’est pas assez jouée », note Isolde Lagacé.

Dans la perspective de Hubert Tanguay-Labrosse, le projet est né de la manière suivante : « Nous avions une invitation de la salle Bourgie et d’I Musici pour une collaboration cette saison. Un orchestre à cordes et une salle, une ancienne église, cela nous a amenés de fil en aiguille à fusionner ces deux opportunités et à penser à des oeuvres à caractère sacré.

Après The Burning Fiery Furnace à Bourgie en 2015, nous pouvions aller dans le même sens avec un texte qui s’inscrivait dans l’architecture. Nous avons donc pensé à Poulenc et Messiaen et à Cédric Delorme-Bouchard pour développer un concept autour du lieu. »

« Il est important de préciser que ce n’est pas un concert à numéros, insiste le chef. Les morceaux s’enchaînent et c’est traité comme une seule oeuvre par la scénographie, les choristes faisant partie de la mise en scène. Ce n’est pas très actif, puisque les oeuvres, surtout Messiaen, sont très contemplatives, avec beaucoup de recueillement, mais une partie dansée vient s’intégrer à la musique sans que cela soit un collage. Tout se mélange pendant le spectacle. »

Hubert Tanguay-Labrosse cite le Quatuor pour la fin du temps avec le chorégraphe Dave Saint-Pierre parmi les spectacles antérieurs qui ont préparé la voie à celui-ci.

Litanies à la Vierge noire de Poulenc et Trois petites liturgies de la présence divine de Messiaen étaient les oeuvres choisies d’emblée. Sachant qu’à elles seules elles n’assurent pas l’intégralité d’un spectacle, fallait-il en dénicher ou en composer une troisième ? « L’idée d’ajouter une création est venue très vite. Il était clair que les deux oeuvres étaient trop courtes. Cédric Delorme-Bouchard a imaginé l’ouverture du spectacle et Alexis Raynault a composé la musique pour cette ouverture. Nous avons donc pensé à ce que nous voulions voir au début et à la manière donc nous voulions aller vers Poulenc en imaginant la musique qui allait avec. »

Alexis Raynault voit Le vaisseau-coeur comme un « spectacle complet ». Il avait comme préoccupation que « l’on ne se sente pas au concert, mais dans une seule et même liturgie ». « Pour écrire ma pièce, je savais ce qui allait se passer dans le spectacle. Il n’y a rien d’autre que l’orchestre et la lumière. Je devais écrire une pièce faisant passer la salle de la lumière à la noirceur dans un minutage très précis. » Introduisant les Litanies à la Vierge noire, il s’est tourné vers Poulenc, dont la musique chorale a été l’une de ses grandes émotions à l’adolescence.

« Cela ne va pas être un pastiche, mais il y aura certains traits dans l’harmonie, comme la première phrase avec des quintes qui répond à Poulenc, et d’autres oeuvres qui m’ont beaucoup marqué, comme Ronsard à son âme de Ravel. »

Alexis Raynault considère comme un « grand et rare privilège de pouvoir composer une pièce pour un spectacle qu’on produit, qu’on réalise, dans lequel on s’investit de A à Z », mais n’envisage pas d’existence autonome à sa composition. « C’est vraiment réalisé pour introduire les Litanies de Poulenc en fonction de jeux d’éclairages. Mais j’ai aussi composé pour I Musici. J’ai composé en ayant ce groupe en tête dans la disposition précise qu’ils vont avoir sur scène. »

Dans la trajectoire de BOP, le projet est marquant. « Nous entrons dans une seconde étape de la vie de BOP », indique Hubert Tanguay-Labrosse. « C’est la première fois que nous savons ce que nous allons faire la saison prochaine, et des partenariats sont déjà décidés. Nous allons passer à deux spectacles par année et je pense que cela va aller de mieux en mieux et continuer à accélérer. »

Cette saison, après la salle Bourgie, BOP investira La Chapelle, Scène contemporaine en février 2020 pour la comédie musicale Please Thrill Me de Sean Nicholas Savage mise en scène par Sophie Cadieux.

Quant à la participation de 28 élèves de l’école Joseph-François-Perrault, elle s’est faite entièrement sur la base du volontariat, en dehors des cours. « Joseph-François-Perrault, c’est un des derniers bastions de jeunes qui s’intéressent à la musique, et un choeur de jeunes amène un public neuf », se réjouit Isolde Lagacé.

En concert cette semaine

Eugène Onéguine. Ouverture de saison à l’Opéra de Montréal avec l’opéra phare de Tchaïkovski mettant en vedette Étienne Dupuis et Nicole Car en Onéguine et Tatiana. Lenski sera incarné par Owen McCausland et Denis Sedov sera le prince Grémine. Tomer Zvulun, directeur artistique de l’Opéra d’Atlanta, met en scène, tandis que le chef français Guillaume Tourniaire est au pupitre. À la salle Wilfrid-Pelletier, samedi 14 septembre à 19 h 30 et les 17, 19 et 22.

Christian Blackshaw. Le Ladies’ Morning nous amène le pianiste anglais pour un programme somptueux réunissant la Fantaisie en ré mineur, K. 397, le Rondo en ré majeur, K. 485 et l’Adagio K. 540 de Mozart, la tortueuse Humoreske op. 20 de Schumann et l’incomparable Sonate D. 960 de Schubert. À la salle Pollack, dimanche 15 septembre à 15 h 30.

Le vaisseau-coeur

Une « exploration du sacré » avec des oeuvres de A. Raynault, Poulenc et Messiaen. Claudia Chan, piano, Estelle Lemire, ondes Martenot, Choeur d’élèves de l’école Joseph-François-Perrault, I Musici, dir. Hubert Tanguay-Labrosse. Mise en scène : Cédric Delorme-Bouchard. À la salle Bourgie, les 10, 11 et 12 septembre à 20 h.