Une foule conquise avant l’automne au FME

Superbe performance de savants grooves pop-rock par l’auteure-compositrice-interprète autant que de ses accompagnateurs. Mentions spéciales à la saxophoniste appuyant les motifs mélodiques esquivés par Laurence-Anne et au percussionniste-claviériste qui, avec ses oripeaux sonores, illuminait l’atmosphère.
Photo: Louis Jalbert Superbe performance de savants grooves pop-rock par l’auteure-compositrice-interprète autant que de ses accompagnateurs. Mentions spéciales à la saxophoniste appuyant les motifs mélodiques esquivés par Laurence-Anne et au percussionniste-claviériste qui, avec ses oripeaux sonores, illuminait l’atmosphère.

On se rend à Rouyn-Noranda pendant le Festival de Musique émergente pour, entre autres choses, être les premiers à entendre ceux qui feront l’actualité de la rentrée musicale. Un bénéfice qui vient parfois avec l’inconvénient de devenir aussi parmi les premiers au Québec à renouer avec l’automne.

Parlez-en à Philémon Cimon : ça devait être un beau petit concert acoustique en plein après-midi d’été hier sur la place éphémère de la Guinguette aménagée aux abords du lac Osisko, ce fut plutôt une course aux abris lorsque crachait le ciel gris, avec 15 petits degrés Celsius au compteur.

Contre mauvaise météo, Cimon a fait bon coeur. Hilare, planté là sur la scène avec sa guitare acoustique, s’apprêtant à dire deux mots d’introduction pendant que l’auditoire courait aux abris de l’averse. Ni bière ni pastis sur la guinguette, on s’abreuvait au café chaud, mais Philémon Cimon avait le coeur à la jasette pour la petite centaine de spectateurs qui, entre deux averses, risquaient quelques pas en s’approchant de la scène.

L’auteur-compositeur-interprète a dû raccourcir son récital à sept ou huit chansons, et autant de monologues cocasses improvisés qui rapprochaient la région de Charlevoix, thème de son récent album Pays, de l’Abitibi. C’était à Philémon sans prétention, à la bonne franquette sur la Guinguette (et au frette, excusez là). Une anecdote n’attendait pas l’autre, l’occasion d’en apprendre sur le lien qui l’attache encore à Saint-Joseph-de-la-Rive et à sa manière de trouver l’inspiration pour écrire ses chansons. Il aurait pu comme ça discourir et chanter pendant deux heures devant ce public attentif, mais l’automne précoce l’a forcé à quitter sans rappel au bout de sept ou huit belles chansons.

  

Coups de foudre

 

Le ciel gris foncé avait même fait fuir les canards fréquentant les berges du lac, qu’il fallait longer pour rejoindre le bar Le Cachottier, rue Principale à Rouyn, et servir de témoin à l’une des trop rares performances de Barrdo. L’ensemble – un quintette sur scène – piloté par Pierre Alexandre (de Poulet Neige) et David Bujold (Fuudge), a offert en février dernier l’un des plus captivants disques de rock franco-québécois de l’année, extravagante affaire chanson prog-pop-psychédélique aux mélodies ensorcelantes qui, hier, à l’heure du 5 à 7 et dans un resto-bar attirant une clientèle affamée, a réussi son charme.

Les cinq pros sur scène ne se sont pas formalisés de voir défiler des pizzas aux tables devant eux et ont offert un concert d’autant plus juste et évocateur que l’écoute de l’album laisse croire qu’ils étaient vingt, trente, quarante en studio à mettre la main à la pâte. Et ce concert fut exécuté avec tact et nuance, Barrdo pouvant passer d’un groove stoner rock psychédélique à une rythmique robotique façon Can, pour ensuite revisiter le folk progressif des années 70, une marguerite entre les dents. Juste l’interprétation de Tôt ou tard en début de concert valait le détour, un crescendo qui trouve sa puissance dans ce refrain mémorable et mélodieux. Dommage qu’on ne voie pas ce groupe-là plus souvent hors de son studio.

Un peu plus tard, la foule entassée dans la jolie salle de la scène Évolu-Son, tout près du coeur de Rouyn, attendait de pied ferme Laurence-Anne et son orchestre. La rumeur avait fait le travail, quelques mois après la parution de son album Première Apparition. Superbe performance de savants grooves pop-rock par l’auteure-compositrice-interprète autant que de ses accompagnateurs. Mentions spéciales à la saxophoniste appuyant les motifs mélodiques esquivés par Laurence-Anne et au percussionniste-claviériste qui, avec ses oripeaux sonores, illuminait l’atmosphère. Quant à Laurence-Anne, elle donnait du corps aux chansons de son album, elle les habitait passionnément, les yeux fermés agrippant sa guitare, ce timbre de voix fin et cachottier, cette attitude suave mais déterminée rappelant celle de Debbie Harry.

 

Retour à Noranda

Au nord de la ville s’animait le site extérieur du FME où, plus tard en soirée, Loud allait tenter de battre son propre record d’achalandage de l’histoire du festival établi l’année dernière sur la même scène principale. Tout autour, un circuit de bars, de salles, de ruelles vivantes au détour duquel on tombe sur un barbecue ou une file de spectateurs attendant d’entrer dans un autre lieu investi par le festival – comme ce garage voisin de l’Agora des Arts transformé en scène bric-à-brac où chantait hier Bernard Adamus.

Mais c’est Loud qui eut la part du lion des festivaliers et il a fait profiter à deux excellentes rappeuse cette foule garnie et téméraire (11 degrés au thermomètre, brrr !). Sarahmée d’abord pendant une quarantaine de minutes, accompagnée de son DJ, de danseuses et du collègue Souldia, dont le concert était prévu plus tard en soirée. Elle a gagné Rouyn-Noranda en alternant entre trap teigneux et afrobeats musclés, montrant autant d’autorité sur scène que de finesse au micro.

Ensuite, autour de la Suissesse KT Gorique de prendre les commandes de la scène principale, accompagnée quant à elle par un DJ et un batteur. Une découverte pour nous : active depuis moins de dix ans, la musicienne et actrice aux racines ivoirienne et italienne s’est distinguée au concours international de rap End of the Weak avant de lancer sa carrière discographique : un album, un mixtape, quelques EP dont le plus récent Kunta Kita, paru l’an dernier.

La rime précise, le verbe curieux, le ton qui commande l’attention, KT Gorique s’est d’abord exécutée sur des rythmiques rap classiques, presque surannées, avant de tremper le gros orteil dans le trap pour ensuite rapidement tomber sur des rythmiques reggae et dancehall qui lui allaient à merveille. Une authentique force sur scène, complètement différente de l’énergie de Sarahmée qui la précédait, toute aussi magnétique.