Après la pluie

Half Moon Run, depuis le début de l’été, s’est remis en forme en cassant les chansons de l’album <em>Then Again</em> devant le public québécois.
Photo: Christian Leduc Half Moon Run, depuis le début de l’été, s’est remis en forme en cassant les chansons de l’album Then Again devant le public québécois.

Le quatuor montréalais Half Moon Run a posé son sceau sur cette 17e édition du Festival de musique émergente d’Abitibi-Témiscamingue, faisant salle comble deux soirs de suite à l’Agora des arts de Rouyn-Noranda et proposant à chaque fois son charmant répertoire pop-folk-rock à des fans gagnés d’avance, alléchés par les quelques nouvelles chansons au programme.

Vendredi soir à minuit sous la pluie, hier soir sous un ciel radieux et étoilé, la scène était identique : une file d’attente monstre devant les marches de l’Agora pour entendre Half Moon Run qui, depuis le début de l’été, s’est remis en forme en cassant les chansons de l’album Then Again (on connaîtra sa date de parution le 5 septembre) devant le public québécois. La sortie officielle, il y a quelques jours, de la chanson-titre de son troisième album donne du grain à moudre aux fans, qui attendent depuis quatre ans ce disque.

Then Again fut la troisième chanson au programme de vendredi tard, précédée par les familières 21 Gun Salute (du premier album Dark Eyes, 2012) et I Can’t Figure Out What’s Going On (du second Sun Leads Me On, 2015), mise en bouche menant à cette inédite tonique mue par la rythmique rock avançant sur un puissant bourdon de basse synthétique. Voilà qui change des caresses pop-folk qui ont fait la notoriété du groupe, au moins autant que la qualité de ses performances — quel plaisir de voir ces musiciens trimer dur sur scène, passer d’un instrument à l’autre, les batteurs qui jouent des claviers tout en gardant la cadence, avec une admirable agilité !

Trois autres nouveautés ont ainsi été proposées — certaines, comme la coulante pop à claviers Jello offerte au rappel, apparaît dans les concerts du groupe depuis plus d’un an. C’est qu’avec Half Moon Run, il faut être patient : l’orchestre s’accorde le temps qu’il faut pour mitonner ses albums et s’assurer que les chansons passent la rampe devant public. Celui du FME était particulièrement réceptif aux nouveautés, comme l’excellente Favorite Boy, au refrain aussi insidieusement pop que celui de Jello au rappel. La ballade folk Razorblade a été dévoilée durant le dernier droit du concert, juste avant d’aligner les petites bombes rock Call Me in the Afternoon, Drug You et She Wants to Know.

Pareil engouement pour le concert du samedi, cette fois avec La Force (Ariel Engle, membre de Broken Social Scene) en première partie qui, simplement accompagnée d’un batteur et d’une claviériste / choriste, a donné un concert absolument captivant. Cette voix, plus forte et juste encore que sur son premier album paru l’an dernier sur l’étiquette Arts & Crafts ! Ces compositions aux mélodies parfaitement calibrées, les sombres grooves à saveur new wave, la présence scénique naturelle et incandescente, Engle fut notre coup de coeur de ce samedi festif.

Photo: Christian Leduc Naya Ali

Naya Ali, Heartstreet

Car Rouyn-Noranda avait meilleure mine hier que vendredi, alors que les nuages s’étaient tassés pour laisser passer la lumière. Le week-end s’annonçait radieux, et glorieusement rap avec l’affiche toute étoile de la grande scène du site extérieur de la 7e rue : FouKi, Alaclair Ensemble, puis Koriass. Du lourd : c’était bondé de fêtards qui, une fois ces concerts terminés, se sont accrochés les pieds aux bars, profitant du tour de chant du duo Heartstreet, augmenté en concert d’une claviériste et d’un batteur. Les deux auteures, compositrices, chanteuses et rappeuses (Gab Godon et Emma Beko) ont plongé dans le matériel de leur album Why Make Sens paru plus tôt cette année, berçant les festivaliers avec leur r & b / pop électronique à faire redescendre la tension provoquée par l’énergie de Koriass.

Le menu hip hop de ce samedi a cependant débuté durant l’un des 5 à 7 musicaux du FME, celui mettant en scène la rappeuse Naya Ali, à la salle Évolu-Son. Pour connaisseurs avertis : la salle était juste assez bondée pour donner l’énergie nécessaire à la rappeuse qui, de toute façon, ne dose pas la force de sa performance selon la taille de l’auditoire.

Elle est montée sur scène le micro entre les dents, après l’échauffement de foule pratiqué par son DJ John Brown. La rappeuse n’a encore qu’un mini-album — Higher Self, paru il y a moins d’un an —, mais la prestance d’une pro, autoritaire, la rime rutilante, la mitraille de syllabes qui perfore les basses trap. La proposition est mûre, ne manque plus qu’un vrai disque, sur lequel on trouvera peut-être sa récente collaboration avec le duo de producteurs québécois Banx & Ranx, une bombe intitulée Get It Right.