La chasse aux trésors de Mac DeMarco

Mac DeMarco compose et enregistre tout, à peu près tout seul, dans son home studio, à Los Angeles, et le fait sans arrêt, comme maintenant, tandis qu’il s’accorde une pause dans sa tournée estivale.
Photo: Brian Ach Agence France-Presse Mac DeMarco compose et enregistre tout, à peu près tout seul, dans son home studio, à Los Angeles, et le fait sans arrêt, comme maintenant, tandis qu’il s’accorde une pause dans sa tournée estivale.

« Ouais, ça fait longtemps que je ne me suis pas arrêté à Montréal », reconnaît l’auteur rock Mac DeMarco, joint à Los Angeles où il demeure aujourd’hui. Soyons chauvins, c’est un peu chez nous que sa carrière a pris naissance, là où il s’est installé après avoir vécu à Edmonton, sa ville natale. « Je suis excité d’y revenir. Ça sera cool, j’ai de vieux amis que je dois revoir et que je n’ai pas vu depuis un moment. » Ainsi qu’un concert à donner, dimanche en début de soirée, au festival Osheaga pour nous présenter les chansons de son nouvel album, Here Comes the Cowboy, paru il y a moins de trois mois.

Une information toute fraîche nous provient d’un média français (BFM TV), mais la tendance qu’elle illustre s’applique tout autant aux grands festivals de musique d’Amérique du Nord, Osheaga compris. « Dans les grands festivals [français], le rap et l’électro ont remplacé le rock et la pop », postule la chaîne d’info en continu, chiffres à l’appui.

Au festival breton Les Vieilles Charrues par exemple, la proportion de rap–R & B–électro sur l’affiche est passée en vingt ans de 3 % à 51 %. Autrefois chasse gardée de l’indie rock, le grand festival change de visage. Ainsi, même si la carrière de l’auteur-compositeur-interprète rock Mac DeMarco est somme toute encore jeune — quatre albums en dix ans de métier —, il fait déjà office de vétéran. Et, avec les Mitski, Kurt Vile, Sharon Van Etten, tous à l’affiche aujourd’hui, de défenseur de cette chanson d’auteur enfouie sous le rap et l’électro dominants à l’affiche de ces événements musicaux.

On prête même à DeMarco la prouesse d’avoir relancé un style, une tendance plutôt, de chanson rock, profonde dans ses textes, légère dans sa présentation.

La semaine dernière dans les pages du Devoir, Les Louanges comparait la plume de DeMarco à celle de Paul Simon, rien de moins. La comparaison le flatte : « Ah wow ! I like that ! Probablement un des meilleurs songwriters de tous les temps. J’aime tellement. » Et chez Simon comme chez DeMarco, il existe ce clivage entre l’humour, l’esprit, un sens de la légèreté, ainsi que cette capacité à nous émouvoir à travers des textes et des interprétations admirablement sensibles.

« C’est aussi ainsi que j’aime donner des concerts, relève Mac DeMarco. Passer d’une chanson plus rock à une chanson calme, shlack-shlack-shlack, une à la suite de l’autre. J’aime ce genre de paradoxe. » L’album Here Comes the Cowboy est une pépinière de ce genre de chansons douces, acoustiques ou orchestrées à la manière yacht rock, l’esthétique dominante du précédent disque, l’impeccable This Old Dog (2017). Un disque sur lequel il explorait les relations avec sa famille, son père en particulier ; sur le nouvel album, DeMarco se fait tout aussi introspectif, cette fois de manière plus existentielle — sur la superbe pièce Nobody, par exemple, dans laquelle il traite de sa vie d’artiste.

Il faut voir le clip de Nobody. DeMarco en robe de chambre, maquillé en lézard, qui fume un gros cigare. Encore cette affection pour les paradoxes : sujet sérieux, clips débiles. Le clip de la chanson titre ? Regardez à vos risques et périls. Le truc le plus angoissant et dérangeant. « Pour celui-là, c’est un ami, Cole, artiste visuel, qui est arrivé avec le concept. J’avais une idée en lien avec des oiseaux, et avec une sorte d’extraterrestre qui représenterait l’idéal d’une pop star. Je lui ai lancé ces idées, ces concepts, et c’est ce qu’il m’a fait. C’est très étrange. Ça n’a rien à voir avec la chanson, mais j’aime l’idée de juxtaposer le grotesque et le doux. »

Marathon musical et sandwiches

Il compose et enregistre tout, à peu près tout seul, dans son home studio, à Los Angeles, et le fait sans arrêt, comme maintenant, tandis qu’il s’accorde une pause dans sa tournée estivale. Si prolifique, en fait, et farceur qu’on l’imagine bien monter sur une scène pour n’interpréter que des chansons inédites : « Je crois que je pourrais effectivement faire ça, mais franchement, je crois que ça embêterait mon band d’arriver avec une liste de chansons qu’on n’a jamais répétées ! »

« Et je suis en effet déjà en train de songer au prochain album, confirme le musicien. C’est drôle, en fait, je suis constamment en train de composer et d’enregistrer. Et d’offrir ces chansons-là, parfois secrètement, parfois je les garde pour moi… » Holà, un instant ! Mac est en train de nous refaire le coup des inédits disséminés sur l’Internet ? L’été dernier, les fans avaient découvert un compte YouTube secret (CAM TONY) via lequel il diffusait en direct de longues séances de studio farcies d’inédits — la dernière remonte à février dernier, juste avant la sortie de son nouvel album, un marathon musical de trois heures accompagné d’une note griffonnée sur laquelle on peut lire les mots « bien cuit Yvon Deschamps » et « Les soupers du Roy ».

Et je suis en effet déjà en train de songer au prochain album. C’est drôle, en fait, je suis constamment en train de composer et d’enregistrer. Et d’offrir ces chansons-là, parfois secrètement, parfois je les garde pour moi…

« Le truc que je trouve bizarre, c’est que lorsque je me décide à travailler sur un nouveau disque, c’est comme si je remettais mon chapeau de Mac DeMarco », comme si son nom de scène était un masque à porter, « et rendu à ce stade-ci, je trouve simplement ça étrange », suggérant qu’à ses yeux, le plaisir de créer prime le rôle qui incombe à la star de la musique qu’il est aujourd’hui devenu. « Ce que j’aime, c’est ce travail, celui du son, du groove, des atmosphères qui vont bien à mes chansons. » Mais pour être clair, Mac, y’a donc de tes chansons inédites quelque part sur le Web qui n’ont pas encore été découvertes par les fans ? « Oh yeah. There’s a bunch. »

Que la traque commence ! « Tu sais aussi, y’a quelques sandwichs montréalais dont je m’ennuie… Le petit pâté végé du bagel du coin. Le rôti à la chèvre [du Jardin du cari, rue Saint-Laurent, coin Saint-Viateur], le sandwich de chez Serrano — ils sont encore ouverts ? » La rôtisserie Serrano B.B.Q., rue Saint-Viateur ? Aux dernières nouvelles, ils servaient toujours leurs généreux sandwichs.


Mac DeMarco
À Osheaga, dimanche, de 17 h 15 à 18 h 15