Le Wu-Tang, pour toujours

La Place Bell était bondée vendredi pour une seule raison: entendre les vétérans du Wu-Tang Clan, qu’on voit ici en concert au Tribeca Film Festival en avril, balancer les classiques de «Enter the Wu-Tang (36 Chambers)» et nous faire revivre l’excitation d’avoir entendu l’album la première fois.
Photo: Steven Ferdman Getty Images North America via Agence France-Presse La Place Bell était bondée vendredi pour une seule raison: entendre les vétérans du Wu-Tang Clan, qu’on voit ici en concert au Tribeca Film Festival en avril, balancer les classiques de «Enter the Wu-Tang (36 Chambers)» et nous faire revivre l’excitation d’avoir entendu l’album la première fois.

À l’extérieur de la Place Bell vendredi soir, ça grouillait de vieux fans de rap, plusieurs arborant les couleurs du groupe – t-shirts, tuques, casquettes, on a même croisé une admiratrice avec des chaussettes Wu-Tang Clan ! Trentenaires et quarantenaires ayant grandi au son d’un des plus importants collectifs de l’histoire du mouvement hip-hop venaient souligner le 25e anniversaire de la parution de son premier album, Enter the Wu-Tang (36 Chambers), classique parmi les albums classiques de la scène new-yorkaise.

Les commémorations de la sortie de cet album culte avaient en quelque sorte débuté il y a un peu moins de deux ans. En septembre 2017, à l’invitation de Pop Montréal, l’architecte du son du groupe, le compositeur et rappeur RZA, était venu au Rialto exécuter une bande sonore originale pour le film de kung-fu The 36th Chamber of Shaolin (de Lau Kar-leung, 1978), à partir duquel fut fondé le puissant imaginaire du Wu-Tang Clan.

Si puissant, en vérité, que cet imaginaire se tient sur scène tout seul, sans décor ni trompettes. Un DJ, neuf MC, un écran DEL, c’est tout, c’est même tout le contraire d’un Travis Scott par exemple, arrivé au Centre Bell plus tôt cette année avec des manèges de foire pour pallier son inexpérience. La Place Bell était bondée vendredi pour une seule raison : entendre ces vétérans balancer les classiques de Enter the Wu-Tang (36 Chambers) dans l’ordre et nous faire revivre l’excitation d’avoir entendu l’album la première fois.

DJ Mathematics était le premier sur scène, suivi par RZA, qui agit en maître de cérémonie de cette soirée festive. Le voilà qui mord dans le refrain de Bring da Ruckus, tout de suite rejoint par Ghostface Killah (quel accueil on lui a réservé !), bien en voix vendredi soir, ce ton urgent, presque douloureux, comme il y a vingt-cinq ans. Raekwon, Inspectah Deck et GZA ont complété le titre, avant qu’ils se lancent dans Shame on a N****.

Surprise, au lieu de passer les enregistrements de la voix du regretté Ol’ Dirty Bastard, comme on a déjà vu le Clan faire en concert, c’est son fils qui livre ses rimes à sa mémoire – pas tout à fait avec la même spontanéité que son père, en criant la plupart du temps, mais on pouvait tout de même y reconnaître la folie et l’énergie du paternel. Autre invité : Cappadonna, membre officiel du groupe qui a surtout laissé sa trace sur les albums suivants, Wu-Tang Forever (1997) et The W (2000).

Tout au long de la soirée, les rappeurs ont éprouvé des problèmes avec leurs microphones (et s’en sont plaints), mais ça n’a pas freiné leur ardeur ni la nôtre. En vérité, on aurait probablement pu piger au hasard neuf fans au parterre pour monter sur scène qu’ils auraient eux aussi pu reproduire l’album au complet — sans rien vouloir enlever au talent de la brochette de vétérans qui nous a divertis vendredi soir. Simplement, ces chansons-là sont à jamais imprimées dans notre cortex, à la rime près. Un micro défaille ? Pas grave, la foule rappait pendant les silences.

Rendu à Da Mystery of Chessboxin’, les nuages de fumée, désormais légaux (sauf dans un aréna), s’accumulaient au-dessus du parterre. Quand le groupe a balancé Wu-Tang Clan Ain’t Nuthing ta F*** Wit, ça a explosé, puis l’immense C.R.E.A.M. a assuré le succès de la soirée, immortelle du Wu-Tang, avec sa ligne de basse parfaite. Une fois l’interprétation de l’album terminée, le groupe a servi une poignée d’autres classiques, laissant beaucoup de glace au fils d’O.D.B., qui a passionnément interprété Shimmy Shimmy Ya (de Return to 36 Chambers : The Dirty Version, 1995) et Got Your Money (de N**** Please, 1999).

Un concert bordélique, énergique, joyeux… et nostalgique, concept somme toute assez récent dans le hip-hop. Public Enemy, héros de l’âge d’or du rap, était bien venu nous refaire It Takes a Nation of Millions to Hold Us Back il y a quelques années, aujourd’hui, ce sont les légendes des années 1990 qui empruntent la route des tournées-anniversaires. Ce n’est sans doute que le début d’une tendance qui verra l’histoire du rap racontée à nouveau — comme sur le diffuseur web Hulu qui, dès le 4 septembre, diffusera une série en dix épisodes sur l’histoire du groupe, Wu-Tang: An American Saga.