Un solide hymne à la nature

Kent Nagano a une conception très «cosmique maîtrisée» de la «3e Symphonie» de Mahler.
Photo: Simon Paradis Kent Nagano a une conception très «cosmique maîtrisée» de la «3e Symphonie» de Mahler.

Le concert de samedi de cette dernière fin de semaine du Festival de Lanaudière a été à nouveau dédié à Fernand Lindsay, son fondateur. C’était chose logique, puisque la communion entre la musique et la nature, célébrée dans la 3e Symphonie de Mahler, est la fondation du rêve qui a valu la naissance de l’amphithéâtre qui abritait l’événement.

Kent Nagano a dirigé cette symphonie dans des circonstances doublement symboliques : pour son premier concert après sa nomination comme directeur musical, en mars 2005, et pour son entrée en scène à Lanaudière, en juillet 2007. Il est intéressant de voir que douze ans plus tard, sa conception reste stable. Il n’y a pas lieu de répéter les observations précédentes, sauf à souligner une architecture plus solide qu’en 2005 et, heureusement, les fruits d’une complicité avec l’orchestre, qui nous ont valu, samedi, une exécution d’une tenue instrumentale et d’une fermeté remarquables.

Le démiurge et le cosmique

Au premier rang des héros de la soirée, le 1er trombone, dans une partie très difficile, mais aussi les cuivres en général, notamment les trompettes. Le solo de cor de postillon dans le 3e mouvement était à distance, mais pas trop, donc impliqué dans un beau dialogue avec ses collègues.

Karen Cargill est revenue à Lanaudière faire tout aussi forte impression que lors de son remplacement de Susan Graham. Son allemand était très intelligible, et sa reprise pianissimo de O Mensch, saisissante. Les choeurs d’enfants et de femmes étaient parfaitement préparés.

On notera que Kent Nagano proposera au public montréalais, après cette 3e Symphonie, la 5e Symphonie en début de saison, puis la 2e Symphonie en fin de saison. Cette 3e a été très différente de celle du concert anniversaire de l’Orchestre de l’Université de Montréal entendue en avril sous la direction de Jean-François Rivest. Évidemment, l’OSM propose une qualité d’exécution incomparable (surtout dans le délicat 2e mouvement, juste un peu statique), mais dans la perception des choses, l’approche tellurique et hypersensualisée de Rivest avait comme contrepoint absolu la conception très « cosmique maîtrisée » de Nagano.

Schématiquement, la 3e, lorsqu’on la suit sur la partition, c’est un cadre strict avec une infinité d’élans et de ralentissements à l’intérieur. C’est l’ambitus que l’on donne à ces élans, ces « échappées » et ces retours à la pulsation de base qui différencie les interprétations. De ce point de vue, Kent Nagano reste très sage, notamment dans le finale ou la coda du 1er mouvement, alors que Rivest mordait sauvagement dans le fruit, quitte à ne pas rendre le trognon !

La vérité est sans doute entre les deux. Mais la richesse de ce chef-d’oeuvre est infinie.

Kent Nagano et Mahler en symbiose

Mahler : Symphonie no 3. Karen Cargill (mezzo-soprano), Petits Chanteurs du Mont-Royal, Ensemble choral du Festival, Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, samedi 3 août 2019.