SebastiAn et la «French touch»

Pilier du label Ed Banger, SebastiAn prépare la sortie de son prochain album, «Thirst», attendu à l’automne.
Photo: Mark Davis Getty Images / Agence France-Presse Pilier du label Ed Banger, SebastiAn prépare la sortie de son prochain album, «Thirst», attendu à l’automne.

Ce son ! Ce timbre de synthétiseur ! Deux secondes après le début de Beograd, une des chansons du prochain album du compositeur électronique français SebastiAn, on le reconnaît instantanément : c’est le son de la « French touch ». Qui résonnera en grande finale du festival Osheaga dimanche — et en même temps que le rap de Childish Gambino sur une autre scène. Quel est le secret de ce son ? « Les moyens techniques pour arriver à faire ça, je suis incapable de les dire. Je le fais, simplement, affirme SebastiAn, sans trop vouloir s’étendre. Visiblement, il faut être français pour faire ça, parce que y a personne d’autre au monde qui fait de la musique comme ça ! »

« Et puis, on parle plus d’un mood, d’une atmosphère, que d’une méthode », ajoute le compositeur. Une atmosphère qui serait le produit d’une tradition, « enfin, peut-être pas une tradition, plutôt de l’histoire du disco en France qui précède l’arrivée de la French Touch », cette scène musicale ayant explosé dans les années 1990 avec Daft Punk, Étienne de Crécy et le regretté Philippe Zdar que SebastiAn et ses autres collègues du label Ed Banger Records, Justice, Mr. Oizo, DJ Mehdi ou Busy P ont ensuite défendu avec vigueur et fierté dans les années 2000 et jusqu’à nos jours.

On l’aura au dessert du week-end Osheaga, via la performance de Sebastian Akhoté, qui traînera quelques nouveautés parmi ses propres succès, à commencer par le classique H.A.L., paru en 2005.

Ce concert montréalais aurait pu signaler le retour du compositeur et réalisateur parisien, encore eût-il fallu qu’il quitte véritablement la scène. Or, il est simplement allé travailler en coulisses. Huit ans après son premier album Total, le pilier du label Ed Banger prépare la sortie du suivant, Thirst, attendu à l’automne. Entre les deux, il ne s’est pas assis sur sa réputation de fin producteur d’électro et de house, composant pour le cinéma de Romain Gavras et de son ami Quentin Dupieux, réalisant pour des artistes aussi variés que Charlotte Gainsbourg, Katerine, Fall Out Boy et Frank Ocean. Retour ou pas, c’est chez nous qu’il l’amorcera, dimanche en clôture d’Osheaga.

Et c’est justement écartelée entre deux collaborations proposées en même temps, la réalisation de l’album Rest de Gainsbourg (2017) et d’une poignée de chansons de l’album Endless de Frank Ocean (2016) qu’a germé l’idée d’un retour sur disque : « Si c’est un retour, je ne sais pas si c’est vraiment un choix, explique-t-il. À un moment, à force de travailler avec un tas de gens différents, y a quelque chose qui semblait vouloir se refaire ».

C’est comme ça pour moi : je vais suivre un projet, plus que je ne décide de sa direction

Il passe tout son temps en studio, à composer, à dénicher des idées, « et je réalisais qu’il y a des productions qui n’étaient là que pour moi, même si j’avais pu les avoir pensées pour quelqu’un d’autre. C’est l’envie d’un disque qui naît, la musique suit d’elle-même et devient de plus en plus cohérente » dans l’optique d’un album. « C’est comme ça pour moi : je vais suivre un projet, plus que je ne décide de sa direction. »

Celui baptisé Thirst promet, à en juger par la poignée de chansons qui nous ont été présentées. Une majorité de collaborations avec des collègues chanteurs, que le label nous somme de taire pour l’instant. « Comme je suis seul à travailler — contrairement à d’autres qui fonctionnent en groupe, comme Justice —, moi, ce qui m’intéresse en premier lieu, c’est de me nourrir du travail que je peux faire avec les autres, souvent en tant que réalisateur ». Quant aux autres, SebastiAn garde le secret… Réponse à l’automne.