Êtes-vous Céline ou Thom Yorke?

Le jeudi 26 septembre, c’est le retour évidemment triomphal de la «nouvelle» Céline Dion et la prestation en solo de Thom Yorke. Il faudra faire un choix!
Photo: Lucas Barioulet Agence France-Presse Le jeudi 26 septembre, c’est le retour évidemment triomphal de la «nouvelle» Céline Dion et la prestation en solo de Thom Yorke. Il faudra faire un choix!

Déchirant dilemme. Dans les chaumières, le jeudi 26 septembre, ça va faire du vilain. Un vrai cas de divorce. Entre le retour évidemment triomphal de la « nouvelle » Céline Dion (la version haute couture pas-peur-du-ridicule) et la prestation en solo de Thom Yorke (le génie à rebrousse-poil qui n’a même pas été avec les autres de Radiohead à l’intronisation du groupe au Rock’n’roll Hall of Fame), le choix sera cornélien mais obligé. Non seulement les spectacles se dérouleront en même temps, mais faudra faire gaffe quant au lieu : elle, c’est le Centre Bell, et lui, la Place Bell (à Laval). Écrire Evenko en mot-clé ne vous aidera pas : c’est le même promoteur pour les deux.

Photo: Christopher Polk Agence France-Presse Thom Yorke

La saison sera souffrante tellement il y a de  court-circuitages de désir dans le calendrier Evenko. Mika ou Steve Hackett ? Une soirée de conversation avec Nick Cave ou les poings sur le coeur de la même Céline Dion ? Disney sur glace ou le groupe hommage Rumours of Fleetwood Mac ? Bigflo Oli, ou Jenny Lewis, ou les Planet Smashers ? Chick Corea ou (encore) Céline ? Moist ou… Barack Obama (mais si, mais si, le dernier président présidentiel lui-même en personne) ? Tout ça est à l’enseigne d’Evenko.

 

La convergence du promoteur avec les festivals gérés par Spectra (Francos, FIJM, Montréal en lumière) n’a pas eu pour seule conséquence une redistribution des tâches chez les relationnistes. Cet automne, Evenko s’occupe de plus de la moitié des spectacles majeurs présentés à Montréal… et ailleurs : Brigitte Boisjoli, Marie-Mai, Yoan sillonneront les régions, associés itou à la tentaculaire entreprise. Et Lenny Kravitz, au lendemain de son Centre Bell, sera à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières : c’est aussi à l’agenda Evenko. L’idole Carla Rae Jepsen ? Evenko. Patrick Bruel ? Les forts en coffre d’Il Divo ? Le vétéran groupe Kansas ? Chance The Rapper ? Angel Olsen ? Tous dans le giron. Nashville Pussy au Corona ? Présenté par Greenland, la branche « alternative » d’Evenko. Vous voyez le topo ?

S’en réjouir ou en pâtir ?

Il y a deux réactions possibles à cette véritable mainmise du promoteur sur le marché québécois : la donne est plus vaste que jamais, les choix (pas du tout déchirants, vous l’aurez compris) le montrent bien, et on a tout lieu de s’en réjouir. On peut cependant se demander si un ratissage aussi large laisse encore de la place aux petits et relativement petits concurrents. La part d’un Ruben Fogel est bien congrue, désormais : sa boîte prépare la revisite des Mark Knopfler, Rick Wakeman, Loreena McKennitt et Gordon Lightfoot, et c’est à peu près tout. Le festival Mile Ex End est organisé par les gens de La Tribu. Pop Montréal est associé à Evenko pour les gros noms de sa programmation : Laurie Anderson, Nick Cave, Mavis Staples.

Photo: Chanel Sabourin David Marin

Les farouches artistes indépendants se produisent eux-mêmes, parfois avec l’aide de la section spectacles de leur maison de disques tout aussi indépendante : ainsi irons-nous voir et entendre les premières montréalaises des Soeurs Boulay, d’un Bernard Adamus, d’un David Marin, des Dear Criminals (avec un orchestre de chambre au Gesù), d’une Laurence-Anne (au Bain Mathieu !), d’un Michel Faubert (à La Chapelle). Pas assez vendeurs pour Evenko ? Pas intéressés par Evenko ? Trop indépendants pour leur bien ? Encore heureux qu’il y ait encore le festival Coup de coeur francophone, en novembre, pour soutenir les FouKi, Stefie Shock et toute une belle ribambelle d’aspirants désargentés.

Plume revient, non sans Séquelles ?

Irréductible, résolument et entièrement propriétaire de ses rimes et de ses poils, le cher Plume Latraverse réquisitionnera la Cinquième salle de la Place des arts fin octobre pour son nouveau spectacle intitulé Séquelles ? (oui, avec le point d’interrogation). Vigneault s’y sera installé aussi, fin septembre, pour reprendre son Paroles et musiques. Des cas particuliers ? Indéniablement.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Ingrid St-Pierre

Et le 26 septembre, finalement, c’est décidé chez vous ? C’est Céline ou c’est Thom ? Chez nous, la question ne se pose même pas : on sera à l’Outremont pour la première montréalaise du nouveau spectacle d’Ingrid St-Pierre. Impensable de manquer ça.

Toutes pour Renée Claude

S’il est à noter que Diane Dufresne fêtera son 75e anniversaire de naissance à la Maison symphonique, que Nathalie Simard soulignera ses 40 ans de carrière à la Cinquième salle de la PdA et qu’un spectacle hommage à Félix Leclerc réunira autour du chef d’orchestre Simon Leclerc les forces vives de la génération montante des auteurs-compositeurs-interprètes (mentionnons Lydia Képinski, Émile Bilodeau, Mon Doux Saigneur, Lou-Adrianne Cassidy), c’est la soirée consacrée à Renée Claude qui sera, et de loin, la plus porteuse d’émotions cet automne.

Le titre dit tout : Renée Claude – La mémoire du coeur. L’alzheimer ayant creusé son puits sans fond dans les souvenirs de la grande dame, la meilleure façon de faire vivre au présent le répertoire de l’interprète exceptionnelle des chansons de Michel Conte, Stéphane Venne, Luc Plamondon, Clémence DesRochers, Brassens et Ferré (la liste est très, très longue) était de chanter pour elle. C’est ce qui sera fait.

Ainsi, le 15 novembre à la Maison symphonique, Monique Giroux présentera les Catherine Major, Ariane Moffatt, Isabelle Boulay, Clémence DesRochers, Luce Dufault, Louise Forestier, Kathleen Fortin, Laurence Jalbert, Marie-Élaine Thibert et Marie Denise Pelletier, qui prendront, ensemble et séparément, le relais. « Tu trouveras la paix dans ton coeur / Et pas ailleurs / Et pas ailleurs. / Tu peux cesser de la chercher / Ce n’est qu’en toi / Qu’elle peut commencer », chantait si magnifiquement Renée Claude en 1971. C’est à elles toutes, et à nous aussi, qu’elle s’adressait, et nous la chanterons en novembre comme si Stéphane Venne avait prévu que ce soir-là arriverait.