Childish Gambino à Osheaga: la communion

Hier soir, Childish Gambino a chanté plus que rappé, dansé beaucoup, couru partout de la scène aux clôtures de sécurité.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Hier soir, Childish Gambino a chanté plus que rappé, dansé beaucoup, couru partout de la scène aux clôtures de sécurité.

Vers 21 h 30, on a commencé à entendre gronder un synthétiseur depuis la scène, puis les projecteurs se sont braqués sur Childish Gambino, torse nu, dressé sur une plate-forme hydrolique érigée au parterre, image messianique s’il en est une. Une voix soul annonça le début du concert de clôture de cette 14e édition d’Osheaga, le concert le plus attendu du festival. Le rappeur, chanteur et acteur n’a pas déçu, c’est un euphémisme : accompagné par un orchestre top niveau, Gambino – Donald Glover au civil, à la télé et au cinéma – fut flamboyant durant cette célébration des musiques afro-américaines aux airs de messe gospel.

Hier soir, il a chanté plus que rappé, dansé beaucoup, couru partout de la scène aux clôtures de sécurité, pris des selfies même si, dès la deuxième chanson, il demandait aux fans de laisser leurs téléphones dans leurs poches pour profiter de la communion musicale qu’il allait présider. La rumeur disait donc vrai : Childish Gambino est un performeur incandescent.

Les références dans son concert abondent, plus encore que dans son oeuvre musicale, trois albums, une bonne douzaine de mixtapes. Là, en messie torse nu, il évoque le souvenir du Isaac Hayes de l’ère Black Moses – l’allusion biblique n’est jamais loin dans cette performance qui a débuté avec Atavista pour se fondre dans la nouvelle chanson Algorythm (d’un potentiel nouvel album) où il rappe « Everybody wanna get chose like Moses… »

Ces deux titres ont lancé le concert sur un rythme rap dansant, presque house, avec le choeur gospel en soutien, tous dans leurs robes noire. Le succès Summertime Magic du EP Summer Pack lancé l’an dernier nous a dirigés sur le plancher de danse, légère et parfaite petite ritournelle estivale servie sur une douce rythmique tropical house qui s’est confortablement fondue dans le rap douillet de I. The Worst Guys, assortie d’un solo de guitare électrique en finale.

Ce n’est qu’après la bombe trap II. Worldstar que les panneaux masquant l’orchestre ont été retirés, pendant que Gambino gambadait au devant du parterre. Batteur, percussionniste, claviériste, guitare, basse, choristes, admirable ensemble qui, après avoir démontré son efficacité sur les rythmes contemporains, nous a ravis de soul, de R&B, de funk et de jazz, d’abord avec la coulante Me and Your Mama agrémenté d’un jeu au Fender Rhodes scintillant et, alors que des feux d’artifices éclatiaent au ciel, sur Boogieman.

Tout d’un coup, on le messie Gambino nous amenait au siècle dernier, dans les contrées labourées par Parliament / Funkadelic sur les titres plus hard funk (avec une autre touche gospel sur Have Some Love), puis carrément chez Marvin Gaye avec Riot et Terrified. Magnifique ! L’homme est d’une prestance, d’un charisme qui perce la plaine du parc Jean-Drapeau, le regard de feu croqué en direct par les caméras qui suivent ses moindres et imprévisibles gestes. L’acteur, apprécié notamment dans la série Atlanta qu’il a écrite et développée, main dans la main avec le musicien.

Il avait gardé les plus grosses pour la fin, et d’autres grosses à venir. Feels Like Summer, chanson de circonstance, puis l’inédite Human Sacrifice, sa rythmique rappelant d’abord la touche Daft Punk rugueuse avant de virer house acidulée au refrain imparable, quand celle-là sortira enfin, on l’écoutera à s’en écoeurer. En conclusion, celle qu’on attendait tous, This is America, affaire afro-trap aux basses décoiffantes. Un généreux rappel de quatre tubes (dont Sober et Redbone) a conclu l’affaire : ce type est puissant.