Corey Hart au FEQ: droit au coeur

Corey Hart
Photo: Renaud Philippe Corey Hart

Le voilà. C’est bien lui. Corey les cheveux en pics. Coreyyyyyyyyy. Corey le bien-aimé, le chéri de toute une génération agglutinée sur les plaines d’Abraham en ce premier soir du Festival d’été de Québec. Les quarantenaires et cinquantenaires sont là pour partager une passion inextinguible. Et ils ont voulu ouvrir leur « Hart perso » à leur progéniture. Et cela s’entend jusque dans la stridence retrouvée des cris : eh oui, aigu à ce point-là, les enfants.

Une idole qui tient la grande forme, qui ne lésine pas pour faire plaisir, qui chante dans les mêmes clés sans forcer, qui sait comme pas un empoigner un pied de micro, c’est irrésistible et ce n’est pas seulement affaire de nostalgie. Un fichu de bon show est un fichu de bon show. Épatant Corey Hart. Heureux de rendre encore ses fans heureux, tant d’années plus tard. Ce n’est pas un fan qui vous le dit.

« Comment ça va tout le monde, ça va ben ? », lance le Corey content en français. De fait, il promet de ne parler qu’en français. Et le voilà qui présente Julie Masse, qui est parmi les choristes. Les gens l’aiment, elle aussi. D’amour. La retrouver avec celui qu’elle appelle « l’homme de [sa] vie », c’est doublement événementiel. Une grande chanteuse populaire et une vraie vedette pop-rock, réunis à Québec : c’est peu de dire que la joie est grande. « Je suis très fier d’être québécois », professe Corey qui, en preuve, offre sa version d’une imparable de notre Pag national : Les bombes. Pertinente comme au premier jour.

Le présent qui l’emporte

Ça rocke, la pop de Corey Hart : constat qui n’étonne personne d’autre que l’auteur de ces lignes. Avouons : il est plus que sympa. Sincèrement sympa. Quand il dit qu’il a écrit Everything In My Heart pour ses fans, on le croit. Sur de multiples écrans, des photos d’admirateurs l’entourent ou lui lévent des écriteaux amoureux. Photos des années d’îdolâtrie. « J’étais pas mal cute », glisse-t-il. Indéniablement. Mais le Corey Hart d’aujourd’hui, cent fois moins poseur, est franchement magnifique.

C’est plus qu’un triomphe, lequel était annoncé de toute façon : parlons plutôt d’une vraie communion. Ce pro décoincé savoure plus que jamais chaque instant, et les milliers de spectateurs tout autant. Le retrouver ainsi, au présent de sa joie, vaut mieux que tous les souvenirs. C’est du Corey des Plaines dont on se souviendra désormais.

Il multiplie les cadeaux : sur une petite scène au milieu de la foule, Julie à ses côtés, Il offre des chansons qui ont été « importantes » quand il était enfant et adolescent : des chansons qui lui ont « sauvé la vie ». Cela se traduit en extraits sans chichi mais absolument charmants et touchants : Message in a Bottle et Every Breath You Take des Police, Pour un instant d’Harmonium (eh oui), et même Let It Be des Beatles, avec Julie, les autres choristes et la foule. Vraie de vraie célébration. Spectacle d’une vie ? Pas loin. Il faut entendre les gens chanter avec lui le Can’t Help Falling In Love d’Elvis. Plus rassembleur, ça ferait peur.

Bien sûr que tout ça mènera à l’enfilade des tubes, Bad Case of Loving You, Never Surrender et Sunglasses at Night, comme on ferme un grand et beau livre. C’est un fan sur le tard qui vous le dit.

Le 42e dessous

Du groupe britannique Level 42, qui précédait le Corey tant attendu, on se contentera de dire ceci : c’est au moins aussi énervant qu’à l’époque. Le niveau supérieur de l’irritation. Après trente secondes, les gaillards étaient déjà pris en flagrant délit d’offense gravissime dans le code d’honneur du rock. Jugez plutôt : Mark King, le bassiste, martelait sa quatre-cordes avec le pouce. Usage intempestif de la technique dite du « slapbass », proscrite depuis des décennies. Si la disqualification a été évitée, c’est bien parce qu’au moment de la courte gloire de Level 42, dans les années 1980, l’affaire des pouceux n’avait pas encore été plaidée aux assises.

À vrai dire, même leurs (relatifs) succès, Something About You et Lessons In Love, on le constatait, contenaient déjà tout ce que le rock rugueux des Nirvana et Pearl Jam allait rendre caduc. Par réflexe de préservation, nos mémoires avaient égaré dans le disque dur cette sorte de fusion pop-rock-jazzy lavant plus blanc que blanc. Certes, la virtuosité des Mark et Nathan King, Mike Lindup et cie n’est pas ici contestée : ils savent jouer, les bougres. Probablement mieux ce jeudi soir sur les Plaines qu’à leur (relative) apogée.

Mais jouer pour qui, sinon eux-mêmes, s’épatant mutuellement de leur science post-doctorale du contretemps à pistons ? À l’école de la chaleur musicale, mêmes s’ils suaient à grosses gouttes comme tout le monde, canicule oblige, on ne ressentait rien du tout. Que dalle. Nada. Si l’objectif était de mesurer la différence de niveau dans la cote d’amour, c’était réussi : on aura visité le 42e dessus avant de monter au ciel des retrouvailles bénies.