Une saison de rêves pour Anemone

Le son d’Anemone s’avère plus lumineux que celui de Beach House, mais plus douillet que celui d’Alvvays.Le son d’Anemone s’avère plus lumineux que celui de Beach House, mais plus douillet que celui d’Alvvays.
Photo: Maya Fuhr Le son d’Anemone s’avère plus lumineux que celui de Beach House, mais plus douillet que celui d’Alvvays.Le son d’Anemone s’avère plus lumineux que celui de Beach House, mais plus douillet que celui d’Alvvays.

« Si je pouvais parler à la version de moi qui avait quinze ans pour lui dire qu’elle jouerait un jour à Osheaga, elle virerait folle ! », s’exclame Chloé Soldevila, auteure, compositrice et interprète au sein du groupe dream pop psychédélique montréalais Anemone, qui, de retour d’une palpitante tournée européenne, jouera samedi après-midi au parc Jean-Drapeau.

« Je trouve ça tellement le fun parce qu’avec Anemone, on a donné beaucoup de concerts aux États-Unis et en Europe, mais je sens qu’on a encore un peu de mal à faire notre place au Québec, peut-être parce que je chante en anglais. D’être invitée à jouer à ce festival, dans ma ville natale, c’est vraiment spécial. »

Anemone vient pourtant à peine de sortir de sa coquille. Le quintette a lancé un coquet premier album en février dernier intitulé Beat my Distance, mais le mot s’est vite passé : il y a, dans la voix juvénile de Chloé, les mélodies entêtantes, les orchestrations de claviers et de guitares acidulées, le vernis rétro-pop du répertoire, quelque chose d’immédiatement confortable, plus lumineux que le son de Beach House, plus douillet que Alvvays, plus aérien que Wild Nothing, pour citer ces autres artistes remettant la pop d’auteur fleurie au goût du jour.

Il n’y a pas de hasard dans le retour de cette pop sophistiquée et vaguement yé-yé, comme il n’y en a pas non plus dans le retour sur scène des vétérans du genre, le groupe-culte Stereolab, réapparu après une décennie de silence. À l’heure où la planète se réchauffe, que les chefs d’État détractent cette réalité et que les catastrophes s’annoncent, la pop comme celle que fait Anemone est un petit baume sur l’âme. Un peu de répit dans la cacophonie ambiante.

On a encore un peu de mal à faire notre place au Québec, peut-être parce que je chante en anglais

Chloé acquiesce : « J’ai commencé à écrire ces chansons il y a trois ou quatre ans, lorsque je traversais des moments difficiles. Composer, c’était comme transformer ce qui m’était grave en une mélodie légère et heureuse, même si les textes avaient pour moi une signification douloureuse. Ça m’a donné un projet pour me permettre de regarder de l’avant ; après, je suis tellement contente si ça peut rejoindre les gens et les rendre plus heureux aussi. »

Vent dans les voiles

Depuis la sortie de l’album, Anemone ne fait que ça, regarder de l’avant. Un printemps aux États-Unis (avec escale au festival South by South West), puis cette tournée européenne riche en émotion, qui s’est conclue avec la blessure au poignet du batteur Miles Dupire Gagnon. « Pauvre Miles ! Plus de peur que de mal au final, rassure la musicienne. Son accident est arrivé quelques jours avant notre concert en première partie de Stereolab au festival Villette Sonique [à Paris le 9 juin dernier]. Stereolab ! C’était un rêve qui s’accomplissait ! La concrétisation du travail de notre vie que de partager la scène avec un groupe qui m’a tellement inspirée ! Quand Miles s’est brisé le poignet, on a capoté ».

Au terme d’un caucus d’urgence, il fut décidé que le bassiste Samuel Gemme allait prendre place derrière les tambours, ayant déjà une expérience avec l’instrument. Peu avant le concert, Chloé Soldevila a pu rencontrer Laetitia Sadier et Tim Gane de Stereolab. « Vraiment sympathiques. Tim m’a donné un bon conseil ; je lui racontais, pour Miles et son poignet, puis je lui ai demandé si c’était une bonne idée de raconter ça au public. Il m’a dit : No ! Ne dis rien ! Si tu le dis au début du concert, les gens vont porter leur attention là-dessus au lieu de profiter du spectacle. Ne stresse pas avec ça, qu’il m’a dit, tout va bien aller… »

« Finalement, j’ai expliqué l’histoire au public, mais à la fin du concert. Et comme on dit en anglais : standing ovation ! C’était spécial », raconte Chloé, le sourire dans la voix. Quatre ans après la remise en question qui a généré les chansons du premier album, Chloé est déjà en train d’écrire celles du prochain album : « On a quelques concerts prévus pour l’automne, mais ensuite, on entre en hibernation pour travailler sur le prochain disque. On rêve de sortir un disque à la prochaine période estivale — j’ai toujours rêvé de lancer un album durant l’été, de la musique qui s’écoute en voyageant, en vivant de nouvelles aventures. »