Bienvenue à QC, King Abid

Plus diversifié musicalement que son premier album (King Abid, 2016), «Emerikia» élargit la palette d’influences de King Abid, qui revendique avec le même souffle ses origines tunisiennes.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Plus diversifié musicalement que son premier album (King Abid, 2016), «Emerikia» élargit la palette d’influences de King Abid, qui revendique avec le même souffle ses origines tunisiennes.

« Jamais je ne pourrais faire un album tout seul, c’est plate », admet King Abid, qui a lancé ce printemps son deuxième, Emerikia, une affaire qui exsude la camaraderie. « Je suis un DJ. Je suis festif. Chez nous, normalement, quand il n’y a pas les enfants qu’il faut coucher à 19 h, c’est la fête avec les potes, et j’ai voulu retrouver cet esprit sur mon disque, dans le studio », et sur la scène de la place d’Youville jeudi soir, alors que le musicien dancehall-pop conviera Eman et Robert Nelson d’Alaclair Ensemble, le vétéran de la scène reggae de la capitale Papa T et quelques surprises.

Son orchestre sera constitué des meilleurs musiciens reggae/dancehall de la scène montréalaise, « ceux qui accompagnent notamment Face T, les gars qu’on appelle pour tous les festivals et les shows reggae, s’emballe King Abid. Ces gars-là, je les appelle chaleureusement le Mercedes Band, parce qu’avec eux, j’ai l’impression de conduire une Mercedes ».

Photo: King Abid, Coyote Records «Emerikia»

On n’a pas osé lui faire remarquer que Jean-Marc Parent avait eu ce flash avant lui… Comprenons surtout qu’Abid n’a probablement pas de souvenirs de L’heure JMP : originaire de la Tunisie où il était déjà tombé amoureux du reggae et du dancehall, il est venu au Québec poursuivre ses études en graphisme, lorgnant d’abord du côté de Montréal avant de choisir l’Université Laval, quelque part au début du nouveau millénaire. Le sympathique bonhomme a vite trouvé sa tribu : Karim Ouellet qu’il a accompagné sur scène aux percussions, Boogat, les gars d’Accrophone (l’un d’eux, Bob Bouchard, coréalise son album), KNLO, Eman, Ogden d’Alaclair. Il était aussi du projet Movèzerbe il y a une douzaine d’années, avant de lancer sa carrière solo.

Diversité musicale

Plus diversifié musicalement que son premier album (King Abid, 2016), Emerikia élargit la palette d’influences du musicien, qui revendique avec le même souffle ses origines tunisienne (par exemple sur la métissée J’t’ai vu, avec les notes de oud et de derbouka), québécoise, et sa passion pour la pop jamaïcaine. Sur l’excellente Terrain de jeu (collaboration avec Papa T), Abid emprunte quelques trucs à la star jamaïcaine Popcaan, couchant sa mélodie « auto-tunée » sur une rythmique dancehall pop tropicale qui fera un malheur place d’Youville. Puis, au détour d’un autre beat caribéen, on l’entend reprendre l’onomatopée-signature du vétéran Barrington Levy. King Abid est plus qu’un fan de la culture musicale jamaïcaine, il en est aussi une petite encyclopédie, ayant tenu la barre d’une émission consacrée au genre sur CHYZ pendant presque dix ans.

« Au début des années 1980, je m’en souviens, je voyais ce gars avec les cheveux bizarres, charismatique et beau… J’étais chanceux, j’avais des cousines au lycée qui avaient des posters de Bob Marley et qui écoutaient sa musique. Ma jeunesse, c’est lui et Michael Jackson. Et Yellowman, un cousin avait un vinyle de lui. »

La chanson la plus importante d’Emerikia s’intitule Bienvenue à QC, une rythmique one drop signée par le tandem montréalais Riddimwise qui s’écoute comme un hommage à peine voilé au succès Welcome to Jamrock de Damien Jr. Gong Marley, jusque dans ses premières strophes empruntant la prosodie du fils de Bob : « Bienvenue à QC ! / La légende dit qu’elle m’a choisie / On y vit tranquille, ben cosy… »

« J’étais en répétition l’autre jour et, tout d’un coup, je me suis imaginé devant la foule chanter cette chanson — je te dis, j’en ai presque eu les larmes aux yeux », confie le musicien, qui a récemment lancé un vidéoclip pour cette chanson, dans lequel apparaissent plusieurs personnalités de la scène culturelle de la ville — ainsi que son amie Catherine Dorion, députée de Québec solidaire dans la circonscription de Taschereau. Imaginez : le Québécois d’origine tunisienne, entouré de ses potes de la capitale, entonnant cette lettre d’amour à sa ville d’adoption en plein Festival d’été de Québec. Alors que l’adoption de la loi 21 fait toujours polémique, notamment dans cette capitale de la radio-poubelle, l’image fait rêver.

Dans l’espoir

« Je ne me considère pas comme arabe, ou musulman, ou whatever, mais quand même, dire Bienvenue à QC, ça veut dire quelque chose », estime King Abid, qui se défend de faire de la musique engagée. « Ma réponse [aux débats n’est pas politique], elle est musicale. Je reste dans l’espoir. Je ne parlerai pas en mal des politiciens, je préfère donner l’exemple en restant positif. Je sais que plein de gens pensent qu’il y a beaucoup de racistes à Québec, mais moi, cette ville, je la connais. C’est une merveilleuse ville, les Québécois que je connais ne m’ont jamais fait sentir autrement que comme leur ami, et c’est de ça que je témoigne. Et puis, prenons du recul un moment : ces racistes, on n’en a rien à foutre. Ce sont tous des vieux, de toute façon, ils vont partir un jour. Et les radios, faut pas embarquer dans leur game. Venez donc à nos concerts plutôt ! »

« Eh oui, c’est malade que l’ostie d’Arabe aille chanter Bienvenue à QC pendant le Festival d’été de Québec ! »

King Abid sera en spectacle à la place d’Youville à 18 h jeudi.

Emerikia

King Abid, Coyote Records