Triste fin de vie pour le père de la bossa-nova, João Gilberto

Le chanteur et compositeur brésilien João Gilberto se produit lors d'un concert à Sao Paulo, au Brésil en 2008. Il est l'un des artistes qui ont montré la bossa-nova au monde en 1958.
Photo: Marco Hermes Agence France-Presse Le chanteur et compositeur brésilien João Gilberto se produit lors d'un concert à Sao Paulo, au Brésil en 2008. Il est l'un des artistes qui ont montré la bossa-nova au monde en 1958.

La légende brésilienne de la bossa-nova João Gilberto, dont la voix douce susurrant The Girl from Ipanema continue de bercer les coeurs près de 60 ans après son enregistrement, est décédée samedi à 88 ans.

« Mon père est décédé. Son combat était noble, il a tenté de conserver sa dignité alors qu’il perdait son autonomie », a annoncé son fils, João Marcelo, sur Facebook.

Les causes de la mort de cette icône, qui vivait ruinée et solitaire à Rio, n’ont pas été précisées.

Guitariste et chanteur intimiste de l’âme brésilienne, João Gilberto s’est produit sur les plus grandes scènes du monde. Parmi ses nombreux morceaux d’anthologie figurent Desafinado, Garota de Ipanema, Chega de Saudade, Rosa Morena, Corcovado, Aquarela do Brasil.

Au lendemain de l’annonce du décès, les réactions se multipliaient chez les artistes brésiliens.

« João a changé la musique du monde pour toujours. Il a enseigné la délicatesse au Brésil, il a apporté la modernité. C’est une perte irréparable », a réagi la chanteuse brésilienne Gal Costa à l’annonce du décès, selon un communiqué.

« Qui était touché par la musique de João n’était plus jamais le même, comme Caetano Veloso, Gilberto Gil, Roberto Carlos, Chico Buarque, Rita Lee, Jorge Ben Jor et même Tim Maia, qui ont trouvé en lui plus qu’une idole : un phare, un ange de légèreté, de délicatesse et de swing », a résumé le compositeur et producteur Nelson Motta dans un article.

À Rio de Janeiro, sur la place São Salvador, où des musiciens se réunissent pour improviser tandis que les passants reprennent les couplets ou esquissent quelques pas de danse, les fans lui rendaient aussi hommage.

« Quiconque apprécie la musique aime João Gilberto. Pas tous les jeunes peut-être, mais il y a un héritage, il y a une communauté qui apprécie et qui continuera de transmettre cet héritage qu’il a laissé », a déclaré à l’AFP Ana Amélia Lima, une biologiste de 51 ans.

Selon les médias brésiliens, une veillée funèbre ouverte au public doit avoir lieu lundi matin au Théâtre municipal de Rio.

« La tristesse est sans fin »

Du haut de son génie, João Gilberto n’avait jamais été facile à vivre. Son perfectionnisme, qui tournait à l’obsession névrotique, son côté excentrique et sa phobie sociale — il vivait reclus depuis des années, souvent en pyjama — étaient légendaires.

Et depuis des années, le chanteur aux épaisses lunettes était pris dans un conflit entre deux de ses trois enfants, son fils João Marcelo et sa fille Bebel Gilberto — également musiciens — et sa dernière épouse, dont il était séparé à la fin de sa vie, Claudia Faissol, une journaliste plus jeune de 40 ans que lui et mère de sa fille adolescente.

Bebel et João Marcelo accusent Claudia Faissol d’avoir abusé de la faiblesse de leur père et d’avoir provoqué sa ruine en lui faisant signer des contrats sans la pleine possession de ses capacités cognitives.

Signe de ces tensions, dans son message sur Facebook, João Marcelo a écrit samedi : « Je remercie ma famille [mon côté de la famille] d’avoir été là pour lui ».

Fin 2017, sa fille Bebel a obtenu sa mise sous tutelle, alors qu’il n’était plus en mesure de s’occuper de sa santé et de ses finances en raison de sa fragilité physique et mentale.

« Je voudrais que mon père ait une fin de vie heureuse et tranquille », avait déclaré João Marcelo, qu’il a eu avec sa première épouse, la chanteuse Astrud Gilberto, à la revue Veja.

Bebel, elle, est née de son union en deuxièmes noces avec la chanteuse Miucha, soeur du célèbre musicien, chanteur et écrivain Chico Buarque.

Beaucoup de Brésiliens ont vu João Gilberto pour la dernière fois sur une vidéo en 2015, où il apparaissait, très amaigri et en pyjama, chantant The Girl from Ipanema à sa plus jeune fille en s’accompagnant à la guitare.

« La tristesse est sans fin », dit l’une de ses chansons.