Du rap d’évasion

Kirouac & Kodakludo font du rap de «geeks». Ça porte même un nom, le «nerdcore», son premier intérêt étant d’explorer des thèmes et des sujets complètement étrangers aux codes du hip-hop.
Photo: William Arcand Kirouac & Kodakludo font du rap de «geeks». Ça porte même un nom, le «nerdcore», son premier intérêt étant d’explorer des thèmes et des sujets complètement étrangers aux codes du hip-hop.

Après être passés par les festivals Santa Teresa et MetroMetro, les Montréalais Kirouac et Kodakludo planteront leur micro sur la scène Coeur, juste devant l’Assemblée nationale, pour leur première participation au Festival d’été de Québec (FEQ), bien qu’ils n’aient pas encore offert d’album officiel. « C’est la première fois vraiment qu’on sort de Montréal pour faire une tournée, on a la chance de pouvoir donner de beaux concerts au courant de l’été », raconte Kirouac, cofondateur du collectif multidisciplinaire les Vilains Bonshommes et membre du clan La Fourmilière, auquel on associe FouKi et Vendou, entre autres nouveaux visages du hip-hop montréalais.

Un autre morceau du puzzle La Fourmilière à ajouter sa joie de vivre dans le rap québécois. « Chaque membre de La Fourmilière possède sa propre identité, mais ultimement, si on connecte entre nous, si on se reconnaît, c’est parce qu’on a des personnalités compatibles, quelque chose qu’on pourrait associer à l’image du bon gars gentil », estime le MC Kirouac, qui reconnaît l’influence d’Alaclair Ensemble sur la démarche du collectif. « Ensuite, de mon côté avec Kodakludo, on a notre saveur particulière : un accent sur le rythme house, des chansons dansantes, un quelque chose d’estival que, disons, les gars [du groupe L’Amalgame] vont moins exprimer dans leur musique, disons. On fait du rap gentil, c’est la bonne façon de le décrire. On cherche à s’amuser avec la musique », continue Kirouac, le principal MC du duo, Kodakludo étant d’abord à la composition et à la production, et, de plus en plus, en soutien au microphone.

Le rap, c’est beaucoup de codes, une musique retournée vers elle-même, du rap qui parle de rap. On avait envie de rapper à propos d’autre chose que la culture hip-hop ou la musique elle-même, parce qu’on s’intéresse à autre chose dans la vie.

Kirouac & Kodakludo font du rap de geeks. Ça porte même un nom, le « nerdcore », son premier intérêt étant d’explorer des thèmes et des sujets complètement étrangers aux codes du hip-hop. Ainsi, en janvier dernier, le duo lançait un microalbum de cinq chansons sur le thème de la série de romans jeunesse fantastiques Amos Daragon, de l’auteur Bryan Perro. « Je trouvais ça intéressant de faire appel à notre nature de geeks, raconte Kirouac. Ludo et moi, on est comme deux grands enfants et on aime la culture populaire. On voulait évoquer la culture populaire, celle qui a rejoint notre génération, mais aussi la culture populaire québécoise. Or, Ludo n’a pas dévoré les livres Amos Daragon comme moi, mais lui était fan d’Avatar, le dernier maître de l’air, une série animée américaine. Ces deux oeuvres fantastiques ont en commun d’avoir un personnage qui apprenait à maîtriser les éléments », et chaque chanson de leur album est associée à l’un de ces derniers.

« Le rap, poursuit Kirouac, c’est beaucoup de codes, une musique retournée vers elle-même, du rap qui parle de rap. On avait envie de rapper à propos d’autre chose que la culture hip-hop ou la musique elle-même, parce qu’on s’intéresse à autre chose dans la vie. » C’est cette vision d’un rap libre de ses ancrages que Kirouac et son confrère Kodakludo cherchent à capturer en studio, en vue de leur premier album officiel, sur lequel ils travaillent déjà – quelques chansons nouvelles, « dans l’esprit dansant de notre premier EP, Wesh », seront d’ailleurs au programme de leur concert de ce soir.

« Ce qu’on apprécie et qui est déjà associé à l’identité de notre projet, c’est l’esprit de collaboration qu’on défend », détaille Kirouac. « Des collabos avec des artistes qu’on aime, et surtout des artistes qui ne viennent pas de la scène rap. On écoute ce qui se fait ailleurs que dans le rap : des artistes comme Les Louanges, Jérôme 50, Laurence-Anne, Hubert Lenoir, tous ces artistes présentement à l’avant-garde de la musique québécoise, c’est le genre de collaboration en studio qui nous stimulerait. Y a plein de musiciens avec lesquels on aimerait monter ce grand projet campé dans un contexte musical plus large que le hip-hop. C’est encore très embryonnaire, mais c’est dans cet esprit qu’on envisage notre premier disque : travailler notre rap pour qu’il puisse sortir du rap, s’évader des codes de cette musique. »