Le FME bientôt majeur

Julie Doiron et son complice Dany Placard ont uni leurs voix, leurs guitares et leurs répertoires pour présenter un concert en parfaite harmonie, dimanche.
Photo: Dominic McGraw Julie Doiron et son complice Dany Placard ont uni leurs voix, leurs guitares et leurs répertoires pour présenter un concert en parfaite harmonie, dimanche.

C’est le volume au plancher que s’est terminée dimanche soir dernier la 17e édition du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue avec, à l’Agora des Arts, le rock’n roll débonnaire de The Sadies et, côté Petit Théâtre du Vieux-Noranda, le métal hurlant de Despised Icon. L’écho de ces quatre dernières journées de musique fraîche résonnera tout l’automne, officialisant ainsi la rentrée musicale pour tous les professionnels de l’industrie là-bas réunis, parmi lesquels une délégation de 67 invités d’outre-mer, la plus importante de l’histoire du festival.

Ce sera le fait saillant de cette édition : l’une des régions les plus reculées de la province est devenue, après 17 ans d’existence, un rendez-vous privilégié des professionnels d’ici et d’ailleurs, plus de 200 au total. D’Europe, tout spécialement cette année, alors que les représentants de l’industrie de la France, de la Belgique et de la Suisse couraient les concerts-vitrines des artistes québécois.

C’est que le long week-end de la fête du Travail tombe pile pour les pros européens, relève Jenny Thibault, cofondatrice et vice-présidente du conseil d’administration du FME : « Pour eux, la haute saison des festivals est pas mal terminée [en Europe], or, plusieurs d’entre eux viennent ici autant pour les affaires que pour s’offrir des vacances en profitant pendant quelques jours de Montréal », et découvrir le talent d’ici qu’ils seront ensuite tentés de programmer dans leurs circuits respectifs.

Plusieurs professionnels européens rencontrés à Rouyn-Noranda avaient d’ailleurs planifié leur séjour en commençant par MUTEK, qui se tenait le week-end précédent, avant de mettre le cap sur la région boréale pour vivre une 17e édition qui, estime la direction du FME, s’est déroulée rondement, sans imprévus, annulations de dernière minute ou autres cafards de programmateurs.

Jenny Thibault reconnaît que l’événement est arrivé à pleine maturité… avant même d’avoir atteint sa majorité. « On l’a dit aux gens de la chambre de commerce [de Rouyn-Noranda] : l’hébergement est au maximum de sa capacité ; on ne peut pas inviter plus de gens de l’extérieur », une clientèle qui compte pour 40 % de la fréquentation du festival.

La croissance viendra donc des Abitibiens eux-mêmes, d’où la nécessité de bonifier le site extérieur qui, pour une seconde année, offrait trois soirs de grands concerts, avec les têtes d’affiches Kid Koala le jeudi, Loud le vendredi et Koriass le samedi, ce dernier (avec FouKi et Alaclair Ensemble) ayant attiré la plus imposante foule, quoique vraisemblablement en deçà du record de 4500 spectateurs établis par Loud l’an dernier. Au cumulatif, l’organisation annonce avoir réuni environ 33 500 spectateurs pendant les quatre jours de l’événement, une légère baisse par rapport aux 35 000 attirés l’an dernier.

« Proches de nos objectifs »

La gestion du site extérieur du festival, concentré sur la 7e Rue au nord de la rue Murdoch, sera probablement le plus grand défi de l’édition 2020 puisque la salle de l’Agora des Arts, au coeur de l’action au coin des deux principales artères du secteur Noranda, subira d’importantes rénovations jusqu’en 2021.

« J’ai récemment retrouvé les notes de la première réunion qu’on avait eue en novembre 2002 et qui allait mener l’automne suivant à la première édition du FME, raconte Jenny Thibault. On y lisait que la raison pour laquelle on voulait tenir ça début septembre, c’était pour étirer la saison touristique. On voulait ensuite faire un événement pour les gens de la région, qu’ils se l’approprient et que ça devienne leur festival, un événement communautaire. Et enfin, monter une programmation de musiciens aux propositions originales. »

« Dix-sept ans plus tard, on est arrivés proche de nos objectifs », même qu’aujourd’hui, le Festival de musique émergente est le deuxième événement touristique en importance en Abitibi-Témiscamingue. « On arrive juste après le Rodéo du camion de Notre-Dame-du-Nord », sourit Jenny Thibault, ajoutant que cet événement pittoresque qui attire bon nombre d’Ontariens ne se soucie pas d’un manque de chambres d’hôtel. « Tout le monde y va faire du camping… »

FET.NAT, Doiron / Placard

C’est pareil chaque année. La dernière journée du festival, tout le monde est un peu dans les vapes, épuisé par le marathon musical couru depuis le concert inaugural. Jenny Thibault ne se trompe pas en qualifiant le FME de « pèlerinage des mélomanes, à cause de la distance qui sépare Rouyn-Noranda des grands centres, mais aussi à cause de notre offre de concerts de fin de soirée qui permet au festivalier de passer d’une salle à l’autre jusqu’au petit matin ». Sans compter les concerts-surprises, certains n’étant accessibles qu’au bout d’une marche d’une quarantaine de minutes dans une réserve faunique du coin.

À la randonnée sylvestre, on a préféré le vagabondage nocturne dans le secteur Noranda, où se concentrent les petits bars. À 1 h du petit matin de dimanche, le Cabaret de la dernière chance était plein à craquer pour FET. NAT, quartet post-punk-kraut-jazz-fusion profitant d’un regain d’intérêt depuis que son plus récent album, Le Mal, a d’abord été recensé par le site Pitchfork, puis retenu comme finaliste pour le prix Polaris.

La vivacité, l’imprévisibilité que l’on découvre sur l’album est intacte sur scène, mais le groupe évite la fine dentelle sonore réalisée en studio pour offrir un défoulement collectif au public. Avec, à sa tête, ce poète enragé qu’est JFNO, qui, dans ses déclamations autant que dans ses borborygmes, rappelle le Raoul Duguay de L’Infonie auquel répond avec le même aplomb le saxophoniste Lindsey Wellman. L’urgence et la fureur punk sont enfin soulignées par cette section rythmique du tonnerre, Olivier Fairfield battant sans arrêt les peaux, Pierre-Luc Clément mettant du funk dans son jeu de basse. Jusqu’à deux heures du matin, le groupe et son public se sont livrés à un amusant jeu de qui allait hurler le plus fort. Ce fut match nul et cordes vocales usées.

Arrivés au dimanche soir, un peu de calme allait faire du bien. En ouverture du programme rock’n’roll de l’Agora des Arts, une communion sur scène (et dans la vie, pour ne rien vous cacher) entre l’égérie indie rock et folk des Maritimes Julie Doiron et son complice Dany Placard. Deux voix, deux guitares, deux répertoires. Deux âmes qui s’entremêlent, s’échangent des regards et des fous rires en empiétant sur les chansons de l’autre. Deux voix en parfaite harmonie, c’était aussi ça, la révélation : des timbres faits pour être ensemble. Leur premier concert officiel à deux, tendre et touchant, assurément pas le dernier ; Placard a annoncé la sortie de son nouvel album en janvier prochain, Doiron présentera le sien à l’automne 2020.