Nuits d’Afrique: Ce n’est pas encore fini pour Salif Keita

Salif Keïta incarne la grande révolution musicale africaine des années 1960 et 1970.
Photo: Festival international des Nuits d’Afrique Salif Keïta incarne la grande révolution musicale africaine des années 1960 et 1970.

Salif Keita tiendra parole : Un autre Blanc, paru en 2018, est bel et bien l’ultime album de sa longue discographie. « Mais je n’ai jamais parlé de prendre ma retraite » pour autant, affirme le Malien, joint chez lui à Bamako, le temps d’une petite pause avant de reprendre sa tournée soulignant son demi-siècle de carrière. Le Mandingue chantera à nouveau le 11 juillet au MTelus à l’invitation du Festival international Nuits d’Afrique, le lendemain au Festival d’été de Québec, puis au Celebrate Brooklyn ! Festival.

L’atmosphère était délicate à Bamako le jour de notre conversation. Après avoir été menacés d’exclusion de la Coupe d’Afrique des nations, qui se déroule ces jours-ci, pour cause de crise de gouvernance au sein de la Fédération malienne de football, les Aigles du Mali ont connu un parcours dominant dans leur groupe, de quoi se réjouir. Ils affrontent aujourd’hui même les Éléphants de la Côte d’Ivoire en huitième de finale.

À la fête des partisans des Aigles s’opposent les troubles qui sévissent au centre et au nord du pays. « Trouble » est un faible mot : les violences intercommunales opposant Dogons et Peuls sont terribles, et la présence sur le territoire de combattants djihadistes ne fait que mettre de l’huile sur un feu que le gouvernent semble être encore impuissant à couver.

À Bamako, où se sont déroulées des manifestations avec le slogan « Stop aux tueries », on célèbre les Aigles le coeur gros. « Ouais, y’a un peu de tout, ici », commente stoïquement Salif Keita. « Un peu de bonheur, un peu de malheur… Mais bon, c’est ça, la vie. C’est humain, et on doit faire avec », dit le musicien, qui a dédié une chanson aux migrants d’Afrique sur son dernier album, chanson intitulée Syrie.

Fatigue

Pourquoi cesser de faire des albums ? « Tout simplement parce que c’est difficile, laisse tomber le légendaire chanteur. C’est fatigant, voilà. Et puis, les gens écoutent les morceaux à la pièce aujourd’hui », suggérant que s’il a fait une croix sur les longues séances de studio destinées à un album complet, l’occasionnelle chanson originale pourrait toujours apparaître. « Ah ça, composer des chansons, toujours. Ça fait partie de moi. Mais faire un disque, pour moi, c’est trois ans, quatre ans de travail, c’est fatigant. J’entends bien continuer à tourner, je reviendrai vous voir — peut-être pas aussi souvent qu’avant, par contre. Mon âge avance, je ne suis plus prêt à attraper tout le temps des avions, les autobus, les cars, les taxis », explique le musicien qui célébrera son 70e anniversaire le 25 août prochain.

« C’est un bel âge pour commencer à faire des bilans de ma carrière », dit-il en se réjouissant d’avoir une santé lui permettant de profiter pleinement de cette tournée anniversaire, « une vraie tournée du cinquantième, avec quelques nouvelles chansons, et beaucoup de chansons de mes autres albums. Plusieurs vieilles chansons », peut-être même de la belle époque de l’orchestre Les Ambassadeurs, « une époque marquante dans ma jeunesse, durant laquelle j’ai tout appris de mon métier ».

Révolution musicale

Du haut de ses soixante-dix ans presque sonnés, Salif Keita incarne la grande révolution musicale africaine des années 1960 et 1970. Il fait ses premiers pas au sein du mythique Super Rail Band du saxophoniste et leader Tidiani Koné à la fin des années 1960, puis intègre Les Ambassadeurs (du Motel Bamako), devenus Les Ambassadeurs Internationaux lorsqu’ils emménagent à Abidjan. Ces grands modernisateurs des rythmes traditionnels mandingues acquièrent alors une réputation qui résonne dans toute l’Afrique de l’Ouest, puis aux États-Unis et en Europe dès le début des années 1980, alors qu’au même moment, il lance une fructueuse carrière solo.

Aujourd’hui, il tourne avec ses jeunes, les Nouveaux Ambassadeurs, « et ils sont bons, on est vraiment bien servis avec eux », assure Keita, dont la voix n’a pas pris une ride, ainsi qu’en témoignent les poignantes envolées vocales entendues sur Un autre Blanc — notez le sens de l’humour de Keita, le plus célèbre albinos du continent africain, ardent défenseur de leurs droits. « Je crois que si je chante mieux aujourd’hui qu’il y a vingt-cinq ans, c’est grâce à l’expérience, estime-t-il. On n’a jamais fini d’apprendre. Y’a toujours quelque chose à apprendre des autres, et surtout de leur différence. Il faut savoir écouter les gens. »

Salif Keita sera en spectacle le 11 juillet à 20 h 30 au MTelus à l’invitation du Festival international Nuits d’Afrique.