Un hommage de première grandeur

Le chef Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain ont présenté un concert hommage au compositeur français Hector Berlioz samedi.
Photo: Pure Perception Le chef Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain ont présenté un concert hommage au compositeur français Hector Berlioz samedi.

C’est une prouesse du nouveau directeur artistique, Renaud Loranger, que d’avoir pu amener la mezzo Karen Cargill à sauter dans le premier avion en partance de son Écosse natale pour pallier la défection de Susan Graham.

Dans ce genre de situation, l’annulation ayant été très tardive (mercredi !), le premier réflexe aurait pu être de donner la « chance de sa vie » à une jeune chanteuse d’ici très prometteuse telle que Caroline Gélinas, à supposer que celle-ci ait la partition dans son répertoire, ce dont son site Internet n’atteste pas, hélas. Nous avons donc eu une sacrée chance de pouvoir compter, samedi, à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, sur cette chanteuse, qui depuis plusieurs années est probablement notre voix rêvée pour le solo de mezzo du Requiem de Verdi.

En effet, Karen Cargill combine des aigus francs et solides et des graves saisissants, d’un cuivre tirant sur le bronze. Bref, des couleurs que Susan Graham, initialement prévue dans La mort de Cléopâtre de Berlioz, ne possède pas et qui donnent un relief exceptionnel et précieux à certains passages de cette oeuvre (« Où sur le sein des mers, […] j’apparus triomphante aux rives du Cydnus »).

À cela s’ajoute une familiarité avec la langue et une incarnation remarquable. D’abord lors de la transition entre la scène lyrique et la méditation (« Grands Pharaons, nobles Lagides ») puis au moment d’une mort (« À Typhon, je livre mes jours ») poignante, finissant à bout de souffle, parlando.

Il est infiniment regrettable que certains spectateurs aient cru l’affaire entendue après les derniers mots de la chanteuse, toussant bruyamment alors que Yannick Nézet-Séguin et son orchestre tiraient le meilleur et le plus infinitésimal des alternances pianissimo et fortissimo, adagio et allegro marquant la description orchestrale des soubresauts de l’agonie.

Une compositrice à découvrir

L’hommage à Berlioz du Festival de Lanaudière était modeste en dimension, mais efficace, car dans les extraits de Roméo et Juliette, Yannick Nézet-Séguin et ses musiciens ont traduit les fermes accents de la Scène d’amour (qualité des attaques des cordes), la légèreté du Scherzo de la Reine Mab (superbe fusion des pupitres de flûtes et de clarinettes) et surtout l’exaltation des vrais coloris berlioziens de la Fête chez les Capulets. L’esprit de Berlioz soufflait sur l’amphithéâtre, contrairement à la Fantastique de Susanna Mälkki en ouverture l’an passé.

En première partie, le chef nous avait réservé une belle surprise avec la programmation de la 2e Symphonie de la compositrice française Louise Farrenc (1804-1875), oeuvre sur laquelle Le Devoir avait attiré l’attention de ses lecteurs il y a un an à l’occasion de la parution, chez Naxos, d’une nouvelle interprétation. Nous écrivions alors : « Épouse d’un flûtiste et compositeur nommé Aristide Farrenc, Louise fréquenta Hummel, Auber, Halevy et reçut les encouragements de Berlioz et de Schumann. La 2e Symphonie date de 1845. Comme Théodore Gouvy (1819-1898), Louise Farrenc navigue sur un radeau symphonique germanique, où l’on trouve Mendelssohn, les deux symphonies de Weber, les six premières de Schubert, parfois un peu de Schumann. Certains se plaisent à déceler maints coups de chapeau à Beethoven, mais si vous imaginez Mendelssohn-Weber-Schubert, vous cernez très bien l’univers de Louise Farrenc, dont l’oeuvre, qui reste peu importante, mériterait, la prochaine fois, un orchestre de meilleur calibre. »

Avec Yannick Nézet-Séguin, nous avons eu davantage de Beethoven en filigrane et l’orchestre de meilleur calibre espéré. Cette résurrection n’était pas anecdotique, mais très intéressante.

Berlioz amoureux

Louise Farrenc : Symphonie no 2. Berlioz : La mort de Cléopâtre, Romeo et Juliette (trois extraits orchestraux). Karen Cargill (mezzo-soprano), Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, samedi 6 juillet 2019.