En vacances pour être bénévole au Paléo

Hubert Lenoir au Paléo
Photo: Anne Colliard Hubert Lenoir au Paléo

Il y a quelque chose de fort qui ramène chaque année le Québécois Mathieu Turgeon dans la vaste plaine de l’Asse, tout près de Nyon en Suisse, où a lieu le grand festival Paléo. Cette année, c’est la douzième fois qu’il s’implique dans l’événement musical, et comme quelque 5000 collaborateurs, il le fait de manière bénévole. « Moi qui n’ai normalement jamais de patron dans la vie, je prends mes vacances en Suisse et je viens pousser des flight cases et décharger des camions au Paléo ! »

Mathieu Turgeon vit dans la région de Québec, où il a sa propre entreprise de marketing numérique. Mais au Paléo, il est assigné à la scène des Arches, deuxième en importance sur le site du festival qui en compte six. Si, cette année, il se concentre un peu plus sur la création de capsules explicatives qu’il diffuse sur Instagram, il prête aussi main-forte pour notamment transporter les nombreuses boîtes rigides sur roulettes qui contiennent l’équipement des trois artistes différents qui foulent la scène chaque jour du festival.

Photo: Philippe Papineau Le Devoir Mathieu Turgeon

« Quand j’étais vraiment plus jeune, je passais trois mois ici, je faisais tout le montage, se souvient le volubile bénévole. J’arrivais le premier des 5000 et je partais le dernier. J’ai fait ça de 1995 à 2001. » C’était pendant qu’il était encore à l’école, période durant laquelle la saison estivale est plus longue que lorsqu’on travaille. La vie a fait en sorte que Turgeon ait cessé de s’impliquer plusieurs années avant d’y revenir en 2014. Depuis, il n’a manqué qu’une édition du Paléo, et il revient toujours s’impliquer sur la même scène des Arches.

Sans cette armée de volontaires, la manifestation musicale ne serait certainement pas viable, estime son président et fondateur, Daniel Rossellat. « Si ce n’était pas des bénévoles, ce ne serait pas réaliste », laisse-t-il tomber. Sur le site extérieur du Paléo, ce dernier reconnaît et salue plusieurs d’entre eux, car à l’instar de Mathieu Turgeon, beaucoup de Suisses de la région s’impliquent depuis plusieurs années, parfois de génération en génération. M. Rossellat serre la main à cet ami de la famille, lance une petite blague à cette autre qui l’a même invité à son mariage : on sent vite l’esprit de communauté qui se crée sur les lieux.

« C’est une des richesses du festival, ajoute le président. Et même s’ils ont des tâches parfois difficiles, voire ingrates, ce sont des gens qui sont heureux d’être là. Ça fait partie de la magie du festival. Pour moi, le bénévolat est plus un état d’esprit qu’autre chose. »

Plaisir et travail

Il est midi trente quand Mathieu Turgeon nous ouvre les portes de l’arrière-scène des Arches. Déjà, c’est une petite fourmilière, les artistes qui joueront le soir venu sont en train de s’installer avant de faire leur test de son. En tout, ils sont 28 techniciens de scène bénévoles aux Arches, mais c’est sans compter beaucoup d’autres volontaires, notamment pour la sécurité. « En tout et pour tout, on n’est pas loin de 200 ici. »

Deux grandes tables en bois accueillent quelques-uns des collaborateurs, qui pour l’instant carburent au Coca-Cola ou à l’eau. Mais comme il est passé midi, l’apéro peut bientôt commencer. Les volontaires des Arches, mais aussi de chacune des scènes, ont accès à du vin et à de la bière, mais ils se cotisent pour garnir davantage le petit bar qu’ils installent dans ce coin des coulisses. Sur le mur, un porte-gobelet où le nom de chacun est écrit permet de déposer son verre consigné, pour éviter les pertes et les mélanges.

