Un Mozart de bois et de velours au Festival de Lanaudière

Des deux concertos, le <em>22e</em>, en mi bémol majeur, est indiscutablement le chef-d’œuvre interprétatif de Charles Richard-Hamelin (ici sur la photo) et Jonathan Cohen.
Photo: Pure Perception Des deux concertos, le 22e, en mi bémol majeur, est indiscutablement le chef-d’œuvre interprétatif de Charles Richard-Hamelin (ici sur la photo) et Jonathan Cohen.

Après un concert au Domaine Forget et un enregistrement discographique, Charles Richard-Hamelin et Les Violons du Roy présentaient vendredi soir les deux plus beethovéniens (par leur orchestration, leur densité et leur dramatisme) des concertos pour piano de Mozart.

Le 24e, en do mineur (K. 491, et non K. 488, comme indiqué à plusieurs endroits du programme), dont la tension du 1er volet est très palpable, pose une intéressante problématique de ton et de pulsation dans le larghetto central. La démarche du tandem Charles Richard-Hamelin et Jonathan Cohen y est très convaincante, d’une très grande subtilité, fluidité et simplicité.

Ce concerto, joué en première partie, montre les partis pris des interprètes : un son de piano doux et feutré, dans un ton confident, comme à mi-voix face à un orchestre où se détachent très nettement les vents — un groupe homogène de bois et deux cors naturels détachés sur la gauche. En matière de fusion de l’image sonore orchestrale, ce décalage spatial des cors, qui fonctionne très bien dans la Symphonie Prague, est un peu plus discutable dans les concertos. Autres signes distinctifs, les cadences du pianiste semblent toutes originales et son ornementation dans les reprises est très subtilement réalisée.

Miracle en mi bémol

Ce qui surprend à la première audition de ce 24e Concerto, et que l’on vérifiera avec intérêt à la parution du disque, c’est la relative unité entre le 2e et le 3e mouvement, ce dernier assez peu allegretto.

Des deux concertos, le 22e, en mi bémol majeur, est indiscutablement le chef-d’œuvre interprétatif de Charles Richard-Hamelin et Jonathan Cohen, avec un 2e mouvement tout en dentelle, où le chef se montre attentif à laisser émerger les entrées du piano en tamisant les cordes, le soliste s’effaçant lui même, par moments, pour laisser passer les atmosphères bucoliques distillées par les clarinettes et bassons. Cette lecture est un miracle de subtilité, à la fois d’une tendresse mozartienne et d’une grandeur beethovénienne. À cela s’ajoute la cadence du 3e mouvement, petit bijou d’esprit, original et bien structuré. Par ailleurs, jamais un concerto pour piano joué sur un piano moderne n’a été aussi bien balancé avec l’orchestre aux Violons du Roy…

Jonathan Cohen a terminé le concert par une brillante Symphonie Prague, d’une fermeté jamais brutale, avec, là aussi, un 2e mouvement d’une humanité touchante et tendre.

Très beau concert Mozart, donc, avec nos pensées attristées et émues pour Joseph Rouleau et pour la mécène Anne-Marie Trahan, dont nous avions appris le décès juste avant le concert. Contrairement à ce qu’affirmait Renaud Loranger, directeur artistique, au micro avant le concert, les Violons du Roy ne revenaient pas après plusieurs années d’absence. Ils avaient simplement été ignorés par le directeur artistique éphémère en 2018, mais étaient de la programmation 2017 dans le cadre d’un projet Beethoven commun avec I Musici.

Sommets mozartiens

Mozart : Les noces de Figaro (ouverture). Concertos pour piano no 22, K. 482 et no 24, K. 491. Symphonie no 38, Prague. Charles Richard-Hamelin (piano), Les Violons du Roy, Jonathan Cohen. Festival de Lanaudière : Amphithéâtre Fernand-Lindsay, vendredi 12 juillet.