Tabou Combo aux Nuits d’Afrique: grande fête au centre-ville

Les chants créoles surgissaient de partout autour, alimentés par le medley de vieilles chansons que nous servait le Tabou Combo.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les chants créoles surgissaient de partout autour, alimentés par le medley de vieilles chansons que nous servait le Tabou Combo.

Comptez sur Tabou Combo pour transformer le parterre du Quartier des spectacles en grand bal populaire. L’aubaine du jour que ce concert gratuit du célèbre orchestre haïtien, venu célébrer hier soir avec les tout-petits et les moins jeunes son demi-siècle de carrière, mélangeant comme à sa festive habitude les rythmes latins et funk au kompa.

Deux heures avant que n’embarque Tabou Combo, la soirée de clôture de la 33e édition du Festival international Nuits d’Afrique avait déjà l’air d’un succès. On faisait la longue file aux comptoirs servant les mets africains et antillais, les enfants courraient partout, ça rigolait fort assis dans les marches ou étendu sur la pelouse du parterre. En plus, il ne faisait pas trop chaud en ce dimanche soir parfait, quoique même la canicule n’aurait freiné l’enthousiasme des amateurs de kompa.

Ni même les quelques couacs de sonorisation qui ont troublé le travail des chanteurs sur scène. Les fans étaient là pour chanter avec eux, de toute façon : après une trompeuse introduction en forme de pop atmosphérique, lorsque les vétérans ont rejoint les plus jeunes accompagnateurs (dont, à la batterie, le fils du cofondateur du groupe, Herman Nau !), le rythme est passé d’un coup à la troisième vitesse et la foule s’est illico allumée. Et ça chantait, comme si tout le monde avait pris part à la répétition ! Plantés que nous étions au milieu du parterre, les chants créoles surgissaient de partout autour, alimentés par le medley de vieilles chansons que nous servait le Tabou Combo, parmi lesquelles l’incontournable New York City.

« C’est comme la prise de la Bastille ! », a lancé Yves « Fanfan » Joseph en observant la foule lever les bras en l’air, les balançant avec le tempo. La sueur nous ruisselait dans le dos, le sourire nous fendait les joues. Une bonne douzaine de musiciens sur scène, la section de cuivres, section rythmique irréprochable, ce synthétiseur au timbre indissociable du kompa moderne, une vraie belle fête qui, plus la soirée avançait, gagnait en intensité, et c’est probablement quand le groupe a déroulé le succès Baissez Bas que cette soirée qu’on annonçait déjà comme un succès s’est définitivement confirmée.

Bravo Sénégal

L’auteure, compositrice et interprète sénégalaise Marema venait de terminer un bout de tournée européenne lorsqu’elle a pris l’avion pour Montréal pour participer au Festival international des Nuits d’Afrique. Elle y a atterri le coeur un peu gros : ses Lions de la Teranga, l’équipe nationale sénégalaise de soccer, perdait contre ses adversaires algériens en finale de la Coupe d’Afrique des nations. Sur scène hier soir en première partie de Tabou Combo, pas un mot sur l’issue de la partie, mais une retentissante expression de fierté nationale dans chacune de ses chansons, jusqu’aux « Sénégal ! Sénégal ! » lancés avant de quitter la scène.

Choriste d’expérience ayant tourné avec plusieurs stars de la chanson sénégalaise, Marema a lancé il y a presque cinq ans un premier album, Initié, et prépare son prochain disque duquel elle nous a présenté quelques extraits – dont la récente et engagée Patriote, interprétée hier avec les compatriotes Seydina Ndiaye et ILAM. C’est ce qu’on retiendra surtout de son tour de chant : sa voix claire et belle, sa présence scénique toute aussi captivante, cette force dans l’interprétation.

Ses rythmes et mélodies tirent les styles musicaux sénégalais du côté du rock et de la pop – elle a déjà témoigné de son affection pour Tracy Chapman, la femme autant que son oeuvre. On préférera ses rythmes pop sénégalais aux titres trop rock, solos de guitare électrique en prime, et pourtant, ce sont incidemment les chansons plus « middle-of-the-road » (comme on dit en wolof) qui l’ont fait connaître. Cette Patriote toute récente et lancée à l’orée d’un cycle électoral au Sénégal. La chanson Femme d’affaires surtout, celle qui l’a fait connaître et qui l’a établie, chez elle comme ailleurs, comme une artiste à qui on n’impose rien. Sa performance hier soir a bien mis la table pour le reste de cette soirée dansante.