Bird Songs of a Killjoy, Bedouine

Deux ans après son fabuleux début, Bedouine n’a pas changé. Bird Songs of a Killjoy, exercice rond et encore plus posé de son soul folk délicatement orchestral, compte même des pièces écrites à l’époque de son premier album, alors qu’elle traversait un traumatisme émotif. Tout cela est voulu et tout à fait souhaitable, étant donné son talent. Mais il y a cette fois quelque chose d’insulaire dans la musique d’Azniv Korkejian (son nom véritable), comme si la musicienne — d’origine syrienne, maintenant établie aux États-Unis — s’était isolée dans un environnement de ciels jaunes, d’oiseaux glissants et de cultures aux frontières floues. Si les airs sont souvent parents, les rythmes chaloupés de Matters of the Heart sont néanmoins loin des relents funk de Dizzy, de la gracieuse Bird et du souffle façon grand orchestre de Reprise, une pièce instrumentale inspirée. Tout ce calme relatif, porté par la voix veloutée de Bedouine, cache pourtant des symbolismes révélateurs et des profondeurs blessées — peut-être justement survivantes parce qu’elles existent ici.
 

Bird Songs of a Killjoy

★★★★
Soul folk

Bedouine, Spacebomb