Mdou Moctar au Festival d’été de Québec: avec nous dans ses bagages

Paru en 2017, l’album «Sousoume Tamachek» du musicien touareg Mdou Moctar penchait nettement vers le blues acoustique. Son nouvel opus, «Ilana: The Creator», mord pour sa part à pleines dents dans le rock psychédélique.
Photo: Cem Misirliogl Paru en 2017, l’album «Sousoume Tamachek» du musicien touareg Mdou Moctar penchait nettement vers le blues acoustique. Son nouvel opus, «Ilana: The Creator», mord pour sa part à pleines dents dans le rock psychédélique.

Allo ? Monsieur Moctar ? « Oui, je suis là, m’entendez-vous ? » Au bout du fil, le signal coupe sans arrêt, et en plus sa voix se noie dans le murmure des gens qui l’entourent. Si seulement il était encore chez lui, à Agadez en plein coeur du Niger, pratiquement la capitale du Sahara, on comprendrait pour les interférences téléphoniques, mais non, il est au beau milieu d’une rue achalandée de Berlin. Encore en mouvement, toujours en tournée pour faire la promotion de Ilana : The Creator, son excellent album paru en mars dernier.

Nomade un jour, nomade toujours : le musicien touareg, considéré comme le grand innovateur du blues du désert, parcourra aussi le Québec. Ce soir, à La Noce de Saguenay, demain au Festival international de jazz de Verdun, dimanche sur la belle scène de la place d’Youville au Festival d’été de Québec. « Là, on est en train de circuler, et je vais rentrer à l’hôtel pour me raser. On commence tout juste la tournée, et ça se passe très bien, merci. J’ai beaucoup de nouvelles chansons à présenter au public, si vous voulez ».

Ilana : The Creator est son quatrième ou cinquième album, « je ne sais plus trop, je n’ai pas compté ». C’est qu’avant que paraisse officiellement l’étrange Anar (2008), disque de blues du Sahel bricolé main avec une boîte à rythme et de l’autotune dans la voix, Moctar était déjà une star dans ses contrées ensablées, ses enregistrements s’échangeant librement entre fans par cartes mémoires partagées sur des téléphones portables ou via bluetooth — ses premières chansons ont d’ailleurs trouvé un public hors de l’Afrique grâce à la compilation Music from Saharan Cellphones vol.1, éditée en 2011 par son label américain, Sahel Sounds.

Et de la même manière que sa musique a voyagé jusqu’à nous, sa manière de la faire a également progressé, de chanson pop traditionnelle électronifiée et bluesée de ses débuts jusqu’aux épanchements rock / surf rock de Akounak Tedalat Taha Tazoughai, la trame sonore du long-métrage du même nom… un « remake » du film Purple Rain (dans le désert, avec une moto mauve !) dans lequel Moctar joue le même rôle que celui que Prince jouait à l’époque !

De l’avis du musicien, ce qui distingue de ses collègues Tinariwen, Bombino Tamikrest ou Tartit, « c’est que nous n’avons pas les mêmes touches de guitare. Dès que vous m’entendez jouer, vous savez tout de suite que c’est moi. Et puis ma musique est inattendue ; il y a beaucoup de breaks, de changements de rythmes, dans ce que je fais. »

Paru en 2017, Sousoume Tamachek penchait nettement vers le blues acoustique, « fait dans le désert, enregistré dans le désert, avec les bruits du désert », alors que ce nouvel album mord à pleines dents dans le rock psychédélique. « On l’a enregistré à Détroit avec tout mon orchestre, avec plein d’équipement ; j’ai tout fait moi seul, et du coup, c’est très différent, très fort, avec la guitare électrique, les pédales différentes. »

« Lorsque je joue en Afrique, c’est différent [que jouer en Europe ou en Amérique] parce que les gens comprennent ce qu’on est en train de chanter, ils comprennent les messages que j’adresse aux gens de mon ethnie, les messages de révolution, etc. Ils entendent le message, contrairement à ici, parce que vraiment, les gens accrochent aux mélodies et au jeu de guitare. »

Un appel au secours

Ce nouvel album, explique Mdou Moctar, parle de la vie dans le désert. « C’est un disque comme un appel au secours, insiste-t-il. Les femmes souffrent ici, en Afrique. Les enfants n’ont ni eau potable ni électricité, encore moins au wi-fi. Je le dénonce, j’exprime aussi ma colère à l’endroit de la France qui exploite le désert depuis des décennies. C’est pour cela que moi, Mdou Moctar, me sent encore comme un esclave moderne. […] On a beau être libre depuis les années 60, l’exploitation continue », affirme le musicien, qui investit les profits de sa carrière dans la construction d’une école dans sa région « pour aider les jeunes orphelins, des gens qui ne sont pas riches. C’est pour ça que je vends des bijoux durant ma tournée : pour amasser de l’argent et pouvoir bâtir. Et quand j’aurai terminé de construire l’école, je construirai une clinique, pour les femmes et les enfants. »

De la bonne musique pour une bonne cause. « Ma mission, pour le restant de mes jours, est de rendre les gens heureux », dit-il.

Mdou Moctar sera en spectacle le 7 juillet à 18 h sur la scène Hydro-Québec dans le cadre du Festival d’été de Québec.