«Notre festival, il n’est pas téléchargeable, heureusement!»

Espèce d’hybride entre Osheaga et le Festival d’été de Québec, le Paléo est un peu comme une grosse ville construite au milieu d’un champ en périphérie de Nyon, dans l’ouest de la Suisse.
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Espèce d’hybride entre Osheaga et le Festival d’été de Québec, le Paléo est un peu comme une grosse ville construite au milieu d’un champ en périphérie de Nyon, dans l’ouest de la Suisse.

Depuis mardi, et ce, pour une 44e année, la ville suisse de Nyon, située entre Genève et Lausanne, vibre au rythme du grand festival musical Paléo, qui reçoit jusqu’au dimanche 28 juillet des têtes d’affiche majeures comme Lana Del Rey et The Cure, en plus de faire la part belle à toutes sortes de musiques sur six scènes ou chapiteaux. Mais pour une première fois en presque 20 ans, l’événement n’affiche pas tout à fait complet, une réalité que le président et fondateur du festival Daniel Rossellat espère « conjoncturelle », mais qui s’inscrit dans un contexte où la pression est forte sur les grandes manifestations culturelles.

Les médias suisses ont abondamment souligné depuis quelques jours le fait qu’environ 2000 billets étaient restés invendus pour les concerts du samedi et du dimanche. C’est relativement peu si on prend en compte que 38 000 billets sont disponibles chaque jour, pour un total de 230 000. Mais pour le Paléo, c’est là une première depuis 2001, a expliqué M. Rossellat, lundi, lors du point de presse tenu en amont de l’événement pour présenter le site ainsi que le Village du Monde, dédié cette année au Québec.

« On reste sereins », a confié M. Rossellat malgré cette tendance baissière qu’il voit poindre depuis deux ans. Cette année, explique-t-il, la région reçoit aussi la populaire et coûteuse Fête des Vignerons — qui se tient une fois tous les vingt ans — alors que le Cirque du Soleil a passé trois mois à Genève cet été. « L’offre est plus abondante et les gens n’ont pas plus de budget argent ni de budget temps, explique le patron du festival, aussi maire de Nyon. On est dans une phase de saturation, et il y aura un ajustement dans deux ou trois ans. »

Plus que de la musique

Dans un entretien au Devoir, Daniel Rossellat lance une boutade aussi très sérieuse : « Notre festival, il n’est pas téléchargeable, heureusement ! » Selon lui, la force du Paléo, c’est donc son ancrage dans sa région, et l’expérience qui est offerte sur le site de l’événement — l’offre alimentaire vaste et variée, les quelque 8000 places assises sur le site, l’exposition temporaire Utopia 2050 menée par la Haute école spécialisée de Suisse occidentale, etc.

« Je pense que certains festivals vont souffrir, notamment ceux qui ne sont qu’une suite de concerts, parce que la concurrence devient importante, estime le patron du Paléo, soulignant le fait que de gros acteurs comme Live Nation ou AEG jouent du coude. D’où l’intérêt de vraiment privilégier une expérience globale pour le spectateur. »

 
Photo: Anne Colliard Le président du festival Paléo, Daniel Rossellat 

Il faut donc que les grandes manifestations musicales aient une identité forte, selon M. Rossellat. « Ceux qui sont moyens bons, moyens chers et moyennement intéressants, à mon avis ils vont avoir des problèmes. Seuls les meilleurs vont résister, et ceux avec des racines locales ».

Le patron du Paléo, qui a ses aises au Québec depuis une quarantaine d’années, cite en exemple le Festivoix de Trois-Rivières, « imaginé pour la Ville, avec des actions communautaires. » Il estime aussi que des événements plus nichés, comme le festival français Hellfest, dédié au métal, s’en tireront avec plus de facilité. À l’inverse, il trouve que certains festivals américains pourraient être déplacés n’importe où sur le territoire « et ça ne changerait strictement rien. »

Espèce d’hybride entre Osheaga et le Festival d’été de Québec, le Paléo est un peu comme une grosse ville construite au milieu d’un champ en périphérie de Nyon, mais où les gens se reconnaissent souvent, se serrent la main et prennent des nouvelles des amis.

Ancré dans la région

Le Paléo, souligne M. Rossellat, devient chaque année « l’occasion de voir tout le monde ». Presque 80 % des visiteurs viennent soit du district de Nyon ou des cantons voisins de Vaud et de Genève. « Les gens ici sont extrêmement fiers ». Le festival vend d’ailleurs 10 000 abonnements dès le mois de décembre, avant même que ne soit dévoilée la programmation. Et les bars sur le site de l’événement sont par ailleurs gérés par les clubs sportifs de la région, qui reçoivent en échange un montant d’argent en fonction de leur nombre de collaborateurs, de leurs chiffres d’affaires et de la qualité de leur kiosque.

« Il y a plein de choses qu’on ne fait que pour le plaisir, insiste M. Rossellat, donnant en exemple l’installation sur le site de sculptures de métal éclairées, faites par la compagnie Monic La Mouche. On ne vend pas un billet de plus en faisant un certain nombre de choses sur ce terrain. Et je pense que si c’était Live Nation ou une grande multinationale [qui géraient], ils couperaient dans les budgets de toutes sortes d’efforts qui ne sont pas immédiatement rentables. Alors que nous, on vise vraiment la qualité d’accueil. Ce sont des choses qui sont en dehors des critères actuels de rentabilité. »

Le Devoir est au Paléo à l’invitation du festival