Un dimanche dans le désert

Au Festival d’été de Québec, Moctar a laissé peu de place à la nuance, peu même aux traditions: c’était un concert d’instinct, un moment de transe rock, ce grand gaillard de Moctar qui se tordait en extirpant des sons de son instrument.
Photo: Mathieu Ménard Au Festival d’été de Québec, Moctar a laissé peu de place à la nuance, peu même aux traditions: c’était un concert d’instinct, un moment de transe rock, ce grand gaillard de Moctar qui se tordait en extirpant des sons de son instrument.

Dix-huit heures un dimanche soir sur la place d’Youville, sous un soleil que Mdou Moctar lui-même aurait qualifié de saharien. Pas un nuage à l’horizon, on cuit sur le pavé. La bière ici goûte l’eau, mais justement, on se sent chameau; pour une rare fois, elle fait du bien. Les conditions idéales pour un concert de blues du désert. Or, bien peu de festivaliers étaient sortis de l’ombre au moment où l’auteur, compositeur, interprète et guitariste du Niger s’est amené sur scène pour enfiler quelques chansons de son récent album Ilana : The Creator.

« À Montréal, ç’aurait été plein ! » s’étonnait dimanche un fan de Moctar en regrettant que le brillant musicien du Sahara n’attire pas davantage de spectateurs. Il était tout de même heureux de pouvoir s’avancer si facilement pour l’observer jouer de la guitare, là à seulement deux ou trois mètres de lui.

Mdou Moctar n’est peut-être pas un guitariste aussi virtuose que son collègue Bombino, mais la créativité et l’audace de son jeu compensent largement. Accompagné d’un batteur, d’un second guitariste et d’un bassiste, Moctar fait vibrer sa Fender dans un mélange de rock psychédélique très « hendrixien », de blues et de rythmes du Sahel. Dimanche soir au Festival d’été de Québec, Moctar a laissé peu de place à la nuance, peu même aux traditions : c’était un concert d’instinct, un moment de transe rock, ce grand gaillard de Moctar qui se tordait en extirpant des sons de son instrument.

Les chansons du récent album se prêtent à ce genre d’effusions de solos de guitare. D’ailleurs, son orchestre se limitait qu’à lui fournir un rythme de base sur lequel il pouvait s’exprimer. Et ce n’était pas un mirage : après une quarantaine de minutes de rock mystérieux et cadencé, on aurait cru que la place d’Youville était bondée.

Se faire une place

Mine de rien, le site du Festival d’été de Québec s’est beaucoup transformé cette année, avec l’ajout d’abord du Manège militaire, rouvert l’an dernier après des années de rénovations à la suite de l’incendie de 2008. Quelle belle occasion : voilà de nouveaux et confortables lieux pour accommoder les festivaliers. L’organisation du festival y a aussi installé ses quartiers généraux, une salle de plus de mille places accueille l’After FEQ (Milk & Bone y offrait dimanche une performance DJ et sera ce soir en concert à l’Impérial). On a aussi aménagé, entre l’édifice du Manège et la scène des plaines d’Abraham, une accueillante terrasse donnant plein soleil.

L’autre grande nouveauté : la scène autrefois installée au parc de la Francophonie (le Pigeonnier) a déménagé juste à côté, place George-V. En pratique, ça signifie une capacité d’accueil augmentée à 15 000 spectateurs, soit 6000 de plus que dans le Pigeonnier.

Ce n’est toutefois pas Meghan Remy, alias U.S. Girls, qui allait mettre les lieux à l’épreuve : quelques milliers de curieux tout au plus assistaient à sa messe soul-rock-disco en plein air. L’Américaine installée à Toronto traîne encore avec elle cette belle bande de rockeurs et jazzmen, et cette manière de déstabiliser l’auditoire par des silences calculés entre les chansons, et dimanche, pour fouetter ce public de festivaliers, par des danses lascives sur et hors de scène. Plus lousse que lors de son concert à Pop Montréal l’an dernier, mais tout aussi délectable… et probablement un peu étrange pour certains spectateurs étant arrivés tôt à la place George-V pour ne rien manquer du concert suivant de Cœur de Pirate.

Golden Dawn Arkestra

Dernière escale de notre dimanche au FEQ, le concert de l’orchestre texan Golden Dawn Arkestra, encore à la place d’Youville. « Arkestre » dont les membres sont fans de Sun Ra, ainsi que leur nom le suggère. De son œuvre jazzistique, ce n’est pas encore clair, mais de sa philosophie futuro-ésotérique, ça, oui. « Nous amenons un message d’amour et de joie », a déclaré le chanteur, dont la gueule barbue et frisée nous rappelait celle d’un autre apôtre du psychédélisme, Wayne Coyne des Flaming Lips.

Neuf musiciens sur scène, des costumes aussi extravagants que ceux que pouvaient porter Sun Ra, mais proposant un funk long et répétitif aux racines musicales africaines. Sorte de version légère, vaguement plus pâle (comme la bière servie place d’Youville), de l’afrobeat de Femi Kuti. Version assortie d’un amour du disco-funk et du gros rock psychédélique et tribal façon Iron Butterfly.

Tout ça était absurde, musicalement bien exécuté, quoique très simple… et diablement efficace. Un spectacle, pour les yeux et pour les mollets. L’envie de nous faire danser et rigoler en même temps. La programmation idéale pour un dimanche soir de juillet au cœur de la capitale.