La MISQA, une académie très festivalière

Malgré une tâche ardue, le Quatuor Noga n’a pas flanché, offrant une brillante prestation pour conclure cette 10e édition de la MISQA.
Photo: Marie-Pierre Tremblay Malgré une tâche ardue, le Quatuor Noga n’a pas flanché, offrant une brillante prestation pour conclure cette 10e édition de la MISQA.

La 10e édition de l’Académie internationale de quatuor à cordes de McGill (MISQA, selon l’acronyme anglais) a pris fin samedi par un brillant concert du Quatuor Noga. Il n’était pas évident pour ce quatuor résidant à Berlin, constitué de musiciens collaborant avec la Philharmonie de Paris, l’Orchestre symphonique allemand de Berlin ou l’Orchestre du Konzerthaus, de se produire devant un public comprenant les membres des quatuors stagiaires de l’année (Barbican, Simply, Vera et Viano) et leurs professeurs issus des plus éminents quatuors (Alban Berg, Ébène, Takács).

Mais le Quatuor Noga n’a pas flanché, au contraire, dans une salle qu’il connaît bien pour avoir fait partie de la toute première fournée de quatuors stagiaires en 2010, revenant ensuite en 2012. La hauteur de la prestation, la concentration d’écoute d’un public dévoué qui remplissait la salle, la qualité de la mise en place de la scène et de l’éclairage ainsi que de l’accueil des organisateurs amènent quasiment à considérer cette manifestation lancée par la mécène Constance V. Pathy non comme une simple académie de perfectionnement, mais comme un vrai et noble festival de musique de chambre ouvrant les bras de Montréal au monde entier au coeur de l’été.

Dans le 5e Quatuor de Béla Bartók (1934), sommet du concert, le Quatuor Noga nous a plongés avec force et concentration dans l’univers fascinant des tensions marquant l’Europe de l’entre-deux-guerres. La fusion et l’équilibre entre les deux violons, Simon Roturier et Lauriane Vernhes, que l’on avait beaucoup de mal à jauger dans l’Opus 33 no 1 de Haydn (le premier semblait trop y dominer la seconde), étaient ici patents. Implacablement unis et parfaitement balancés (poids et simultanéité des sauts d’archets dans le 4e mouvement, accélérations du finale), les Noga ont soutenu la tension de cette partition hors normes jusqu’au terme avec hargne et brio.

Dans Haydn, le choix d’un vibrato très contingenté (qui se relâchait un peu lors du 3e mouvement) était à l’origine d’un son très droit, un peu sec, mais très juste. Dans le presto extrêmement vif, frôlant l’étouffement, la corde de sol de Roturier sonnait cependant de manière un peu creuse.

Haydn était bien oublié après Bartók et le superbe Quintette de Mendelssohn, où Mathieu Herzog, altiste du Quatuor Ébène, professeur à l’Académie et, depuis peu, chef d’orchestre (Symphonies no 39-41 de Mozart chez Naïve), s’est joint de manière fusionnelle (admirables sonorités dans les contre-chants du 2e mouvement) au quatuor. Cet Opus 87 valait par une grande ardeur avec une matière sonore intense et ample (chaleur du cantabile du 3e mouvement, d’un grand raffinement de nuances dans la réexposition).

Le Quatuor Noga a-t-il glané samedi une invitation pour un concert d’ouverture d’une prochaine édition de la MISQA ou pour une première présence au Ladies’Morning ? Probablement.

MISQA 2019

« Concert de clôture ». Haydn : Quatuor op. 33 no 1. Bartók : Quatuor no 5. Mendelssohn : Quintette op. 87. Quatuor Noga, Mathieu Herzog (2e alto, Mendelssohn). Salle Pollack, samedi 24 août 2019.