King Alasko, pour encourager la relève

Le chanteur guinéen King Alasko, âgé de 20 ans, a récemment sorti un vidéoclip et travaille sur son premier album.
Photo: Capture d’écran Youtube Le chanteur guinéen King Alasko, âgé de 20 ans, a récemment sorti un vidéoclip et travaille sur son premier album.

Programmée par le festival international Nuits d’Afrique, la soirée Urban Africa — que des travaux imprévus au théâtre La Tulipe forcent le déménagement au Théâtre Plaza — fait la démonstration par trois de la fulgurante popularité des musiques dites urbaines sur le continent africain. Après les scènes du Nigéria, d’Afrique du Sud, du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, à l’avant-garde des musiques de club et du hip-hop africain, voilà que la petite Guinée y met son grain de sel, témoigne le jeune auteur-compositeur-interprète King Alasko.

Des trois formations à l’affiche de cette soirée, Alasko fait office de relève. Les Montréalais sont déjà familiers avec le travail de la formation Degg J Force 3, qui s’était produite l’an dernier sur le site extérieur du Festival international Nuits d’Afrique : les deux chanteurs et rappeurs (d’origine sénégalaise), Skandal et Moussa, actifs depuis plus de deux décennies, sont considérés comme des pionniers de la scène rap de l’Afrique de l’Ouest.

Banlieuz Art fait aussi office de vétéran ; le duo (Konko Malela et King Salaman) distille une pop rutilante et racoleuse sans se déraciner des traditions musicales guinéennes. « C’est ma première tournée internationale, et je la vis avec mes grands frères », s’emballe Alasko. « Degg J Force 3 et Banlieuz Art, ce sont de grands noms de la musique guinéenne. »

Premier extrait

King Alasko a vingt ans seulement et pas d’album encore, « mais j’y travaille — le vidéoclip du premier extrait de mon disque est déjà sorti », la chanson Faya Na Fafe, parfaite petite chanson d’été propulsée par une rythmique dancehall agrémentée de balafon et de percussions typiques. Alasko y est brillant, les rimes tirées en rafale, là dans son clip assis sur le capot d’une Jeep, le capuchon de son coton ouaté par-dessus sa casquette rouge.

« Mes influences ? Bob Marley, Richie Spice, Busy Signal », réplique-t-il. La légende, évidemment, Spice le chanteur nu roots, Busy Signal singjay, star de la scène dancehall jamaïcaine. On suggère aussi celle de Beenie Man, pour le sourire dans la voix et l’aisance sur les rythmiques qui pétillent — l’infectieuse collaboration qui vient tout juste de paraître avec la chanteuse Marie Fac (la chanson Champion Girl) rappelle, par son énergie et le soupçon d’Auto-tune, le succès Dude de Beenie et Ms. Thing. « Ah ouais, Beenie ! J’adore ! ».

Fan de dancehall depuis l’enfance, King Alasko chante en français, en soussou « et je me débrouille en anglais » depuis seulement trois ans. « Quand j’ai commencé, je faisais strictement du dancehall, explique-t-il. J’ai réalisé cependant que je ne pouvais seulement faire le son d’une autre culture [que celle de Guinée]. C’est très important pour moi de valoriser la culture guinéenne, nos racines, mais aussi nos musiques urbaines. On reconnaît ma musique à travers le rythme, à travers les instruments traditionnels que j’y mets, à travers mes chants et ma langue. »

Fierté

Le dancehall guinéen qu’il pratique, ainsi que le hip-hop mélodique de ses collègues, a la cote chez lui. « Bien sûr, tout le monde chez nous écoute la musique des artistes du Nigéria, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, mais les artistes locaux aussi ont du succès », assure-t-il en disant avoir déjà attiré 10 000 spectateurs à ses concerts.

C’est sa fierté aujourd’hui, « même si avant, je me cachais pour faire de la musique. Mes parents n’étaient pas au courant que je chantais, raconte Alasko. Mon père était directeur général d’un hôpital, un jour qu’il travaillait, il regardait la télé et m’a vu » dans ce qui fut son premier projet officiel, une collaboration à la chanson (et au clip) Un Geste pour la vie, fruit d’une mobilisation de musiciens pour sensibiliser la population lors de l’épidémie du virus ébola, en 2014. « Il m’a appelé pour me dire : Je t’ai vu à la télé. Il n’a rien dit d’autre, vous comprenez ? Il n’a rien dit, mais il m’a encouragé à continuer. Il a dû convaincre ma mère [que je faisais quelque chose de bien], elle aussi m’a encouragé. »

King Alasko sera en spectacle au Théâtre Plaza ce jeudi dans le cadre de la soirée Urban Africa du Festival international Nuits d’Afrique.