Islands, Erin Durant

Erin Durant est ce genre de pianiste qui n’hésite pas à transporter dans New York son propre piano — une bagatelle pesant 232 livres — pour éviter d’avoir à jouer sur un simple clavier. Cette fantaisie révèle le coeur (dans tous les sens du terme) de sa manière : le besoin de résonance, des instruments comme des mélodies. D’une production plus léchée, ce deuxième album exprime un fin dialogue entre dit et non-dit, surtout sur la sourde Winterlude. Avec sa voix de tête diffuse et douce, la musicienne originaire de La Nouvelle-Orléans dévoile des histoires de solitude avec une franchise désarmante, sans jamais se départir d’une tristesse malgré des atours parfois gais (Highway Blues). Ses airs, structurés au piano avec un certain abandon, intègrent maintenant avec élégance des vents, des cuivres, des percussions. Seul bémol : le rythme inégal des morceaux, longs et souvent coupés par une pause, qui finit par diluer l’émotion florissante de leur début. Mais dans un tissage aussi sensible, ce pas de côté est déjà pardonné.

 

Islands

★★★ 1/2
Country folk

Erin Durant, Keeled Scales