Le phénomène Koffee

Koffee planche ces temps-ci sur les chansons de ce qui deviendra son premier album complet.
Photo: Sony Music Koffee planche ces temps-ci sur les chansons de ce qui deviendra son premier album complet.

C’est l’histoire Cendrillon de cette édition d’Osheaga ; celle de l’auteure, compositrice et « singjay » jamaïcaine Mikayla Simpson, alias Koffee. Âgée de 19 ans, passionnée par la musique depuis son enfance, elle étudie le chant à la chorale de l’église du coin dans sa ville de Spanish Town, en banlieue de Kingston. Apprend à jouer de la guitare de manière autodidacte à l’âge de douze ans, se met à composer aussi tôt, lance son premier single à l’âge de 17 ans — un hommage au sprinteur Usain Bolt qui, flatté, fait de sa chanson un succès viral.

Deux ans à peine après ce vidéoclip où on la voit, guitare sur les genoux, chanter sa chanson Legend devant une caméra fixe, Koffee est la plus importante nouvelle voix de la Jamaïque. Une musicienne passionnante et, surtout, en rupture complète avec l’image et l’énergie des musiciennes de la scène dancehall des générations précédentes. Repérée par son idole Protoje, puis par Sony Music UK, elle a lancé un premier EP l’hiver dernier — et puis, boom ! Voilà qu’elle incarne aujourd’hui le souffle nouveau du reggae et du dancehall.

Comment va la vie, Koffee ? « Yeah… It’s a bit crazy ! » Au bout du fil, on l’imagine se pincer l’avant-bras. Koffee vient de terminer une tournée européenne, et a fait escale en Californie pour chanter au late-night show de Jimmy Kimmel, avant d’être invitée le 19 juillet dernier à se produire au mythique Reggae Sumfest de Montego Bay, le plus important festival musical des Caraïbes et possiblement la plus prestigieuse scène au monde pour les artistes reggae et dancehall.

« En tous cas, le plus important événement en Jamaïque, confirme-t-elle. C’était un honneur d’être à l’affiche d’une des deux soirées du Sumfest. Oui, j’ai eu peu de temps pour performer, mais c’était parfait — beaucoup de gens ont commenté en disant que j’étais « straight to the point ». J’étais fière d’y participer, surtout que, pour moi, revenant tout juste d’Europe, c’était important de conclure ce chapitre chez moi, devant les miens. »

Atouts harmonieux

Chanteuse et « deejay » (lire : rappeuse, dans le sens jamaïcain du terme), Koffee se distingue autant par la finesse de ses interprétations, offertes d’une voix ambrée et assurée, que par la pertinence de ses textes, chroniques d’une jeune femme s’émancipant dans cette Jamaïque où règnent toujours trop d’injustices.

Elle se considère comme une artiste « conscious », épithète attribuée aux musiciens dont les propos engagés, politiquement et socialement, visent à dénoncer et donner une voix aux opprimés. Hé ! Elle est même devenue un modèle pour les jeunes femmes en Jamaïque, qui s’identifient autant à son attitude positive et vivace qu’à son message. « Je suis obligée d’admettre que je me sens une responsabilité à cet égard », reconnaît-elle en riant, gênée.

Koffee planche ces temps-ci sur les chansons de ce qui deviendra son premier album complet. « Mes chansons seront le reflet de tout ce que j’ai vécu au courant de la dernière année. Mon expérience, mes observations, ma vie, celle d’une ado entrant de plain-pied dans cette industrie. » Quelques nouvelles compositions seront d’ailleurs au programme du concert qu’elle donnera dimanche, 18 h, au parc Jean-Drapeau.

Il y aura des collaborations sur l’album qu’elle espère présenter au début de l’année prochaine, « mais je ne peux rien dire pour l’instant », insiste-t-elle. On peut supposer que ses collègues Chronixx et Protoje y figureront, mais une collaboration par-dessus toutes nous fait rêver : Rihanna. La superstar est non seulement fana de musique jamaïcaine, mais elle est présentement en train de peaufiner son prochain album tout reggae et dancehall. On sait aussi qu’elle admire Koffee, ayant publié le printemps dernier une vidéo Instagram où on la voit chanter Toast. Alors ? Koffee hésite avant de répondre. « Disons que c’est possible que nous collaborions… », ricane la Jamaïcaine qui, s’il faut en croire les rumeurs, a même composé des chansons pour Rihanna. Prenons cela pour un oui, et continuons à rêver aux prochains albums respectifs de RiRi et Koffee.

« Où je me vois dans cinq ans ? Assurément, je me vois assurer une plus belle vie à toute ma famille et contribuer à rendre la scène [dancehall] meilleure. J’espère être une inspiration. J’espère aider à changer les mentalités dans mon pays, dans ma culture, puis partager le besoin de changement partout dans le monde. La situation, sociale et politique, a besoin d’évoluer. »