Une affaire de rythme avec une finale folk

Le groupe folk The Lumineers (photo d'archives) a conclu en douceur une journée rythmée et intense.
Photo: Kevin Winter Getty Images / Agence France-Presse Le groupe folk The Lumineers (photo d'archives) a conclu en douceur une journée rythmée et intense.

Lors d’une journée chaude, presque sans un bout de nuage qui aurait pu donner un peu d’ombre aux festivaliers, Osheaga a beaucoup été une affaire de rythmes, vendredi. Ceux abondants du rap, mais aussi ceux des artistes hispaniques comme Rosalìa et ceux électroniques de MSTRKFRT — venu remplacer J Balvin à la dernière minute — et de Flume. Dans tout ça, la finale un peu paradoxale a été l’affaire du folk des Lumineers, qui a offert une fin de soirée dans la douceur.

Photo: Catherine Legault Le Devoir Rosalia

Le chanteur Wesley Schultz et sa bande, qui ont profité d’une sonorisation très au point, ont insufflé un peu de musique organique à l’événement, faisant vibrer les cordes — celles des guitares, celles vocales — devant un public attentif et nombreux. The Lumineers fait paraître un prochain disque le 13 septembre — intitulé III, comme l’indiquait la peau de la batterie du groupe —, et a laissé filer certaines nouveautés, dont un titre probablement nommé Life In The City.

Bien sûr les tubes y sont passés, comme Cleopatra, Ophelia, et Ho Hey — celle-là jouée comme 4 ou 5 autres sur une petite plateforme érigée au beau milieu de la foule, et où toute la bande s’est entassée. Pas de grands fracas ou de grands bouillonnements musicaux, sinon, les Lumineers préférant visiblement l’émotion simple à l’exubérance.

« C’est spécial pour nous, c’est le plus gros festival auquel on a été la tête d’affiche », a lancé Schultz, relativement peu bavard, devant un décor simple fait de trois triangles ouverts comme le seraient des pétales.

Mais le coeur de cette journée, aussi marquée par l’annulation de Roy Blair, était une affaire de rythmes, surtout hip-hop. Avec Jpegmafia assez tôt (on y reviendra), puis avec Denzel Curry — dont on a accroché que la finale par à coup —, et Gucci Mane. Ce dernier a joué un peu plus longtemps que prévu, le temps probablement que les remplaçants in extremis de J Balvin, le groupe électro canadien MSTRKRFT, arrive et s’installe sur scène. Gucci Mane ne s’est pas fait vraiment plus remarquable que lors de son passage au Festival d’été de Québec, enfilant sans passion (mais avec le sourire) ses titres, le cou toujours orné d’un immense bijou. D’entrée de jeu, son micro était défaillant, mais sa trame d’accompagnement est si forte qu’on n’y voyait presque pas de différence. Ça donne le ton.

Photo: Catherine Legault Le Devoir Gucci Mane

Électro

Avec l’arrivée dans la programmation de MSTRKRFT avant Flume, la soirée prenait d’ailleurs une tangente assez électro. Les remplaçants avaient devant eux une petite foule — beaucoup étaient déçus de l’annulation de J Balvin en raison de problèmes dans l’espace aérien dans la région de New York. Mais le duo a assuré une présence honorable, quoiqu’il est un peu ennuyant de voir sur les écrans géants deux gars épaule contre épaule tourner des boutons sur des appareils.

Photo: Catherine Legault Le Devoir Flume

Quant à la performance de Flume, c’était là un spectacle à la fois rythmé, aérien et pas mal théâtral. Le musicien, Harley Edward Streten à la ville, avait un peu l’allure d’un savant fou, dans une veste longue blanche aux allures de sarrau. Accompagné par moments de chanteurs invités, le musicien électronique circulait sur scène pour oeuvrer à différentes tables de travail, ici pour dessiner, là pour faire des flammèches avec du métal, ailleurs pour exploser une imprimante à coup de masse — ça fait son effet. En ajoutant à ça un éclairage très coloré, il y avait quelque chose d’à la fois intense et somptueux dans l’ambiance, un peu comme si on assistait à une scène au ralenti dans un film de science-fiction et que le compositeur avait mis le paquet. En tout cas, le résultat était fort réussi pour un spectacle en festival.

Les rythmes étaient aussi très latins sur la scène de la montagne. En fin d’après-midi, la jeune vedette Rosalìa, venue d’Espagne, a donné un bon coup de bassin à cette journée. Celle qui fracasse ces temps-ci des plateaux de vues et d’écoutes en ligne avec son flamenco aux airs de R & B — le New York Times l’a présentée comme la Rihanna du flamenco — a fait très bonne figure et s’est montrée généreuse en énergie et en attentions. Accompagnée de 6 danseuses vêtues de noir, Rosalìa réussit même sur scène à mélanger la tradition et le moderne, le dansant et le mélodique — comme sur cette fort jolie Catalina, livrée a capella.

Un nouveau site à découvrir

Cette année, on retrouvait le parc Jean-Drapeau après deux années sur l’île voisine, mais on retrouvait un terrain légèrement différent, plus vaste devant ses deux scènes principales. On hésite devant un tel embranchement, on voit la statue de Calder pas tout à fait au même endroit et on voit la ville d’un angle différent, mais en quelques aller-retour entre les deux zones du festival, les repères sont repris.

Dès le début de la journée devant les scènes, des jets d’eau (pas très diffus, disons-le), aspergeaient les festivaliers alors que le soleil tapait fort sur les nuques et les joues des amateurs de musique. Notre premier arrosage de la journée a été un peu une surprise, lors du concert d’une des rares Québécoises de la programmation, la rappeuse Naya Ali. Laissant son DJ lancer de la musique pendant les dix premières minutes de sa courte case horaire, Ali a fait honnête figure dans sa veste pare-balle aux boucles brillantes. Si elle a offert un peu de nouveau matériel, c’est clairement son titre RaRa qui a suscité le plus d’intérêt de la petite foule.

Sur cette même scène, un peu plus d’une heure plus tard, le rappeur américain Jpegmafia — dont le surnom Peggy a été entonné abondamment par le public — a offert une leçon de concert en festival. Malgré la chaleur, le MC, qui était seul sur scène, s’est donné comme dix, sautant, tourbillonnant, allant visiter régulièrement les festivaliers dans les premiers rangs. Laissant son chapeau de paille sur scène, il est même allé faire un moshpit en plein coeur du public. Chapeau, c’est le cas de le dire.

Le groupe soul venu d’Alabama, St. Paul & The Broken Bones, avait quant à lui une drôle d’allure sur la scène de la rivière, dans le premier droit de la journée. Tous les musiciens étaient vêtus de légers imperméables blancs à fermeture éclair. Pas très chic pour un groupe qui, comme eux, pousse la note avec beaucoup d’âme et d’élégance. Rapidement, le chanteur — par ailleurs épatant — a raconté que la compagnie aérienne Delta avait égaré toutes leurs valises, et qu’ils faisaient ici avec les moyens du bord. On leur pardonnera, d’autant que leur performance a fait briller cuivres et guitares.