Lou Doillon au FIJM: tout doux, Lou

Lou Doillon
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Lou Doillon

Le concert entrait dans la dernière ligne droite au moment où Lou Doillon et son orchestre ont envoyé Nothings du récent album Soliloquy. Et là, enfin, après une heure de chansons douces, ça y était : la pédale au plancher, les guitares qui grichent, le groove qui se dresse, et Lou les cheveux dans le visage, comme sur la pochette de l’album Lay Low qui lui avait valu le Victoire de l’Album rock de l’année en 2016, album dont elle a ensuite servi la chanson-titre, avec la foule qui battait la mesure avec les mains. Mais il était où, ce groupe rock qu’on a attendu toute la soirée ?

La soirée d’hier au MTelus tirait donc à sa fin, mais ces quatre dernières chansons offertes avant le rappel valaient à elles seules le prix d’entrée. Après Nothings et Lay Low, la batterie qui martèle All These Nights (encore de Soliloquy) jusque dans les premières notes de piano de l’intense Places (celle-là du premier album, 2012) qui se termine dans le genre de tension rock qu’on aurait espéré ressentir, encaisser, durant toute la soirée. 

C’était sanguin. Viscéral. Lou Doillon ne criait pas, ça n’a jamais été son genre, mais sa gestuelle le faisait pour elle. C’était le show rock que justifiait son Victoire, que commandait aussi en grande partie le répertoire nouveau de Soliloquy, le plus dégourdi de sa discographie. En plus, parmi les musiciens du groupe se tenait Nicolas Subréchicot, tantôt à la basse électrique, tantôt aux claviers, chef d’orchestre et co-réalisateur de Soliloquy, qui tirait justement Lou dans les zones les plus électriques.

Sans doute une bonne idée de sortir les gros canons en fin de concert, mais ce qui les a précédés nous a paru trop prudent — impression rehaussée par le public de l’auteure-compositrice-interprète, plus attentif qu’excité, assis au balcon ou derrière le parterre en majorité. Même avant que le concert ne débute, ça installe une ambiance : la canicule allait demeurer au pas des portes du MTelus. 

Lou Doillon affichait un sourire ravissant dès son arrivée sur scène, lançant son concert avec les meilleures de son dernier album : superbe version de Burn et son motif de guitare qui colle aux tympans, la mélodie hantée et le tempo inquiétant de Last Time, la batterie allègre et la ligne de basse festive et bondissante de l’impeccable Too Much, puis la plus introspective Flirt, avec ses accords de piano à grand déploiement et la musicienne s’accompagnant à la guitare. Si Soliloquy vacillait entre chansons plus simplement rock et jeux de textures à connotation électro, le concert de mercredi était résolument dans le camp des guitares électriques. 

À l’aise et assurée dans un décor neutre, Doillon a dédié le milieu de son concert (après une solide interprétation de The Joke) aux titres, plus coulants, des précédents albums, la ballade Real Smart assortie de slide guitar, la power-ballad rock So Still, la dansante Devil or Angel, Where To Start et son piano de ballade doo wop, ICU évidemment, au grand bonheur des fans. Du propre, en attendant que cet orchestre à guitares se réveille pour de bon — qu’on leur donne du café noir jusqu’à leur concert de ce soir au Festival d’été de Québec !