Un bon premier marathon de rap québécois interrompu par l’orage

Loud n’a joué que deux titres dans ce concert fleuve mettant en vedette sept groupes rap.
Photo: Stéphane Bourgeois Loud n’a joué que deux titres dans ce concert fleuve mettant en vedette sept groupes rap.

La qualité de l’expérience, au-delà des grosses têtes d’affiche des Plaines, est au centre des préoccupations actuelles du Festival d’été de Québec (FEQ). Samedi, l’organisation mettait en oeuvre une nouvelle initiative, celle de programmer des spectacles de rap québécois dès 15 h, question d’offrir un peu de musique aux festivaliers en vacances ou en pause du week-end. Assez timide pendant quelques heures pour Vincent Biliwald, D-Track et Robert Nelson, la foule a préféré attendre les têtes d’affiche Koriass et Loud pour arriver en masse sur la place George-V… avant que la pluie ne force l’annulation du spectacle de ce dernier après deux petits titres.

À 15 h et des poussières, sur cet espace extérieur qui peut accueillir quelque 15 000 personnes aux dires du FEQ, ils étaient une petite centaine de fidèles à s'être déplacés pour Vincent Biliwald, un jeune artiste montant de Limoilou. Des fans de la première heure, des curieux et même de la famille se tenaient devant la scène sous un soleil de plomb qui ne laissait rien présager de la finale de ce marathon. « On est un peu biaisés, on est les parents de Louis-Félix, lance Fabrice Dionne au sujet de son fiston beatmaker dont le nom de scène est Lewis Dice. Mais c’est super comme journée, avec les vacances en plus. Remarque on est samedi. »

C’était d’ailleurs calculé de tenir cette journée rap un jour de congé. « Il faut proposer des trucs pour animer la ville pendant le festival, et avec cette journée-là, on fait un test avec le hip-hop parce qu’il y a une demande, c’est flagrant », résume Arnaud Cordier, programmateur au FEQ accroché entre deux urgences à gérer. « On sait bien qu’en commençant à 15 h, c’est un peu ingrat pour les premiers, d’autant qu’il fait super beau, ajoute Cordier. T’as peut-être plus envie d’être sur le bord de la piscine ou de faire un barbecue avec les amis, mais ça reste que la réponse qu’on a pour Sans Pression en ce moment est très bonne. »

D-Track et Robert Nelson ont fini leur performance très agréable, et il est 18 h pour le groupe Sans Pression. Le site commence en effet à avoir bonne mine, la foule s’agglutine tranquillement pour voir les vétérans du rap québécois. La température descend un peu, le soleil est bas, et le souper est probablement enfilé. André et sa conjointe, Louise, venus de Saint-Hyacinthe, sont très heureux sur leur petit coin d’ombre à côté de la régie de son. « SP, c’est le meilleur rappeur du Québec, dit André en montrant son chandail à l’effigie du groupe. Hier on est allé voir Jazz Cartier et tantôt on va finir la soirée avec Imagine Dragons sur les Plaines. »

On rencontre à l’entrée de la scène George-V trois amies de Québec, Laura, Ariane et Patricia, qui sont là pour faire la file pour Imagine Dragons, justement. « On vient faire un tour ici avant de faire la file [pour entrer sur les Plaines]. On aurait aimé voir Loud, mais on ne pourra pas faire les deux, hein ? » dit Ariane un peu déçue. Laura trouve pour sa part que l’initiative des concerts d’après-midi est fort honorable et qu’« elle permet de découvrir du nouveau monde ». Vrai qu’au hasard d’une marche sur Grande Allée, on peut aisément être attiré par le spectacle. Suffit d’avoir son bracelet.

Les deux amis William et Maxime, eux, étaient là dès l’ouverture mais comptaient quitter les lieux pour mieux revenir plus tard pour voir Koriass et Loud. « La ville de Québec pendant le Festival d’été est assez vivante, donc je trouve que c’est nice de faire ça un samedi, c’est accessible pour les gens, les stationnements sont assez disponibles parce que c’est pas très achalandé encore », analyse William sur une note pragmatique à ne pas négliger. « Mais j’aurais peut-être mis un groupe de moins, croit Maxime. C’est impossible de rester du premier au dernier groupe. »

On croise par hasard Jean-Claude Anto, coordonnateur à la programmation du Grand Théâtre et collaborateur de la radio communautaire CKRL pendant le festival. Casquette d’Alaclair Ensemble sur la tête, il estime que le FEQ aurait peut-être mieux fait de tenir cette journée lors du premier samedi du festival. « Rendu au deuxième week-end, beaucoup de monde ont déjà eu leur dose de rap, croit-il. Déjà, hier, c’était la grosse soirée sur les Plaines [avec Jazz Cartier, Gucci Mane et Logic], et il y avait plein de petits moments rap dans la programmation. Perso, j’avais envie de voir cette journée, mais je ne me serais pas senti mal de sauter un tour. »

Alors que Naya Ali avait livré avec assurance sa dizaine de titres après avoir bossé fort pour gagner son public, c’était au tour de Koriass de monter sur scène, sur le coup de 20 h. Plusieurs milliers de personnes étaient là pour le rappeur qui a vécu plusieurs années à Québec. À chaque appel à l’action de Koriass – les bras en l’air qui balancent, les applaudissements, l’appel à « péter une coche » pour la story Instagram –, la foule de plus en plus dense répondait à la seconde près. C’était encore plus évident à la fin de son segment, alors que Koriass a balancé les gros hits, de Garde ta job à Cinq à sept en passant par Zombies et Enfants de l’asphalte.

Ne restait que le très populaire Loud, véritable aimant de ce marathon rap. Le soleil se couchait lentement sur Québec, mais les nuages sont arrivés un peu en traître, tellement que le Festival a averti le public que des orages pouvaient survenir. Pas fait « en barre de Kit-Kat » pour reprendre les mots du DJ Ajust, le public est resté très nombreux et en quelque sorte fouetté et dynamisé par l’averse. Mais situation assez rare, le FEQ a été forcé d’annuler le concert et de faire évacuer en raison des éclairs. Quand l’éclair fait cesser le marathon, c’est un peu paradoxal.