Photo: Philippe Papineau Le Devoir

C’est donc la fête, mais dans le labeur. Et l’important est de « rester dans le milieu », rigole Mathieu. « Il y a toujours des apéros, mais ça se peut que Momo, le stage manager, arrive et dise qu’il y a un camion à décharger. Alors tu mets ton verre dans le porte-gobelet, et paf, tu y vas. »

Les journées sont longues, mais le rythme est donc un peu tempéré. D’autant que le Paléo y met un peu plus de main-d’oeuvre que nécessaire. « Disons qu’ils auraient besoin de 12 techniciens de scène pour faire le boulot aux Arches, mais ils en mettent 28, comme ça, c’est plus relax, tu ne travailles pas tout le temps, sans arrêt. » Les bénévoles côtoient aussi des travailleurs payés, qui s’occupent entre autres de la structure des scènes et de l’éclairage.

Camaraderie et compétition

Ce qui est frappant en se promenant sur le site, c’est l’esprit de camaraderie qui se développe entre les bénévoles de chaque scène. Aux Arches, tout le monde a son t-shirt de la bande des « Archers ». Mathieu Turgeon a même fait faire des casquettes, qu’il a transportées avec ses valises.

Plusieurs des bénévoles des deux grandes scènes du Paléo installent même leur tente ou leur hamac sous les vastes structures, créant un petit village sous-terrain, plus ou moins équipé et confortable. Aux Arches, pour s’y rendre, on marche sur une planche de bois entre les tiges de métal qui soutiennent la scène et on s’accroupit pour traverser une petite ouverture dans une toile rigide.

« Pour le choix des spots, c’est premier arrivé, premier servi, rigole Mathieu Turgeon en enlevant ses lunettes fumées. Je ne pense pas qu’il y ait ça dans d’autres festivals, des tentes comme ça. On se tire l’électricité avec des rallonges, on s’organise. C’est “Cowboy” qui amène ça, je savais que je voulais être près de lui parce qu’il habite pas loin d’ici et qu’il peut amener de l’équipement, il est plus organisé ! »

En plus de sceller des liens forts, ce village sous scène permet aussi aux bénévoles d’éviter de faire de nombreux aller-retour entre le site et le vaste camping adjacent (voir l’encadré), ce qui peut être énergivore et prendre beaucoup de temps.

Photo: Ludwig Wallendorff

Cette belle fraternité se double par contre d’une certaine compétition entre les différentes scènes. Les mauvais coups ou les bravades sont souvent au menu, avec par moments des représailles — amicales, certes, mais parfois bien senties. Bref, c’est un peu un camp de vacances. D’ailleurs, chaque dimanche avant le début du Paléo, une compétition d’adresse — légèrement alcoolisée — a lieu entre chaque scène. Cette année, c’est justement les bénévoles des Arches qui ont remporté la coupe, contre leurs rivaux de la grande scène.

« Ça faisait quatre ans que j’essayais de la gagner, et là c’est fait, rigole Turgeon. Si jamais c’est ma dernière année au Paléo, je pourrai me retirer en étant fier de ça. » Ses bras meurtris vous tendront peut-être bien le flambeau.

Le Devoir est au Paléo à l’invitation du festival.

Camper au Paléo

Le Paléo attire chaque année 230 000 spectateurs sur six jours, soit un peu moins de 40 000 spectateurs par jour. Mais la petite ville de Nyon, à un jet de pierre du site du festival, ne peut pas accueillir autant de visiteurs, son offre hôtelière n’était pas assez forte. Chaque année, un vaste camping provisoire est donc mis sur pied par l’organisation. L’endroit gazonné est situé tout près de l’entrée principale du Paléo, et est divisé en sections quadrillées par des « rues ».

« On accueille entre 9000 et 10 000 personnes, explique le président du festival, Daniel Rossellat. C’est nous qui installons le site, on prépare les terrains, on installe les toilettes et les douches, de quoi manger et boire. Et pour une troisième année, il y a une entreprise anglaise qui vient aussi installer un camping un peu mieux aménagé, pour des festivaliers qui ont pris quelques années et qui souhaitent encore aller au camping, mais qui veulent un petit peu plus de confort que quand ils avaient 20 ans ! »

Le camping, réservé aux plus de 16 ans, est par ailleurs gratuit si l’on possède un billet pour un des soirs du festival.