Le Manège enchanté de Charlotte Cardin au FEQ

La voix de Charlotte ne cesse de gagner en assurance, en force. C’est une récré pour elle ce soir, tout boni, une soirée à mille amis, elle n’a pas besoin de projeter ses notes, mais on comprend que c’est devenu naturel.
Photo: Stephane Bourgeois La voix de Charlotte ne cesse de gagner en assurance, en force. C’est une récré pour elle ce soir, tout boni, une soirée à mille amis, elle n’a pas besoin de projeter ses notes, mais on comprend que c’est devenu naturel.

« Qui vient ? », a demandé Charlotte Cardin à ses 175 000 abonnés sur Instagram, en début de vendredi après-midi. Dans sa « story », comme on dit dans le jargon du réseau social pour désigner les contributions éphémères (qui « disparaissent » après 24 heures), la jeune chanteuse, des coeurs à la place des yeux, a ainsi lancé d’un ton mutin sa petite bombe. « Québec, je joue un show surprise dans le cadre du FEQ ce soir au Manège Militaire à onze heures et demie, et j’ai tellement hâte de vous voir en très grand nombre, ça va être trop le fun… » Le très grand nombre en question : 1000 personnes, capacité maximale de la salle très hall de gare aménagée pour une série de rendez-vous de fin de soirée, les « After-FEQ ».

Faut-il rappeler qu’au spectacle d’ouverture du Festival international de jazz de Montréal, le 26 juin dernier, ils étaient bien 70 000, peut-être 80 000 à l’acclamer sur la place des Festivals ? Faites le calcul. Oui, un soixante-dizième, ou un quatre-vingtième, le très grand nombre. Autant dire qu’il fallait se ruer. Haro sur les bracelets. À 17 h 30, quand je vais chercher le mien au même Manège militaire (toute l’organisation du festival y a installé ses quartiers), il y a déjà longtemps que les 1000 bracelets alloués entourent autant de poignets, au prolongement desquels les élus de la boum chez Charlotte trépignent.

Mille bracelets, mille privilégiés

L’explosion de joie à l’arrivée de l’hôtesse — 23 h 30 pile poil ! — menace de desceller les vieilles briques du Manège militaire. C’est en version condensée le même point de vue qu’au FIJM : Charlotte Cardin au centre, toute de blanc vêtue, debout devant son clavier, flanquée des deux habituels comparses, Benjamin Courcy et Mathieu Sénéchal en soutien batterie-basse. Blancheur immaculée itou. Ça commence pareil, avec Les Échardes, enchaîne avec Big Boy, Drive, Talk Talk… La conduite du spectacle est la même que sur les grandes scènes extérieures. Proximité, toiture et sensation de privilège en plus.

Constat : la voix de Charlotte ne cesse de gagner en assurance, en force. C’est une récré pour elle ce soir, tout boni, une soirée à mille amis, elle n’a pas besoin de projeter ses notes, mais on comprend que c’est devenu naturel. L’interprète sait mieux servir l’auteure-compositrice, ses mélodies en montagnes russes, au large registre, dominent. On se rapproche d’une Florence Welch, voire d’une Adele. Et elle n’a toujours pas de premier album complet dans les bacs, les physiques et les numériques : son répertoire s’est construit à la pièce.

« On est en train de travailler sur notre premier album », annonce-t-elle justement. Et comme à Montréal, elle « dévoile » Good Girl, notant que le titre n’est « pas très » original. « Si vous avez une meilleure idée, tweetez-nous après le show… » La chanson est tout aussi gagnante que les autres, peut-être un peu trop de la même eau : c’est le danger quand on atteint un tel degré de succès avant de se commettre au long cours.

Et comme à Montréal, voilà le bel Aliocha qui vient partager Flash In The Pan avec elle. L’avouerai-je ? Un peu doucereux, ce duo. On l’aime mieux seule, Charlotte Cardin : je crois qu’on ne veut personne d’autre que nous dans sa belle bulle. Après tout, ces mille amis chantent avec elle toutes les paroles de toutes les chansons : ne suffisons-nous pas à son bonheur ? Comment dire : Charlotte est aimée jalousement. Quand elle dit que la nouvelle chanson Passive Agressive « n’a été jouée que deux fois sur scène », on aurait voulu être les premiers. Rapport très adolescent à l’artiste, j’avoue. Sentiment d’appartenance très fort.

Tiens, Camille et Laurence et Milk & Bone ne viennent pas la rejoindre pour Main Girl, que Charlotte a dédié à sa maman Sylvie, présente parmi les mille. Ça se termine, avant le rappel (Faufile, en sing-along), sur sa version très dansante de la très malléable Fous n’importe où. Oui, la merveille de Daniel Bélanger. Oui, comme à Montréal. Et pas du tout comme à Montréal. Mille amis très, très heureux, peuvent en témoigner.