Les variations Grenadier

Larry Grenadier a pris soin de remercier le public pour son «audace et son courage». Car de la contrebasse solo, à 22 h 30 un soir de semaine, ce n’est pas exactement commun.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Larry Grenadier a pris soin de remercier le public pour son «audace et son courage». Car de la contrebasse solo, à 22 h 30 un soir de semaine, ce n’est pas exactement commun.

Il était seul sur scène, avec sa contrebasse au bois foncé et un lutrin sur lequel il avait posé son archet et une feuille lui rappelant l’accordage particulier de chaque morceau. Rien de plus et rien de moins pour Larry Grenadier. Et dans ce dépouillement, beaucoup de richesse.

Consacré à son récent album solo The Gleaners, le concert présenté tard jeudi soir par le contrebassiste américain (régulier du Brad Mehldau Trio) appelait à une écoute attentive et approfondie. Grenadier a pris soin de remercier le public – qui occupait un peu plus des deux tiers du Gesù – pour son « audace et son courage ». Car de la contrebasse solo, à 22 h 30 un soir de semaine, ce n’est pas exactement commun.

Mais le public était bien là pour lui, pour entendre The Gleaners et pour participer à sa façon dans la transposition scénique du travail studio de Grenadier. Le musicien le disait en entrevue : dans ce type de configuration rare, le rôle des spectateurs est crucial. L’écoute module les couleurs de la musique, accentue les vibrations de la contrebasse. Le silence s’enrichit.

Et de ces conditions, Larry Grenadier a fait une magnifique prestation. Le répertoire fut essentiellement celui du disque (des compositions et des interprétations de Coltrane, Motian ou Rebecca Martin, son épouse et chanteuse), interprété dans une forme fort semblable à celui-ci. C’était là un rappel que ce projet n’en est pas un d’improvisation : Grenadier a fait un travail minutieux de recherche texturale et sonore en amont, et celui-ci se suffit pleinement.

Entre le jeu en archet (la très profonde Oceanic, l’exaltante Vineland) et le pizzicato, entre différents accordages pour moduler le son de son instrument, des lignes mélodiques lumineuses et des accords esquissés d’un mouvement de main souple, Larry Grenadier a fait d’un exercice périlleux l’occasion d’une plongée stimulante dans cet instrument majestueux et intriguant.

Bien au-delà de battre le rythme, la contrebasse façon Grenadier chante, explose, cajole, doute, éclate, effleure, exulte, et bien d’autres choses. Le timbre évolue, la rondeur du son aussi, tout est variations. Et on y revient : dans ce dépouillement, beaucoup de richesse.