Avertissement: l’achat d’un nouvel album peut susciter un engouement

Émile Bilodeau fera paraître son deuxième album en octobre.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Émile Bilodeau fera paraître son deuxième album en octobre.

Ce ne sera sans doute pas un automne comme les autres. Francis Baumans est l’agent de Marie Claudel et Laurence-Anne et San James,. Il est aussi bassiste, et il a été relationniste de presse. Il a eu une riche idée : lancer l’équivalent musical de la Journée du livre québécois. « Le 9 septembre, j’achète un disque québécois ! », dit le slogan. « Je ne pense pas être le seul à y avoir pensé », s’empresse de signaler l’instigateur, qui se présente comme « le porte-parole temporaire » de l’événement. « Mon ambitionréelle est que les gens se l’approprient, cette journée. » Par « les gens », il ratisse large : cela inclut les créateurs, les consommateurs, les compagnies de disques, les disquaires indépendants et, pourquoi pas, dans le mouvement, les quelques grandes chaînes encore intéressées par les productions québécoises.

Et cela suppose surtout de privilégier un geste. « Dans un monde idéal, les gens passeraient la journée du 9 septembre chez leur disquaire et achèteraient du physique, ne serait-ce que pour redécouvrir le plaisir de passer des heures dans un disquaire. » Va pour Bandcamp ou iTunes, il y a transaction. Éviter les Spotify de ce monde, voilà le principe. « L’idée est de reconnecter les gens avec l’action non pas seulement d’acheter, mais aussi de magasiner et de choisir un album qui nous parle vraiment. Ou plusieurs. »

Acheter, oui, mais acheter quoi ?

A priori, tout disque d’ici, réédition en vinyle, compilation disponible depuis toujours, tout le catalogue québécois vaut le déplacement et l’investissement. Mais il y a dans la date choisie un signal qui n’est pas fortuit : à choisir, autant se procurer un tout nouvel album. Mais lequel ? Paru à la mi-août, le mini album de We Are Wolves, La main de Dieu, vous tend le bras. Le Long Story Short de Ian Kelly aussi. Bien sûr qu’on s’est tous précipités sur Microdose, l’événementiel album-surprise de Fred Fortin, paru pas plus tard que vendredi. Bien sûr que La mort des étoiles, le troisième album des Soeurs Boulay, attendu le 6 septembre, est essentiel, pour elles comme pour nous.

Sur cette lancée, on peut établir une petite liste d’acquisitions potentielles. En tête s’y trouvera Tenir, le premier disque de matériel neuf de Jacques Michel depuis on ne sait plus quand, réalisé par l’excellent Andre Papanicolaou. Le nouveau Raton Lover ? Un autre chouette disque pop-rock signé Jonathan Painchaud ? De quoi s’occuper jusqu’aux obligatoires d’octobre : le deuxième album d’Émile Bilodeau, le énième des Cowboys Fringants, du gros stock.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir On attend un disque tout frais de Saratoga.

Deux semaines plus tard, c’est Pierre Lapointe qui rempile, le prolifique, avec le bien nommé Pour déjouer l’ennui. Suivront les disques tout frais de Chocolat, Half Moon Run, Saratoga, domlebo. Et Atterrissage, un bijou de confection maison signé Marc Déry, que nous écoutons déjà en copie gravée et qui nous réjouit infiniment. Et oui, il y aura du nouveau Céline Dion dans les étalages : Courage, que ça s’appelle, comme sa tournée.

Quelques compléments venus d’ailleurs

Sûr et certain que la saison ne sera pas exclusivement québécoise : disons qu’elle le sera prioritairement. Ça ne nous empêchera pas d’aller fureter du côté de La Grande Sophie ou d’Angel Olsen. Les Lumineers, les Avett Brothers, Tool, Tegan et Sara, Wilco, Lana Del Rey (titre de l’album : Norman Fucking Rockwell), Taylor Swift, l’increvable Iggy Pop, ils seront plusieurs à dégrever ce qui restera de notre budget.

Photo: Matt Cowan Agence France-Presse Angel Olsen

Mais deux albums brassent déjà plus fort que les autres le petit change dans les tirelires : un florilège de reprises par Chrissie Hynde, et le Threads de Sheryl Crow, album de duos. Pensez, Sheryl Crow avec Emmylou Harris, Keith Richards, Stevie Nicks, James Taylor, Willie Nelson et compagnie… Valeurs sûres ? Ce n’est pas un défaut, quand la rencontre entre les interprètes et les chansons a vraiment lieu. Acheter des disques, permettez une lapalissade, ça donne envie d’acheter des disques.

Les Beatles, parce que «Because»…

C’est au tour d’Abbey Road. Le 27 septembre paraîtra, en diverses configurations, la réédition remixée du dernier album enregistré par les Beatles. Restera l’album Let It Be à commémorer en 2020, mais ce disque mal-aimé, faut-il le rappeler, était composé des rescapées du projet Get Back de janvier 1969, précédant le grand baroud d’honneur que fut Abbey Road.

Bien évidemment, le coffret Super Deluxe est le seul qui nous intéresse, non seulement à cause du travail de Giles Martin à partir des bandes multipistes d’origine, non seulement à cause du livre de cent pages rempli de photos inédites des sessions par Linda McCartney, mais parce qu’il est carrément impossible de vivre sans les deux pleins disques de prises alternatives.

Le menu est plus qu’alléchant : on parle ici d’une version d’I Want You (She’s So Heavy) avec Billy Preston à l’orgue, d’un démo guitare-piano-voix de Something, de la première prise instrumentale de Because, du grand medley de la face B dans son premier état (The Long One, intégrant Her Majesty), et ainsi de suite. Il y a moins de surprises que dans les coffrets consacrés à Sgt. Pepper’s et The Beatles (l’album blanc…), mais lever ne serait-ce qu’un coin de voile sur le processus de création de ce dernier chef-d’oeuvre justifie la ponction sur la marge de crédit. Ou l’écoulement des bijoux de famille, c’est comme vous voulez.