Grand concert vocal à Lanaudière

Le ténor Michael Spyres (à droite) y est allé d’un duo avec son épouse, la soprano Tara Stafford.
Photo: Pure Perceptino Le ténor Michael Spyres (à droite) y est allé d’un duo avec son épouse, la soprano Tara Stafford.

Le concert orchestral donné au Festival de Lanaudière par le ténor américain Michael Spyres, qui n’avait jamais chanté au Canada, s’annonçait comme l’un des événements de l’été. La soirée, dédiée à Fernand Lindsay à l’occasion du 10e anniversaire de sa mort et du 30e anniversaire de l’inauguration de l’amphithéâtre, fut à la hauteur des attentes malgré un important orage. On notera que lors du concert inaugural du 17 juillet 1989, Joseph Rouleau, qui nous a quittés vendredi, chantait « La mort de Boris », extraite de Boris Godounov.

Il y avait largement de quoi, samedi penser non seulement à Fernand Lindsay, grand amateur de voix, mais aussi, à Joseph Rouleau, car, avec Michael Spyres, ce n’est ni plus ni moins que le plus grand représentant d’un certain art français que nous avions sur scène. Qui, non pas en ce moment, mais depuis des lustres (on ne va pas remonter à Georges Thill en 1927, mais à loin tout de même…), est en mesure de chanter une telle « Invocation à la nature » de La damnation de Faust de Berlioz ?

Cet art unique, nous y sommes sensibilisés depuis quelques années en suivant les parutions du Palazzetto Bru Zane. Car le francophile Michael Spyres, avide de nouveaux répertoires français, est un vrai connaisseur du style de l’opéra romantique français. Véritable caméléon, il se fond dans le costume joyeux du Postillon de Lonjumeau (Adolphe Adam), mais, phénomène vocal, il parvient aussi à « encaisser » comme un Chris Merritt dans les années 1980 et 1990 le grand air de l’Acte IV (« Asile héréditaire ») de Guillaume Tell de Rossini.

Parmi les choses qui ont changé à Lanaudière cette année, il y a aussi la pertinence des titres, celui-ci étant fort juste. Le talent phénoménal de Michel Spyres va même bien au-delà. Lorsque, en premier rappel, il entonne « Dein ist mein ganzes Herz » de Lehar, on est dans l’opérette viennoise et c’est soudain l’art de Richard Tauber (avec une voix de plus d’éclat) qui revit.

Contrairement aux chanteurs qui assurent d’habitude ce genre de prestations en chantant quatre ou cinq airs, Spyres en a présenté sept, plus deux duos (La somnambule et Kismet) avec son épouse, Tara Stafford (jolie voix, mais, évidemment, d’un volume nettement moindre). Après l’air de Lehar, il a offert, en second rappel, le fameux « Ah, mes amis » de La fille du régiment de Donizetti avec ses huit contre-ut, assurés avec une facilité rayonnante.

Non content d’allier des répertoires a priori incompatibles (« Nature immense » de Berlioz, air de Kleinzach des Contes d’Hoffmann et « Ah mes amis » sont ou ont été des emplois de chanteurs aussi dissemblables que Paul Groves, Neil Shicoff et Juan Diego Florez !), l’art de Michael Spyres consiste à prononcer parfaitement tout en ne brisant pas la ligne de chant. Évidemment, un tel artiste est le bienvenu dès que l’occasion se représentera.

Spyres était accompagné par un choeur du festival d’un excellent millésime (et judicieusement renforcé par des professionnels) et un orchestre qui a correctement paru avec à sa tête un chef importé, on ne sait pourquoi, de Philadelphie, à l’aise certes dans le répertoire italien, mais fâché avec Berlioz. Des baguettes locales (Jean-Marie Zeitouni, mais pas que lui…) auraient donné une Marche hongroise moins invertébrée et une introduction à l’« Invocation à la nature » correctement balancée et articulée.

Une voix unique, un art historique

Airs et duos de Rossini, Bellini, Berlioz, Donizetti, Adam, Offenbach et Wright et Forrest. Michael Spyres (ténor), Tara Stafford (soprano), Choeur et Orchestre du Festival de Lanaudière, Corrado Rovaris. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, samedi 13 juillet 2019.