Joshua Redman et la profondeur de chant

Redman était accompagné du groupe avec lequel il a le plus joué dans sa carrière: le pianiste Aaron Goldberg, le batteur Gregory Hutchinson et le contrebassiste Reuben Rogers complètent un quartet sans faille, absolument fluide.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Redman était accompagné du groupe avec lequel il a le plus joué dans sa carrière: le pianiste Aaron Goldberg, le batteur Gregory Hutchinson et le contrebassiste Reuben Rogers complètent un quartet sans faille, absolument fluide.

En entrevue comme sur la scène du Théâtre Maisonneuve mardi au moment de recevoir le Prix Miles-Davis 2019 (LA grande récompense du Festival international de jazz), Joshua Redman joue toujours la même carte : une modestie poussée à l’extrême. À l’écouter parler, il ne sait pratiquement pas jouer. À l’écouter jouer, on comprend qu’il parle ainsi pour être poli.

Le sax en bouche, Joshua Redman n’a pas pris cinq minutes pour soulever les quelque 1450 spectateurs présents pour cet énième concert du musicien américain au FIJM : on en compte une bonne quinzaine en tête d’affiche depuis 1992. Aux fins de mémoire, sa prestation du 30 juin 1994 — il y a donc exactement 25 ans — était présentée dans le programme du festival comme celle de « la nouvelle star du sax ténor Joshua Redman ».

Pour une fois, le marketing disait vrai : le statut de Redman n’a fait que se cimenter au fil des ans, tant auprès du public que de la critique. Façon de dire que nous avions devant nous mardi un des plus importants musiciens jazz du dernier quart de siècle.

Qui plus est, il était accompagné du groupe avec lequel il a le plus joué dans sa carrière (à défaut d’avoir beaucoup enregistré) : le pianiste Aaron Goldberg, le batteur Gregory Hutchinson et le contrebassiste Reuben Rogers complètent un quartet sans faille, absolument fluide. Puissance, souplesse, subtilité, précision, le juste dosage autour d’un répertoire très post-bop mais en tout temps contemporain.

Concernant Redman, on apprécie l’expression qu’emploie le Nouveau dictionnaire du jazz à son égard quand il évoque une « profondeur de chant » dans son jeu. C’est précisément ce qui se dégage de celui-ci. Et dès Circle of Life, qui ouvrait le concert comme elle ouvre l’album Come What May paru ce printemps, Redman a déployé le jeu. Sens mélodique, son chaud, accents lyriques, grain texturé, brillante construction de chaque solo, capacité de décoller à partir de rien…

Mais on retiendra surtout de la prestation le long solo — vraiment en solo — de Redman dans la pièce Skylark, une des deux reprises de standards d’une soirée autrement consacrée au récent disque du groupe. Il y avait une telle intelligence de jeu dans ce segment, une si grande variété de phrases, un tel élan : la foule, d’un bloc, s’est levée. On présume que Redman a trouvé que tout le monde exagérait dans son appréciation, mais pourtant.