Et Wagner fut!

Le monument musical de la soirée fut l’interprétation incandescente de Prélude et Mort d’Isolde de Tristan et Isolde. C’est dans ces 16 ou 17 minutes exceptionnelles, d’une formidable liberté et invention musicale, que nous avons eu la pleine expression du talent monumental d’Altinoglu.
Photo: PurePerception Le monument musical de la soirée fut l’interprétation incandescente de Prélude et Mort d’Isolde de Tristan et Isolde. C’est dans ces 16 ou 17 minutes exceptionnelles, d’une formidable liberté et invention musicale, que nous avons eu la pleine expression du talent monumental d’Altinoglu.

Le concert de vendredi à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay revêtait une importance toute particulière : début d’une nouvelle ère de sérieux et d’ambition au Festival de Lanaudière, entame d’une édition 2019 prometteuse et second concert pour Alain Altinoglu à la tête de l’Orchestre symphonique de Montréal, un chef qui pourrait illuminer bien des étés à venir s’il devenait l’heureux élu du comité de sélection.

Dans son discours liminaire, François Bédard, directeur général du festival, a salué le « retour aux sources de l’inspiration de ce festival », une déclaration particulièrement étrange puisqu’il suffit de ne point organiser l’éloignement de la source, pour s’économiser le besoin d’y revenir et, qui plus est, de s’en vanter !

Ce retour était endeuillé par le décès, la veille de René Charette, administrateur depuis 46 ans et dernier membre encore survivant du trio de fondateurs du festival, aux côtés de Marcel Masse et Fernand Lindsay. Hélas, le public, peut-être habitué aux ouvertures du Festival les samedis, n’était pas au rendez-vous de cette date marquante.

Un chef dionysiaque

L’affiche promettait pourtant. Le premier concert d’Alain Altinoglu à l’OSM, en novembre 2018, était plus qu’impressionnant. Le chef paraissait même « plus chaud » que l’orchestre, à tel point que l’on se disait que si une telle pointure acceptait de venir à Montréal ce serait une sacrée aubaine. Altinoglu est de ces chefs qui, lorsqu’il dirige le Philharmonique de Vienne au Musikverein, attire dans la salle des collègues qui postent ensuite sur les réseaux sociaux des commentaires élogieux !

A priori, on espérait toutefois que le programme tel qu’annoncé comportait une erreur dans l’ordre de présentation des oeuvres. Faire mourir Isolde pour ensuite entendre, en quelque sorte, Till l’espiègle s’en moquer est de ces idées « abracadabrantesques » auxquelles Kent Nagano n’a pas réussi à nous habituer. En matière de programmes illogiques — du genre 15e Symphonie de Chostakovitch suivie du Concerto « L’Empereur » de Beethoven — on a déjà largement donné. Mauvais point pour Altinoglu, ici.

Le brillant et virevoltant soliste Francesco Piemontesi avait choisi le volubile 1er Concerto de Mendelssohn, donnant avec le chef une substance poétique inaccoutumée au mouvement lent. Dans le concerto, comme dans les extraits du Songe d’une nuit d’été, la forte humidité ambiante avait rendu l’acoustique un peu poisseuse et opaque.

Est-ce de là que l’on retirait cette impression de manquant de finesse diaphane et de subtilité ? Le vif souvenir de la dentelle ciselée par Alexander Shelley dans l’Ouverture et le Scherzo du Songe en décembre 2018 avec le Métropolitain à la Maison symphonique reste à un niveau supérieur.

Les éléments et enseignements essentiels sont venus après la pause. Till l’espiègle a fait très bonne impression, avec des aventures du héros bien dessinées et un côté viennois très savoureux, même si le chef ne semblait pas un grand spécialiste familier de la partition. Le monument musical de la soirée fut l’interprétation incandescente de Prélude et Mort d’Isolde de Tristan et Isolde. C’est dans ces 16 ou 17 minutes exceptionnelles, d’une formidable liberté et invention musicale, que nous avons eu la pleine expression du talent monumental d’Altinoglu, chef dionysiaque tel que nous en avons vraiment besoin ici désormais.

La question qui nous brûle les lèvres et que nous avions déjà envie de poser aussi crûment au sujet du Daphnis et Chloé en novembre est : « L’OSM est-il vraiment sur cette planète l’orchestre le plus à même de s’abandonner collectivement et à l’unisson aux débordements charnels et passionnés de ce chef qui tranche en tous points du directeur musical actuel ? »

Le même doute nous assaille au soir du 5 juillet qu’il y a huit mois.

Altinoglu en ouverture

Mendelssohn : Le Songe d’une nuit d’été, op. 61 (extraits : Ouverture, Scherzo et Marche nuptiale). Concerto pour piano no 1, op. 25. Wagner : Tristan et Isolde : Prélude et Mort d’Isolde. Strauss : Till l’espiègle. Francesco Piemontesi (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Alain Altinoglu. Amphithéâtre Fernand-Lindsay de Lanaudière, vendredi 5 juillet 2019.