Mariah Carey, une diva sous la pluie

Visiblement de bonne humeur et bien en voix, celle qui a déjà vendu quelque 200 millions d’albums a marché à tout petits pas — minijupe, talons hauts et pluie obligent — d’un bord à l’autre de la vaste scène, interpellant la foule à plusieurs reprises.
Photo: Renaud Philippe Visiblement de bonne humeur et bien en voix, celle qui a déjà vendu quelque 200 millions d’albums a marché à tout petits pas — minijupe, talons hauts et pluie obligent — d’un bord à l’autre de la vaste scène, interpellant la foule à plusieurs reprises.

Devant un public relativement peu nombreux sur les plaines d’Abraham — notamment en raison du temps très incertain qui a sévi sur la capitale nationale toute la soirée —, la chanteuse américaine Mariah Carey, tête d’affiche de ce jeudi soir au Festival d’été de Québec, a bien joué son rôle de diva. Elle a d’abord exigé à la dernière minute d’approuver les photos de presse avant publication, en plus d’arriver plus d’une vingtaine de minutes en retard à son rendez-vous avec le public.
 

Le grandiose fait aussi partie du cahier de charge de la diva, et là aussi, elle est entrée vite dans ce terrain de jeu. Robe brillante argentée au décolleté plongeant, projections aux couleurs néon et images de feux d’artifice, piano à queue, choristes… Et déjà aux deuxième et troisième titres — dont en intro de Dreamlover —, elle poussait sa célèbre note si aiguë qu’elle pourrait (bon…) fracasser les verres sur les tables. Les cordes vocales ont tenu le coup, et nos lunettes aussi : ça reste impressionnant. Elle a d’ailleurs refait le coup à plusieurs reprises.
 

La pluie s’est rapidement mise de la partie sur le site du festival, ce qui a inquiété la chanteuse toute la soirée. « Ce sont de nouveaux souliers et je ne veux pas tomber sur scène », a-t-elle rigolé, avant de mentionner qu’un de ses spectacles préférés en est un de Diana Ross donné à Central Park, sous la pluie. À de nombreuses reprises ensuite, elle mentionnera la pluie et le sol glissant, ajoutant qu’elle était mauvaise patineuse. Une diva n’aime pas être en déséquilibre.
 

Visiblement de bonne humeur malgré tout et bien en voix, celle qui a déjà vendu quelque 200 millions d’albums a marché à tout petits pas — minijupe, talons hauts et pluie obligent — d’un bord à l’autre de la vaste scène, interpellant la foule à plusieurs reprises. Après un premier tiers un peu moins enlevant par le choix des chansons, la soirée a pris une autre vitesse avec, paradoxalement, une ballade, One Sweet Day, chantée en trio avec beaucoup de fougue et de cœur. Il y a ensuite eu Always Be my Baby (et même une partie de sa version remix), puis un pot-pourri de titres de son album Glitter, fait pour son film du même nom, revenu récemment dans les bonnes grâces d’internautes.
 

Après un troisième changement de robe — lors duquel des techniciens sont venus assécher la scène —, Mariah Carey a remis le pied sur l’accélérateur avec une It’s Like That bien percussive, puis Hearthbreaker, Touch my Body et la chanson de « sortage de briquet » — maintenant de lumière de cellulaire — par excellence, la ballade Hero. Pas de rappel, le festival cessant les activités pour des raisons de sécurité. Pour une soirée mal entamée en raison des caprices de la dame, tout n’est donc pas tombé à l’eau. Même Mariah a su rester debout jusqu’à la fin.


Daniel Caesar


La sensation du R&B Daniel Caesar, dont le précédent disque Freudian fait fureur depuis son lancement en 2017, aurait pu être un bon choix pour mettre la table avant Mariah Carey. Le jeune artiste qui cumule les millions de vues sur YouTube pour ses titres satinés a toutefois commencé par un paquet de titres tout frais, issus de son disque Case Study 01, lancé il y a à peine dix jours, et qu’il livrait pour la première fois sur scène. Et que beaucoup entendaient pour la première fois, dont l’auteur de ces lignes.
 

Il y avait bien la batterie qui donnait un peu de vigueur au tout, mais dans le contexte de ce vaste (et assez vide) espace extérieur, l’ensemble était d’une langueur qui flirtait avec le soporifique, comme si sa musique texturée aurait davantage trouvé son sens dans l’intimité d’une salle ou d’une chambre à coucher.
 

Marchant très doucement sur la grande scène avec son coton ouaté blanc à capuchon sur le dos, Caesar s’est même assis un moment avec sa guitare acoustique pour Complexities et Too Deep to Turn Back. Sur l’écran derrière, on voyait de temps en temps des images de clip — tournées au ralenti en plus ! —, avec le nom de l’artiste en lettres rouge.

À un moment, pendant que seul le piano jouait lentement durant Blessed, Daniel Caesar s’est assis, immobile, de longues minutes, avant que le rythme s’emballe enfin un brin. Mais c’est toujours assis qu’il a livré Best Part, cette fois avec une guitare électrique qu’il effleurait du bout des doigts. Bref, dans tout ça, si au moins on avait pu entendre davantage les deux choristes, et ajouter un peu d’âme et de cœur en même temps, on aurait passé un meilleur moment.

Photo: Renaud Philippe


Nikki Yanofsky


En ouverture, Nikki Yanofsky détonnait dans sa robe d’été blanche à fleurs alors que la température était déjà froide et grisâtre. Devant elle, seulement une poignée de fans étaient rassemblés à l’avant de la scène, alors que les Plaines et les différents gradins restaient désertés. N’empêche, même si son jazz pop assez mielleux ne convainc pas, Yanofsky a livré une performance professionnelle, se donnant avec énergie, parlant beaucoup à la foule, en français ici et là. Son groupe est d’ailleurs composé de quatre Montréalais. La chanteuse a offert un peu de nouveau également, dont High Note, un peu bossa-nova, ainsi que des reprises de Superstition de Stevie Wonder et de You Know I’m No Good d’Amy Winehouse.