Elida Almeida, voix dansante du Cap-Vert

Elida Almeida est passée de parfaite inconnue aux origines modestes à Découverte RFI Musique en l’espace d’un album, «Ora Doci Ora Margos», paru en 2014.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Elida Almeida est passée de parfaite inconnue aux origines modestes à Découverte RFI Musique en l’espace d’un album, «Ora Doci Ora Margos», paru en 2014.

En ouverture de sa 33e édition, le Festival international Nuits d’Afrique fait place à la relève : à 26 ans, l’auteure-compositrice-interprète Elida Almeida incarne le renouveau de la scène musicale cap-verdienne grâce aux rythmes dansants de sa région natale, au sourire qu’elle appose sur sa voix chaude et à son appétit insatiable pour les rencontres musicales. Conversation enjouée avec la jeune star qui viendra présenter le matériel de son plus récent album, Kebrada, au club Balattou le 9 juillet.

Du nom du village où elle a grandi, Kebrada, paru en 2017, est pourtant déjà de l’histoire ancienne. Ces derniers temps, Elida Almeida enfile les projets collaboratifs : « Je rentre tout juste de l’île de la Réunion », où elle a collaboré avec Tiloun, l’un des plus grands ambassadeurs du genremusical traditionnel de l’île, le maloya.

« J’ai adoré découvrir la tradition réunionnaise, très différente de la nôtre, s’emballe la musicienne. Leur musique est beaucoup axée sur les percussions, alors que chez nous, elle s’appuie davantage sur les harmonies, c’était intéressant. » Récemment encore, elle visitait une autre île, Cuba, où elle a enregistré avec les musiciens locaux. « Je me sens, comment dire… honorée, chanceuse, chaque fois, de découvrir de nouveaux lieux et des gens qui enrichissent ma musique. »

Ouvrir ses horizons

Vous dire le bonheur qui s’entend dans sa voix… « Ma vie a complètement changé », confirme Almeida, passée de parfaite inconnue aux origines modestes à Découverte RFI Musique en l’espace d’un album, Ora Doci Ora Margos, paru en 2014. « J’avais 21 ans, maintenant, j’en ai 26. J’ai voyagé beaucoup, découvert beaucoup de pays, des cultures, goûté à de la nourriture différente, entendu des musiques différentes. […]. J’ai beaucoup changé, beaucoup appris surtout. »

Et ouvert ses horizons musicaux : il y a un mois à peine apparaissait le clip d’une nouvelle collaboration avec le rappeur cap-verdien Elji Beatzkilla, une petite bombe de groove caniculaire qui se danse en essayant de ne pas trop transpirer. Elji, « c’est un rappeur que j’aime beaucoup — depuis qu’il a commencé à faire ses beats, j’écoute tout et j’adore. Il me disait toujours : “Un jour, on va travailler ensemble.” » Cette collaboration s’est concrétisée l’an dernier dans un studio d’Abidjan, produite par un jeune réalisateur ivoirien, qui donne la saveur des musiques de club locales à cette coquine chanson baptisée Homi Nha Amiga.

Comme sa compatriote Mayra Andrade, Elida Almeida présente un visage différent de la culture musicale du Cap-Vert, auparavant intimement associée aux poignantes mornas de la regrettée Cesária Évora et, pour les plus curieux, aux rythmes du batuque défendus par Tcheka. « La morna et la [plus rythmée] coladeira, c’est la musique du nord du pays, explique Almeida. Moi, je suis du sud, de [l’île de] Santiago, notre force, c’est le batuque, le funana, le tabanque, des styles musicaux plus festifs, plus dansants. Danser batuque, chanter batuque, ça fait partie de moi, même si j’adore chanter la morna. Je ferme alors les yeux et ça me remonte… »

Se laisser imprégner

Le contraste entre sa démarche, l’énergie que dégage Almeida, et celle, émouvante et contrite, d’Évora est frappant. La jeune Cap-Verdienne a un penchant pour la fête et les rythmes entraînants… en phase non seulement avec son âge, mais aussi avec la tendance des musiques de club du continent africain qui connaissent beaucoup de succès dans l’hémisphère nord.

Le courant afrobeats n’a évidemment pas échappé à la musicienne, admiratrice de l’oeuvre de la superstar pop nigériane Yemi Alade : « Je connais tout d’elle, ses chansons, ses vidéoclips toujours très artistiques, j’adore. En passant beaucoup de temps à Abidjan, où je compose beaucoup, je me laisse imprégner par les musiques que j’y entends. Bien entendu, je tiens à la tradition musicale de mon pays — il faut la défendre, et personne ne pourra jamais toucher au batuque, mais on doit avoir l’esprit ouvert. Je suis d’une nouvelle génération de musiciens cap-verdiens et, pour représenter notre pays, on se doit d’être au même niveau de production [musicale] que ce qui se fait au Nigeria, par exemple. Il faut être ouvert aux fusions, aux mélanges des influences, tout en protégeant nos traditions. »

Elida Almeida

Dans le cadre du Festival international Nuits d’Afrique, au club Balattou, mardi, 20 h 30