Un éveil des sens au MAC

En tout, neuf œuvres multimédias alternent sous le dôme métaphorique où sons et images viennent parler aux sens. Des formes abstraites et fantomatiques succèdent à des scènes de foules et à des visages.
Photo: Hexadome / Skye Sobejko En tout, neuf œuvres multimédias alternent sous le dôme métaphorique où sons et images viennent parler aux sens. Des formes abstraites et fantomatiques succèdent à des scènes de foules et à des visages.

Depuis Fantasia (1940), les artistes ont souvent apposé des images en mouvement à la musique pour susciter l’émotion. C’est un peu une version immersive, électronique et ténébreuse, explorant des sensations complexes, du célèbre film musical de Disney que propose le festival Mutek, avec l’installation Hexadome, une création du méconnu Institute for Sound and Music (ISM) de Berlin.

Lorsque l’on pénètre dans la salle au sous-sol du Musée d’art contemporain, tout est noir, et six écrans entourent le visiteur. On est alors invités à s’asseoir et là, le dilemme est grand : vers où tourner le regard ?

Si l’on choisit de regarder tel écran, manquera-t-on quelque chose sur les cinq autres ? Pourrait-on rater un extrait particulièrement frappant d’animation 3D ? Il faudra pourtant bien choisir. En matière d’audio, point de crainte, le système en place est doté de 52 haut-parleurs à la fine pointe de la technologie qui permettent d’être complètement happé par les sonorités crues, grinçantes, pulsées ou techno, ou encore par la voix caractéristique de Thom Yorke. En tout, neuf oeuvres multimédias alternent sous ce dôme métaphorique où sons et images viennent parler aux sens. Des formes abstraites et fantomatiques succèdent à des scènes de foules et des visages.

20e anniversaire

Le festival de culture numérique Mutek célèbre ses vingt ans et rien n’est laissé au hasard, précise son directeur artistique et général Alain Mongeau. Si la programmation officielle du festival ne débute que le 20 août, les amis de Berlin tiennent le fort au Musée d'art contemporain de Montréal depuis mardi, et ce, jusqu’au 2 septembre.

Photo: Hexadome / Skye Sobejko

Mais qu’est-ce que l’ISM au juste ? Klaus Teuschler, coordonnateur de l’exposition, a voyagé avec l’Hexadome pour lancer la machine. L’Institut est un projet tout récent et a vu le jour en 2016, explique-t-il. « Ceci est en fait notre premier projet qui est réalisé. Le but, sur un plus long terme, est l’établissement d’un lieu, permanent, comme un musée, dédié à la musique et au son. Donc après Hexadome, on envisage une expo sur le son. Cette idée d’avoir un musée est très importante parce qu’on veut amener celui-ci pratiquement au niveau de l’architecture. L’art du son est assez nouveau et il n’y a presque rien pour l’élever au niveau d’art digne des musées. »

Oeuvres mixtes

Le projet doit greffer à sa programmation une oeuvre locale à chaque arrêt de sa tournée nord-américaine (il était présenté à San Francisco il y a quelques semaines). Ici, c’est l’artiste multidisciplinaire Herman Kolgen qui a été choisi, signant une pièce allégorique sur la mémoire, la perception, le regard. Le spectateur est plongé dans les souvenirs d’un personnage au visage paisible, mais l’image demeure. Réflexion sur le temps qui passe, puis sur l’accumulation d’information, son Retina prend le spectateur par la main en douceur pour le lancer dans un tapage contrôlé, où le son craché par les enceintes semble venir de l’intérieur même du corps.

Tout comme M. Teuschler, M. Kolgen s’intéresse à l’avenir de la conservation et de la diffusion des oeuvres comme les siennes. « Les musées ont peur, dit l’homme aux lunettes rondes, en marge de la première de Retina. Pour présenter une oeuvre une fois, ça va, mais pour en conserver dans des collections, il y a plein de questions qui se posent. Notamment, est-ce que les logiciels vont encore fonctionner dans les années à venir ? C’est pas évident pour un musée. »

Petit à petit, croit-il, les institutions font leur part. Mais l’art médiatique et numérique est-il voué à rester éphémère ? « Sincèrement, ça fait longtemps qu’il y a un mouvement. C’est comme la photo, ç’a été long avant que ça rentre. Si un autre musée dit “nous, on présente ça”, c’est niaiseux, mais les autres vont vouloir embarquer. »

Peut-être que l’art médiatique et sonore est encore trop peu compris. « Pour ceux qui ne connaissent rien à la musique électronique, à la culture des clubs, c’est difficile de faire comprendre l’idée de l’installation, dit Klaus Teuschler. Je ne peux pas expliquer à ma mère ce qu’est l’Hexadome. Pour elle, 52 haut-parleurs, à quoi ça sert, elle en a bien assez de deux ! Six écrans, wow, pour elle c’est un cirque ! C’est pour ça que notre but c’est d’emmener le son et l’acoustique ailleurs : le son comme bien-être, le son comme arme, ça peut être tant de choses. Il peut avoir un effet thérapeutique, un effet de party bien sûr… Il y a tant de façons de l’aborder. »

ISM Hexadome

Présenté par l’Institute for Sound and Music de Berlin dans le cadre de Mutek. Au MAC jusqu’au 2 septembre. Deux performances en direct de Retina auront lieu le 25 août, ainsi que deux de la troupe Little Cinema de leur réinterprétation du film Mother ! de Darren Aronofsky, les 24 et 31 août.